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L'arbre qui cache la forêt : pourquoi la baisse du nombre de chômeurs est un trompe-l’œil

Le nombre des demandeurs d'emploi inscrits en catégorie A (sans aucune activité) a diminué de 0,7 % en septembre 2015, soit 23 800 personnes en moins, a annoncé la ministre du Travail lundi 26 octobre.

Trop longue durée

Publié le - Mis à jour le 29 Octobre 2015
L'arbre qui cache la forêt : pourquoi la baisse du nombre de chômeurs est un trompe-l’œil

La progression des chômeurs de longue durée (plus d’un an) est inexorable. Crédit Reuters

Ces chiffres vous paraissent-ils encourageants ? Que peut-on espérer pour la suite ?

Pierre-François Gouiffès : La publication des chiffres du chômage par Pôle Emploi et la DARES dans un pays de chômage de masse constitue depuis plus de trente ans un important rituel républicain. Concernant les DEFM A, la baisse à fin septembre est le second meilleur résultat depuis mai 2012 (baisse de32 500 DEFM A en moins en aout 2013 mais non représentative du fait d’un bug informatique). Cette baisse des DEFM A – et la stabilisation des DEFM ABC incluant les demandeurs d’emploi ayant un certain niveau d’activité – est un peu plus cohérente que la hausse constatée à fin août avec toute une série d’indicateurs ou de prévisions : progression de juin à septembre des déclarations d’embauches en contrat de plus d’un mois, retour en octobre du moral des patrons a son plus haut depuis quatre ans, progression de l’emploi intérimaire, hausse des déclarations d’embauche à l’ACOSS.

Le sujet essentiel demeure toutefois constitué par la pérennité de la tendance observée. Depuis l’élection de François Hollande, 41 statistiques mensuelles du chômage ont été publiées, dont 7 seulement présentant un baisse du nombre de DEFM A (mai 2013, aout 2013, octobre 2013, aout 2014, janvier 2015, juillet 2015 et donc septembre 2015), soit une fois sur 6. Surtout, il n y’ a jamais eu à ce jour 2 mois consécutifs de baisse d’où le grand intérêt à porter aux statistiques à fin octobre 2015 publiées dans un mois. Il faut remonter à septembre 2010 pour trouver deux mois successifs de baisse, sans compter deux séquences lointaines mais très favorables : juin 2005-février 2008 (33 mois de baisse ininterrompue, quasiment trois ans pour une baisse totale de 727.300 DEFMA A !) ou avril 1999-mars 2001 (25 mois de baisse et 712.900 DEFM A en moins). On est encore très loin d’une séquence de cette longueur et de cette ampleur.

Quels enseignements peut-on tirer des autres pays en Europe ?

Cet « éventuel début d’embellie » ne doit pas faire oublier la performance médiocre de la France dans le concert européen. Les dernières données Eurostat disponibles sont celles à fin aout, avec un taux de chômage à 9,5% dans l’Union Européenne et à 11% dans la zone euro contre 10,8% pour la France qui est donc globalement au niveau de la zone euro. Rappelons enfin pour mémoire que le taux de chômage est à 5,1% aux Etats-Unis et 3,3% au Japon... Parmi les 6 pays européens les plus peuplés, la France est largement devancée par l’Allemagne (4,5%), le Royaume-Uni (5,3%), la Pologne (7,2%) mais a une meilleure performance que l’Italie (11,9%) et l’Espagne (22,2%). Toutefois pour ces deux derniers pays, la baisse est beaucoup plus forte qu’en France (26,1% pour l’Espagne en 2013). Les taux de chômage semblent donc plus faibles dans les pays ayant réalisé d’importantes réformes du marché du travail et plus élevés mais en baisse rapide dans des pays ayant assumé d’importants ajustements macroéconomique structurels.

Quels sont selon-vous les points noirs derrière ce chiffre plutôt encourageants ?

Il demeure un point noir particulièrement dramatique, qui est la progression inexorable des chômeurs de longue durée (plus d’un an) : ils représentent 45% des DEFM ABC aujourd’hui contre 39% en mai 2012 et 36% en janvier 1996. Dans le million de demandeurs d’emploi supplémentaires depuis le début du quinquennat, 70% sont des demandeurs d’emploi de longue durée (763.000) ce qui constitue un terrible drame tant sociétal (exclusion pour des individus d’un attribut central de sociabilité) qu’économique (destruction éventuellement irrémédiable de capital humain).

 
Commentaires

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  • Par lecteur d'infos - 27/10/2015 - 19:56 - Signaler un abus Vive les sigles !!!

    DEFM A ? Késako ? Demandeurs d'emploi en France métropolitaine, j'imagine ... Ca va tellement mieux en l'écrivant !

  • Par tubixray - 28/10/2015 - 09:22 - Signaler un abus charabia statistico sociétal ....

    Moins non plus je n'y comprend rien à ces DEFM ABC .... Seuls les emplois crées par le secteur privé (marchand) ont une valeur économique; les fonctionnaires et assimilés représentent une charge financière pour l'état. Alors combien d'emplois ont ils été crées par les PME en septembre ?????

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

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