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Après Mitterrand face à Reagan-Thatcher ou Chirac face à Blair-Schroëder, le quinquennat Macron est-il à nouveau parti pour une France totalement à contre-courant ?

​Après la victoire de Margaret Thatcher en 1979, de Ronald Reagan en 1980, orientant le monde anglo-saxon vers un virage néolibéral, la France faisait le choix de François Mitterrand. En 2017, la France est une fois encore à contre courant de la tendance souverainiste et sociale du monde anglo-saxon.

Jet lag

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017
Après Mitterrand face à Reagan-Thatcher ou Chirac face à Blair-Schroëder, le quinquennat Macron est-il à nouveau parti pour une France totalement à contre-courant ?

Atlantico : ​En 2016, les électeurs britanniques ont pris ​la ​voie du Brexit, un choix justifié principalement par une volonté​ de retour à la souveraineté du Parlement. ​En 2017, une campagne électorale largement consacrée au modèle social a pu voir une progression forte du parti de Jeremy Corbyn. Derrière ce double axe - souveraineté, social - qui peut également se retrouver derrière la campagne de Donald Trump, comment expliquer un pouvoir en totale contradiction avec ces thèmes en France ?

Christophe Bouillaud : Il se trouve que François Hollande a accédé au pouvoir en 2012 sur un agenda ressenti par l’électorat, en particulier celui de gauche, comme largement similaire à celui qu’ont promu ensuite un Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou un parti comme Podemos en Espagne.

Il faut se rappeler qu’un Stéphane Hessel, l’auteur du pamphlet Indignez-vous !, appelle alors à voter Hollande. Beaucoup de gens  s’illusionnent alors sur un PS apte à défendre la justice sociale. Or, une fois arrivé au pouvoir par ce biais de cette promesse de lutter contre les conséquences sociales de la grande crise économique commencée en 2007,  promesse dont le discours du Bourget restera à jamais le symbole, François Hollande a fait exactement le contraire aux yeux de la plupart des électeurs, tout particulièrement ceux des classes populaires. Le PS, la gauche de gouvernement en général, aux yeux des électeurs, en particulier ceux de gauche ou des classes populaires, se sont donc déconsidérés, d’où la perte brutale de popularité dès l’automne 2012 et les défaites électorales successives lors des élections intermédiaires. La situation est à la fin si sombre du point de la popularité du pouvoir que François Hollande ne peut même pas se représenter – une première dans l’histoire de la Vème République.

Du coup, lorsqu’arrive la campagne présidentielle de 2016-17, la droite se trouve en position de force. Le candidat issu des primaires de la droite, François Fillon, propose cependant une vision de la politique économique et sociale totalement aveugle, ou tout au moins indifférente, aux inégalités sociales qui augmentent dans le pays. On peut se rappeler à ce propos le moment où l’économiste de France 2, François Lenglet, lors d’une émission où F. Fillon est l’invité, explique aux téléspectateurs par a+b que les propositions Fillon en matière fiscale reviennent à donner vraiment beaucoup aux ménages aisés, et où ce dernier ne dément pas les calculs de ce dernier. Du coup, il n’a pas été trop difficile par contraste à Emmanuel Macron, mais aussi bien sûr à Jean-Luc Mélenchon de manière plus radicale, d’apparaître comme bien plus en phase avec les attentes majoritaires des Français en matière de justice sociale. Emmanuel Macron, plus social que Fillon et moins extrémiste bien sûr que Mélenchon ou Le Pen, va en profiter pleinement pour être en tête au premier tour, et être finalement élu face à la candidate du FN au second tour.

 
Commentaires

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  • Par ajm - 11/06/2017 - 13:04 - Signaler un abus Exigences de compétitivité.

    Contrairement aux affabulations de ce professeur aux idées très marquées à gauche, les inégalités de revenus et de patrimoine en France sont parmi les plus faibles dans les grandes économies mondiales, très au dessous de celles des USA et de la GB, inférieures à celles de l'Allemagne, sans parler des économies émergentes comme la Chine, le Brésil et la Russie où elles sont béantes. Qu'on le veuille ou non l'économie Française à un problème de compétitivité, compétitivité coût mais aussi hors coût ( qualité et specialisation des produits et services). Ce problème il faut le traiter quelque soit le président, avec Macron ou un autre, sinon ĺa France continuera à dégringoler inexorablement par rapport aux autres nations. Pour ce faire il faut agir sur le contexte fiscal et réglementaire qui est celui des entreprises mais aussi mettre en place les bonnes incitations sur les investisseurs personnes physiques, les créateurs d'entreprises et les travailleurs les plus productifs. Je ne suis pas convaincu que le programme de Macron réponde à tous ces impératifs même s'il en contient quelques éléments.

  • Par Ganesha - 11/06/2017 - 19:37 - Signaler un abus Excellent article !

    Excellent article ! Il est vraiment rarissime de lire actuellement une analyse intelligente du débat qui vient d'animer notre élection présidentielle, et qui donne un pronostic crédible sur notre avenir. Je recommanderais particulièrement sa lecture à deux catégories de trolls particulièrement crétins et obstinés que l'on rencontre sur Atlantico : ceux qui prétendent que ''la France est gouvernée par les Socialo-Communistes depuis 1945'', et, vraiment très pénibles, les derniers adorateurs de François Fillon ! Ceci dit, ces derniers n'ont pas vraiment des motivations politiques : ils ont avant tout le cerveau ravagé par des pulsions inavouables​ et contradictoires au sujet de l'homosexualité...

  • Par ajm - 11/06/2017 - 23:17 - Signaler un abus Outrance

    Il est pénible que ce site à priori respectable et "libéral" soit en permanence pollué par ce personnage inconséquent et passablement obsédé sexuel semble-t-il ( allusions permanentes hors sujet à l'homosexualité ) qui est totalement incapable d'avancer des arguments étayés sans outrances grossières et qui , à travers des allusions et rapprochements historiques totalement hasardeux et même fantaisistes démontre surtout une profonde inculture.

  • Par cloette - 12/06/2017 - 10:03 - Signaler un abus Eh bien voilà !

    La cause de l'échec de ces dernières décennies vient d'être révélée . C'est en effet d'être à contre courant car alors c'est plus difficile de nager si on est dans l'eau ou de marcher si le vent est contre soi . Or en ces temps de remise en cause du Mondialisme toxique et du libertaire-décadence, la France va dans l'autre sens qui n'est pas le sens du vent qui se lève . C'est un vent mauvais qui entravera la marche .

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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