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Après les élections en Basse-Saxe, Angela Merkel est tiraillée entre deux postures contradictoires

La victoire de Sebastian Kurz en Autriche devrait conforter Angela Merkel dans une posture plus conservatrice mais le train des négociations pour la constitution d'une coalition la contraint à une trajectoire inverse.

Dilemme

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Après les élections en Basse-Saxe, Angela Merkel est tiraillée entre deux postures contradictoires

Atlantico :  Plus d'un mois après les élections en Allemagne et à la lumière des élections en Basse-Saxe et du résultat autrichien, comment s'annoncent les négociations pour la coalition? Où en sont les rapports de force ?

Fabien Laurençon : Alors que s'ouvrent aujourd'hui les entretiens exploratoires (Sondierungsgespräche) sur la base d'un schéma inédit, dit "jamaicain", en format bilatéral entre la CDU, la CSU, son alliée bavaroise, les Verts et les libéraux de la FDP, première étape avant les négociations proprement dites en vue de la constitution d'une coalition gouvernementale, les négociations s'annoncent difficiles.

Les tensions entre futurs partenaires commencent à se structurer, notamment entre FDP et droite démocrate-chrétienne. Les échanges en début de semaine entre Volker Kauder, président du groupe parlementaire CDU au Parlement, et Christian Lindner,  en témoignent. Dans un entretien donné le 17/10 à la F.A.Z., Christian Lindner s'est en effet prononcé contre l'attribution du poste clé de ministre des finances à la CDU, considérant que n'importe quel autre parti de la coalition, CSU, FDP ou Verts était préférable au statu quo ante et à la continuité de la mainmise de la CDU sur la politique économique : "Ce système n'a pas fait ses preuves " a t'il notamment déclaré de manière lapidaire. 

La sortie remarquée du jeune (37 ans) et ambitieux leader du FDP, qui rappelle par certains aspects la trajectoire et le style de Sebastian Kurz, ne vise pas tant le précédent titulaire du poste, Wolfgang Schäuble, qui fut ministre des finances pendant près de 8 ans, de 2009 à 2013 tout d'abord dans la coalition FDP-CDU-CSU, puis reconduit de 2013 à 2017, qui vient d'être élu par son parti comme candidat à la présidence du Bundestag (et qui devrait sauf coup de théâtre, être élu par le Bundestag lors de sa session de rentrée le 24 octobre prochain) que la pratique du pouvoir de la CDU. Lindner a clairement attaqué l'absence d'autonomie politique du ministère des finances, devenu au fil des années une simple courroie de transmission de la Chancellerie fédérale selon lui, réduit au rôle d'exécutant des politiques publiques en matière économique et financier, au lieu d'être un partenaire à part part entière - à cet égard, l'intérim du ministère des finances confié à un fidèle d'Angela Merkel, Peter Altmaier, actuel chef de la Chancellerie fédéral - une fonction comparable à un Secrétaire général de l'Elysée  aux pouvoirs étendus - serait d'ailleurs aux yeux des libéraux comme Lindner l'aveu même de cette aliénation de la fonction par la pratique du pouvoir de la chancelière, et en creux d'un monopole de fait de la CDU que critique Lindner.

Pratiquement, comment ces élections vont-elles se passer ? Quels seront les points importants des négociations?

La question de la répartition des postes ministériels clés sera un des points saillants des négociations. Pour une bonne partie des cadres de la FDP, l'expérience de 2009-2013, et la décision prise alors de choisir le portefeuille des affaires étrangères au détriment des finances est considérée comme une faute stratégique. Cette décision, lourde de conséquences, qui avait largement contribué à la vassalisation du parti, reste une préoccupation centrale dans les revendications à venir du parti, qui devrait en toute logique réclamer ce portefeuille des finances, qui serait attribué à Christian Lindner, ou à défaut, si ce dernier devait se concentrer sur le poste de chef du groupe parlementaire, à Wolfgang Kubicki, son vice-président. 

 
Commentaires

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  • Par Beredan - 18/10/2017 - 20:02 - Signaler un abus Plan B

    Il ne serait pas surprenant qu.Angela fasse la danse du ventre devant le SPD pour l.assouplir ...

  • Par vangog - 19/10/2017 - 09:33 - Signaler un abus Ah le ministère des finances...Le nerf de la guerre de l'UE!

    c'est un peu sa grosse Bertha à l'Allemagne...on comprend qu'ils se battent tous pour appuyer sur le bouton...

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Fabien Laurençon

Fabien Laurencon est agrégé d'allemand, diplômé de Sciences Po Paris. Il a enseigné l'histoire et la civilisation allemandes à l'université Sorbonne nouvelle Paris III et à Paris X. Il enseigne actuellement la géopolitique de l'Allemagne à l'ESCE et les questions de défense à Sciences Po.

 

 

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