Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 18 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Aquilino Morelle, la conscience du Bourget

En électricité, il s’agit d’une petite pièce isolante qui, en sautant, permet d’éviter la destruction complète du système. Le fusible. Dans le domaines des relations humaines, en politique mais aussi dans l’entreprise, le sport ou la fonction publique, ce sera celui ou celle que l’on désignera comme coupable pour calmer la vindicte populaire. Extrait de "Les Fusibles" de Cyril Touaux et François Vignolle, publié aux éditions l'Artilleur. 2/2

Bonnes feuilles

Publié le
Aquilino Morelle, la conscience du Bourget

Son rôle de conseiller politique, chargé des relations avec la presse, amenait souvent Aquilino Morelle à relire des interviews sensibles. Ce lundi 8 avril 2013, quatre jours après la démission de Jérôme Cahuzac, il s’attelle à cette tâche a priori sans enjeu notoire. Arnaud Montebourg, encore ministre du Redressement productif, vient de donner une interview au Monde. Il doit la relire avec lui à Bercy le lundi dans la soirée. Dans cette interview, au détour d’une question, Arnaud Montebourg charge une énième fois l’Union européenne, toujours accrochée à sa politique d’austérité qui entraîne, selon lui, les pays européens dans «une spirale négative».

Bref, rien de vraiment très neuf. Du classique pour Montebourg, dans le ton des interventions du remuant ministre. Morelle valide donc sans sourciller. Il vient là de signer sans le savoir son acte de décès en Hollandisme.

Le lendemain à 15 heures à l’Elysée, Aquilino Morelle se prend un monumental – et inattendu – savon de la part de François Hollande. D’ordinaire si calme, même lorsqu’il paraît irrité, le président de la République, furieux, traite son conseiller d’«irresponsable». Et le laisse sans voix. En tournant les talons. C’est ce jour-là que la rupture «fut consommée», écrit Aquilino Morelle qui pressent une décision « irréversible» mais «inavouée et silencieuse». Son «limogeage» interviendra plus tard, un an après cette mémorable engueulade présidentielle. A compter de ce moment, les raisons qui vont conduire à son éviction officielle s’empilent. Quelques jours après cette engueulade, Morelle le conseiller de gauche d’un président socialiste fait appeler un cireur de chaussures qui s’est déplacé à l’hôtel Marigny pour s’occuper de ses godillots. Une «faute» comme l’a reconnu Aquilino. Mais pendant un an, le président Hollande, forcément au courant, n’a rien dit, rien laissé transparaître, alors qu’il savait. «Les hommes de pouvoir sont des hommes de dossier » comme on dit souvent. Hollande l’a donc constitué patiemment selon Morelle. Et puis le coup de grâce. Un article du journal en ligne Mediapart paru le 16 avril 2014 l’accuse de conflits d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques. Le docteur Morelle avait été rémunéré 12500 euros en 2007 pour sa collaboration avec un laboratoire danois, Lundbeck, alors qu’il travaillait à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). L’origine du coup est évident pour le conseiller. C’est son président qui a monté «ce chantier». D’ailleurs Mediapart, cerise sur le gâteau, rapporte cette histoire de cireur de chaussures. Histoire de camper l’odieux personnage. S’ensuit une belle journée où Morelle, peu connu du grand public, devient l’incarnation de cette gauche «dandy», «bour - geoise», «déconnectée». Les médias s’en donnent à cœur joie. Et François Hollande, avec une gravité un peu théâtrale, le convoque le soir même dans son bureau. «On n’y arrivera pas. On ne résistera pas. La vague médiatique sera trop forte. «A ce moment-là, quand il prononça ces paroles-là, je compris subitement à quel point j’avais été aveugle et sourd», écrit dans son livre, Morelle. Il a suffi d’une petite phrase, d’une seule. Viré. Sans avoir vu le coup venir. Et sans en avoir accepté le motif.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Je m'abonne
à partir de 4,90€