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Après les taxis Uberisés, les artisans "Amazonés" ? Le défi d’une économie d’indépendants confrontés à la concurrence des géants du Web

Amazon a annoncé, le 22 juillet, l'extension à une quinzaine de villes américaines de sa plateforme "Amazon Home Services", laquelle permet de faire appel aux services d'artisans pour la maison directement en ligne. Après les taxis, les artisans pourraient être les prochaines victimes de l'économie 2.0.

Peintres, plombiers et cie

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Après les taxis Uberisés, les artisans "Amazonés" ? Le défi d’une économie d’indépendants confrontés à la concurrence des géants du Web

Après les taxis, les artisans pourraient être les prochaines victimes de l'économie 2.0. Crédit Reuters

Atlantico : Après Uber et les taxis, va-t-on vers un monde où des géants du web peuvent proposer des plateformes qui rendent compliquée la concurrence avec les métiers traditionnels ? Est-ce un mouvement supplémentaire dans "l'ubérisation" de l'économie ?

Christophe Benavent : Oui ces plateformes vont se développer, et on peut être même surpris que ce ne soit pas encore fait. L'économie des plateforme est essentiellement une économie de la diversité, elle permet des transactions très spécifiques et de coordonner une offre et une demande très hétérogène en assurant des fonctions de confiance et de sécurisation du prix et du paiement.

Un exemple très évident est celui des serruriers ou des plombiers, surtout à Paris. S'il sont libres de pratiquer les prix qu'ils souhaitent, dans les urgences, ils n'hésitent pas à pratiquer des tarifs extrêmement élevés. Dans ce domaine une plateforme collaborative apportera d'abord une certaine transparence de prix et surtout une évaluation de la prestation et donc fera mieux fonctionner le marché, à l'avantage du consommateur. Plus globalement elles permettront de mieux révéler la demande et pourront développer le marché en plus de faire mieux jouer la concurrence, et c'est à l'avantage des artisans, du moins à ceux qui accepteront leur propre transformations numériques. Les autres seront perdants. Et il y a même de nouveaux métiers qui se créeront à l'image des services de conciergerie (pour ne pas dire de clés) qui aujourd'hui co-évoluent avec AirBnB (dont d'ailleurs on s'étonne qu'ils n'offrent pas encore cette plateforme ne serait-ce que pour l'échange de clés!).

Lorsqu'on évoque le cas d'Uber, n'oublions pas que les chauffeurs sont souvent d'anciens employés des artisans-taxis ! Le problème posé par Uber est de nature différente : avec l'appli UberPop, n'importe quel particulier pouvait (en France) faire office de taxi, et là c'est une manière d'introduire une concurrence nouvelle qui cède d'autant plus sur le prix que celui-ci représente un revenu accessoire obtenu sans grand investissement. Et là il y a un risque réel pour les artisans, plus grand encore que pour les taxis qui bénéficient toujours d'un régime corporatiste, limitant la population par le biais des licences. Il n'y a pas de licence de plombier, ni d'électricien, ni de femme de ménage, ni d'aide scolaire, ni de peintre... Et ces professions de services peuvent parfaitement être concurrencées par des amateurs éclairés, ces nombreux génies du bricolage. 

Quant à l'uberisation, laissant l'expression aux publicitaires qui l'on inventée. On sait depuis longtemps, notamment avec Clark et Abernathy depuis les années 80, que certaines innovations se caractérisent non seulement parce qu'elles détruisent les bases technologiques d'un industrie (par exemple le passage de l'argentique au numérique pour la photo), mais surtout parce qu'elles recomposent les relations entre les clients potentiels et leurs fournisseurs. Kodak a invité l'image numérique, ce qu'il n'a pas compris est que la valeur de l'"instant kodak" n'était plus celui de la prise de vue, mais celle du partage de la photo avec ses amis et sa famille. Le réseaux des unités de développement rapide patiemment constitué s'est effondré d'un seul coup, et la relation au marché s'est recomposée autour des plateformes d'échange dont Facebook est sans doute la principale.

C'est ce qui va se passer dans ce champs. La technique du plombier pour déboucher une canalisation ne va pas changer, mais celle qui lui permet de trouver des clients (petites annonces, annuaires, et les flyers déposés dans les entrée d'immeuble) va être radicalement transformée. Et le changement c'est une transformation du pouvoir entre le client et l'artisan, une transformation telle qu'elle peut permettre aux plateformes de prélever une part substantielle de la valeur, à l'exemple des plateformes de réservation hotelière qui va jusqu'à plus de 30% du prix de la chambre. 

Quant à Amazon, rappelons qu'ils sont des spécialistes de cette nouvelle coordination, cette initiative n'est pas une première, avec Mechanical Turk ils ont déjà une grande expérience dans la gestion de ce qu'on doit appeler des tacherons.

 
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Christophe Benavent

Professeur à Paris Ouest, Christophe Benavent enseigne la stratégie et le marketing. Il dirige le Master Marketing opérationnel international.

Il est directeur du pôle digital de l'ObSoCo.

Il dirige l'Ecole doctorale Economie, Organisation et Société de Nanterre, ainsi que le Master Management des organisations et des politiques publiques.

 

Le dernier ouvrage de Christophe Benavent, Plateformes - Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux : comment ils influencent nos Choix, est paru en mai  2016 (FYP editions). 

 

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