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Arabie saoudite, suite : petite géographie des pays que nous sanctionnons un peu, beaucoup... ou pas du tout

La France a décidé de prendre position dans le cas de l’assassinat présumé du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Les atteintes à la démocratie et aux droits de l'Homme sont pourtant nombreuses à travers la planète.

Deux poids, deux mesures

Publié le
Arabie saoudite, suite : petite géographie des pays que nous sanctionnons un peu, beaucoup... ou pas du tout

 Crédit OZAN KOSE / AFP

Atlantico : Qu'est-ce qui a fait que la France n'a pas pu fermer les yeux dans le cas de l’assassinat présumé du journaliste saoudien ?

 
Alexandre Del Valle: La différence, c'est que d'habitude les assassinats saoudiens sont légaux, basés sur la loi saoudienne, elle-même sur la charia. Si on critique ça, on a l'air de critiquer l'ordre islamique et tous les pays musulmans sont en désaccord. Dans ce cas précis, ce n'était pas un assassinat légal en Arabie saoudite et c'était sur le sol étranger, ce qui est très mal vu. Rappelez-vous ce qu'a fait Poutine à Londres. Même s'il 'na pas réussi à tuer Skripal, il a produit un scandale, avec des représailles.
Le fait que ça soit à l'étranger et de manière illégale et que ça a été nié et ensuite reconnu, puis que les services secrets turques collaborent pour qu'on ne puisse pas nier, a fait que tous les ingrédients étaient réunis pour qu'on en parle.  En plus, il y a une publicisation de la part d'Erdogan qui en a profité pour régler ses comptes avec les Saoudiens. Deuxièmement, c'était un acte monstrueux, puisqu'on a vraisemblablement démembré la personne. Très peu de pays osent tuer des opposants à l'étranger car c'est une violation de la souveraineté nationale. En général on le fait très discrètement et sans preuves.
 
Okan Germiyanoglu : Tout d'abord, la mort du journaliste Jamal Khashoggi est en soi un événement qui s'est retourné automatiquement contre la monarchie saoudienne et l'image qu'elle veut donner au reste du monde. 
Ensuite, "fermer les yeux" ne correspond pas aux prises de positions des gouvernements démocratiques, sauf si l'on analyse un fait international à partir des seuls intérêts nationaux. Il faut également interroger l'image que renvoie l'Arabie saoudite aux autres Etats : est-elle positive ? négative ? 
 
Il est fort probable que l'Arabie saoudite, du moins son régime, a conscience de son "identité négative" dans le monde. Et même si les chancelleries occidentales et démocratiques ne répondront pas directement à cette question, il est probable que l'image de l'Arabie saoudite a été encore plus abîmée à leurs yeux, car on parle bien ici de la mort d'un journaliste dans le consulat de son propre pays. 
 
Il n'est pas étonnant que le prince héritier Mohammed ben Salmane Al Saoud ait cherché à modifier l'image du régime et de son pays, par exemple, avec le droit concédé aux femmes saoudiennes de pouvoir conduire une voiture... 
Mais la mort de Jamal Khashoggi est un revers sévère pour l'image du régime saoudien et la réaction de la France (tout comme celle de l'Allemagne) a une portée symbolique qui n'est pas négligeable.
 
L'événement, à nouveau, n'est pas anodin, en particulier si on intègre dans l'analyse que les chancelleries occidentales partagent a minima des normes universelles comme les droits de l'homme. 
Elles ne sont pas en adéquation avec les normes des régimes autoritaires, voire plus durs. Quand un événement comme celui-ci se produit, c'est un test dans la confrontation de ces normes qui fondent les identités des relations interétatiques et que l'on retrouve également au niveau des organisations internationales comme les Nations unies. 
 
 
 
Commentaires

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  • Par tubixray - 24/10/2018 - 08:49 - Signaler un abus Etats totalitaristes

    Il en va autant pour l'Arabie saoudite, oligarchie islamistes que de la Chine, dictature communiste; doit on faire des affaires avec eux ??? Moralement la réponse est non bien sur mais reste les affaires .... Une différence toutefois, nous avons besoin de pétrole mais les produits manufacturés en Chine par la mondialisation pourraient l'être ailleurs.

  • Par Poussard Gérard - 24/10/2018 - 09:09 - Signaler un abus L'arabie saoudite est plus dangereuse que la Russie

    et on sanctionne seulement la russie, peuple de culture chrétienne orthodoxe... Il faut en tirer des conclusions on commerciales mais politiques et culturelles : Mignon premier, merkel, erdogan, may oeuvrent pour notre disparition...et notre remplacement par la charia et l'islam

  • Par vangog - 24/10/2018 - 11:00 - Signaler un abus Je suis défavorable aux sanctions économiques...

    car elles sanctionnent d’avantage les peuples que les dirigeants, et créent un réflexe d’auto-défense autour des dictateurs. Ainsi, les sanctions russes ont d’avantage sanctionné nos agriculteurs que les russes- eux-mêmes, qui se sont défaussés sur d’autres denrées , d’autres marchés (notamment asiatique...). A l’inverse, la pression diplomatique de pays unis peut détrôner les dictateurs. Comptons sur Donald pour mener cette bataille, et détrôner MBS...mais les exportations françaises doivent continuer...la gauche a trop détruit notre économie, pour que nous puissions nous en passer...

  • Par hoche38 - 24/10/2018 - 13:12 - Signaler un abus Ce Monsieur Jamal Khashoggi,

    ancien apparatchik saoudien, accueilli au États-Unis, n'était qu'une option politique américaine contre un pouvoir saoudien devenant moins souple. Comme l'était Fethullah Gülen, ancien apparatchik de l'AKP, accueilli au États-Unis, qu'un coup d'état foireux ne leur a pas permis de substituer à un Erdoggan tenté par l'indépendance.

  • Par lasenorita - 24/10/2018 - 13:53 - Signaler un abus ''L'Arabie Saoudite finance le terrorisme''...

    mais les lèche-babouches qui nous gouvernent sont SOUMIS aux pétro-dollards des assassins saoudiens.. qui font un génocide au Yémen où 5 millions d'enfants crèvent de faim et de maladies...La France ''ferme les yeux'' parce qu'en moins de 10 ans,l'Arabie Saoudite a passé 11 milliards d'euros de commande d'armes à la France..La France ''ferme encore les yeux'' sur les magouilles du F.L.N. en Algérie parce qu'elle achète,à l'Algérie,son gaz (au prix fort)...et nos gouvernants cèdent aux dictateurs musulmans les plus belles propriétés françaises et acceptent de laisser entrer,dans notre pays,des terroristes musulmans qui répandent,chez nous,l'islamisme!...Tant pis pour la sécurité des ''vrais'' Français!...

  • Par joseph jean - 25/10/2018 - 08:55 - Signaler un abus l'echelle des discriminations

    tres juste , les commentaires , on peut completer par l'echelle des discriminations ( Aldo Strerone sur y tube) c'est court et ca explique beaucoup de choses

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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Okan Germiyanoglu

Okan Germiyanoglu est docteur en science politique à l'Université de Lille - Laboratoire CERAPS. Il s'exprime à titre personnel et ses propos n'engagent que lui.  

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