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Un an après les révélations de Snowden sur l’espionnage électronique massif de la NSA, ce qui a concrètement changé (spoiler, pas grand chose…)

Une année s'est écoulée depuis la dénonciation du système d'espionnage numérique américain par Edward Snowden, l'occasion de revenir sur l'évolution de ces pratiques qui ont choqué l'opinion publique mondiale. Rien ne semble avoir radicalement changé, la société de surveillance semble encore en marche...

Retour sur scandale

Publié le - Mis à jour le 13 Juin 2014

La prise de conscience des citoyens a-t-elle été insuffisante pour que les choses changent vraiment ? Comment expliquer notre étrange aveuglement collectif ?

Chaque culture réagit avec son ADN face à ce tournant de l’Histoire et ce changement dans le rapport de force entre gouvernants et gouvernés. Les Allemands ont réagit avec force, tout comme les Brésiliens, les Français, eux, se sont enfermés dans une défiance à priori irréversible vis à vis des politiques. Instinctivement, ils ont à mon sens parfaitement compris cette situation de “guerre froide” entre la population et le système qui les gouverne, et les scores du Front National en sont une parfaite illustration.

Le FN prospère en large partie sur la thématique du rejet du système, et ce système a perdu la confiance que les citoyens avaient en lui.

La suite risque d’être douloureuse. La confiance se gagne goutte à goutte mais se perd bien plus rapidement. Elle ne reviendra pas, en particulier quand le second volet des révélations de Snowden arrivera, volet qui concerne la France et les objectifs de la surveillance mise en place - la lutte contre toute forme de disruption politique, le terrorisme n’étant qu’une excuse de façade permettant de justifier tout et n’importe quoi.

Derrière l’attitude léthargique des Français se cache un puissant courant qui rejette “le système”, et au fur et à mesure que les Français réaliseront la portée et les conséquences sociales de la surveillance, ils réaliseront le véritable projet de société porté par les “partis de gouvernement” qui se partagent la quasi totalité du pouvoir politique depuis l’après guerre. A partir de là ils seront en mesure de faire un choix réfléchi entre les deux alternatives que représentent ce projet d’une société de la surveillance, d’une part, et celui porté par le Front National. Ils pourront décider en leur âme et conscience entre la peste ou le choléra.

Il n’y a pas pour le moment de solution magique qui permettrait d’envisager une troisième voie, et je doute qu’elle émerge en temps utile. Ca aussi, les Français l’on à priori bien intégré, ce qui explique cette léthargie et cette morosité dans laquelle le pays est plongé. Les Français ne voient pas leur avenir en rose, tous les sondages le confirment, et ils ont bien raison.

Faut-il y voir l'aveu de notre impuissance face aux géants du web, qui finalement trouvent un intérêt à la persistance de ce système, et auxquels nous sommes collectivement et individuellement devenus trop dépendants ?

Les méchants “géants du web” stigmatisés par nos gentils politiques sont une vaste opération de storytelling mise en place à des fins peu avouables. Les géants du web ne sont qu’une petite partie du problème, et c’est la partie la plus facile à résoudre. Si vous voulez échapper à cette surveillance là, il suffit de changer vos habitudes et vos usages d’internet - ce n’est pas plus difficile que de vous mettre à une alimentation saine en mangeant du bio, ou de recycler vos ordures, c’est une question de volonté. Ce n’est pas du tout le problème. Nous ne sommes pas du tout impuissants face à cela, bien au contraire. Si vous pesez 200 kilos et que vous passez votre vie à manger du MacDo, accuser la dépendance à MacDo est un peu facile, non ? Avec Google, Windows ou Facebook, c’est exactement la même chose.

Il ne tient qu’à vous de cesser d’utiliser Google – vos recherches en disent en effet beaucoup sur vous et dressent de vous un profil très détaillé – et d’adopter un moteur de recherche qui respecte votre vie privée, il ne tient qu’à vous de réaliser que tout ce que vous dites sur Facebook sera utilisé demain - via la “big data” - pour déterminer le prix de votre assurance et bien d’autres choses encore, il ne tient qu’à vous de ne pas raconter de choses confidentielles au téléphone ou d’adopter des technologies de chiffrement de vos échanges téléphoniques, etc, etc. Au passage, si vous êtes journaliste, il en va de votre crédibilité et de votre capacité à protéger vos sources.

Cela peut sembler compliqué, mais manger bio il y a vingt ans l’était tout autant. C’est parfaitement faisable, et surprise, toutes ces technologies permettant aux citoyens de reconquérir leur vie privée vis à vis de l’Etat sont disponibles dès aujourd’hui, et ne vont cesser de s’améliorer dans les années à venir. Il est essentiel de les comprendre et de les adopter, de commencer à changer dès à présent ses habitudes, surtout si on part du principe que l’on voit arriver dans la bouche des politiques des ambitions juridiques qui consistent à punir une intention. En effet, une fois ce pas franchi - ce que Manuel Valls semble décidé à faire -, un gouvernement dirigé par une toute autre tendance politique demain, qui se saisirait des outils de surveillance en toute légalité, pourrait s’attaquer à vous, après demain, pour des intentions qui vous semblent aujourd’hui bien innocentes (manifester, par exemple, un droit qui a été largement remis en question en Espagne récemment, ou Dieu sait quoi : avorter, porter secours à un sans papier, avoir des relations homosexuelles, consommer des drogues récréatives, faites votre choix…)

Les « méchants du web » sont surtout une façon pour nos gouvernants de cacher le fait qu’ils sont les grands ordonnateurs de cette société de la surveillance, et que le projet de société porté tour à tour par l’UMP de Nicolas Sarkozy puis par le PS de François Hollande et de Manuel Valls, c’est la société de la surveillance. Pour contrer cela, vous ne pouvez pas grand chose, si ce n’est opter pour le choléra en lieu et place de la peste, c’est à dire le Front National.

C’est tragique, mais ce dernier est le seul en mesure de faire changer les choses. Soit parce que son arrivée au pouvoir provoquera une disruption économique et sociale telle que - à l’image de l’arrivée des islamistes en Tunisie après la chute de Ben Ali - il en sera vite évincé pour faire place à une véritable reconstruction démocratique apte à passer ce cap douloureux – et il faut souhaiter qu’il ait fait le ménage et décimé son opposition d’ici là, soit parce qu’il tiendra ses promesses et institutionnalisera de véritables libertés sur internet - personnellement, je doute que ce parti, plus qu’un autre, tienne quelque promesse que ce soit. Mais dans un cas comme dans l’autre, c’est la seule alternative existante aujourd’hui à l’ère de guerre froide entre gouvernants et gouvernés dans laquelle nous sommes entrés.

C’est un réveil brutal et désagréable, pour ne pas dire douloureux, mais en même temps, qui peut décemment imaginer qu’après autant de décennies de dérives tant politiques, économiques qu’écologiques, l’addition ne soit pas salée ?

 
Commentaires

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  • Par 2bout - 07/06/2014 - 12:19 - Signaler un abus Une démocratie

    ne peut pas avoir comme législateurs des fonctionnaires : Obama, qui ne peut être une référence, l'a rappelé indirectement à Hollande jeudi. On est tracé de partout : téléphonie, vidéosurveillance ... Pour la vidéosurveillance dans nos rues, qui exploite les images et qui y a accès ? Je suppose même que l'on puisse savoir ce qu'il y a dans mon frigo. Ma femme commande au Drive en ligne. Dans quels intérêts et dans quelles limites ? C'est donc aux législateurs de définir ces limites ? Là est la gravité du problème d'où la nécessité d'indépendance de celui-ci. Une démocratie ne peut pas avoir comme législateurs des fonctionnaires. En positivant, on dira que l'Union Soviétique est morte de ces multitudes "d'oreilles" et que la technologie peut réduire le nombre de fonctionnaires attachés à cette besogne. On rappellera aussi que le voisin espionnait le voisin pour être rétribué suivant ses délations. On nous surveille, nous épient, nous contrôlent. Nous écoutent-on aussi ? Je l'espère tant la largeur du spectre idéologique est couverte par les mêmes actionnaires.

  • Par 2bout - 07/06/2014 - 12:31 - Signaler un abus Suite ...

    L'électeur peut le comprendre aussi.

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Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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