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Après le rabot, le demi rabot : pourquoi la danse du ventre de Hollande autour de la réduction des dépenses des collectivités locales est symptomatique de son manque de méthode

François Hollande s'est rendu ce jeudi 2 juin au 99e Congrès des maires. Il y a annoncé un allègement de 50% de la baisse des dotations aux collectivités locales, offrant ainsi une petite bouffée d'air aux communes, régions et autres départements.

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Après le rabot, le demi rabot : pourquoi la danse du ventre de Hollande autour de la réduction des dépenses des collectivités locales est symptomatique de son manque de méthode

Atlantico : Lors du Congrès des maires de France, François Hollande a annoncé que la baisse des dotations sera divisée finalement par deux. Pour les communes, cette limitation représente 1 milliard d'euros. Comment interpréter ce nouveau "cadeau" fait par François Hollande ? Faut-il y voir un renoncement à faire porter les efforts budgétaires par des collectivités ? En quoi ces efforts étaient pourtant justifiés ?

Jean-Luc Boeuf : Soyons très clairs : à cette question, il y a deux réponses à faire. La réponse politique, d'abord, puis la réponse financière. La première n'est pas si complexe, quand on se souvient de l'échéance qui approche : nous sommes à un an de l'élection présidentielle.

François Hollande est littéralement malmené dans les sondages. Face à la bronca de son propre camp, face à l'ambiance glaciale du Congrès des maires, il ne pouvait pas - ou très difficilement - ne rien annoncer. Sur l'aspect purement financier, cette nouvelle n'est évidemment pas bonne. Et pour cause ! Les efforts entrepris, depuis deux ans maintenant, par la France sur ses finances publics (et par les collectivités locales dans un effet de cascade logique) donnent le sentiment - à tort - qu'on distribue de l'argent. Ce n'est pas vrai ! Si l'on devait schématiser, l'Etat a expliqué aux collectivités locales qu'au lieu de leur prendre deux euros, il n'en prendrait qu'un mais réclamerait un euro de plus de dépenses. Cette annonce du chef de l'Etat finance à peine le coût de la revalorisation du point d'indice des fonctionnaires et celui du PPCR, le plan de revalorisation de carrière des agents. Cela ne finance pas non plus les transferts de compétences rampants, comme celui détaillé dans le projet de loi proposé par le ministre de la Justice : faire enregistrer les taxes dans les mairies et les préfectures. Cela correspond à 700 postes au niveau national que devront se payer les villes-préfectures. Quimper, par exemple, si le projet de loi passe en l'état, se devra d'enregistrer les taxes en tant que chef-lieu de préfecture.

Pour autant, on ne peut pas aller jusqu'à y voir un renoncement à faire porter le moindre effort budgétaire par nos collectivités. Cela nous ramène à la première partie de la réponse, celle qui ne touche qu'au domaine de la politique. Là où c'est très malin de la part de François Hollande, c'est qu'il ne s'agit pas ici de la distribution d'argent, mais d'une simple "moindre diminution". En outre, rien ne permet de savoir ce qu'il se passera en 2018, une fois que le nouveau président de la République sera élu. Dans tous les cas, il devra faire valider son plan budgétaire par Bruxelles. Quoiqu'il veuille faire, il devra tenir la trajectoire de la France en matière de déficit public. Or, dans ce déficit public, on compte les collectivités locales.

Enfin, il faut souligner que les efforts demandés aux collectivités sont, effectivement, pleinement justifiés. Cela se manifeste d'une façon très concrète et très visible : pour la première fois depuis l'histoire de la République, les dépenses de fonctionnement des collectivités locales sont stabilisées. C'est le cas en 2014, c'est également le cas en 2015 et il est tout à fait probable que ça soit le cas en 2016. Concrètement, cela signifie que l'effort demandé a rendu nécessaire la recherche d'économie au sein des collectivités locales. Je ne parlerais pas d'équilibre dans la mesure ou, par construction, le budget d'une collectivité locale doit toujours être équilibré. Tant en fonctionnement qu'en investissement. Mais le fait est que cela a contraint les collectivités locales à de sérieux efforts d'ajustement de leurs dépenses courantes. Il faut également prendre en compte les aspects macro-économiques et micro-économiques. Avoir diminué les recettes de fonctionnement des collectivités locales en a naturellement obligé certaines à augmenter les impôts. Cela représente néanmoins un cas particulier, selon qu'on parle de commune, de département ou de région... Cette baisse des dotations a eu un double effet : d'une part, l'Etat a diminué ses dépenses car il donnait moins aux collectivités. D'autre part, il les a forcées à faire des économies puisqu'elles ne pouvaient pas compenser l'ensemble de cette baisse avec les seules hausses d'impôts. C'est clairement un cercle vertueux.

 
Commentaires

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  • Par lasenorita - 03/06/2016 - 11:41 - Signaler un abus Hollande l'éolienne.

    Hollande fait un pas en avant...un pas en arrière...à l'approche des élections présidentielles il est très ''généreux''..il aurait mieux fait de réfléchir avant de diminuer les ''aides'' aux collectivités locales...moi, je préfère que les sous de mes impôts RESTENT en FRANCE..je vois mes impôts partir en Algérie à chaque fois que je me rends aux P .T.T....chez ceux qui nous ont torturés, chassés de ''leur'' pays et volé nos biens!...

  • Par zouk - 04/06/2016 - 10:31 - Signaler un abus Hollande, collectivités locales

    Transfert de responsabilité sans transfert de ressources, demi "remboursement " = enfumage encore et surtout lâcheté.

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Jean-Luc Boeuf

Jean-Luc Bœuf est directeur général des services de la ville et de la communauté d’agglomération de Quimper. Il vient de publier Un seul lit pour deux rêves, la France et ses régions  et anime le site www.jean-luc-boeuf.fr

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