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Après cinq ans de guerre en Syrie, on commence à avoir une petite idée de qui sont les gagnants et les perdants

Même si Daech en tant qu’ « Etat » est sur le point d’être éradiqué en Syrie et en Irak, la guerre contre les islamistes est loin d’être terminée.

Bilan

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Après cinq ans de guerre en Syrie, on commence à avoir une petite idée de qui sont les gagnants et les perdants

En ce début septembre 2017, même si Daech en tant qu’ « Etat  » est sur le point d’être éradiqué en Syrie et en Irak, la guerre contre les islamistes est loin d’être terminée. Elle va prendre la forme d’une guérilla avec pour chef de file Al Qaïda qui vient en Syrie de prendre la tête d’une nouvelle organisation djihadiste.

En effet, en dehors d’un petit nombre de spécialistes, les grands médias ont un peu trop vite oublié d’analyser ce qui se passe dans la région d’Ibid où est née, en janvier 2017 après la chute d’Alep, Hayat Tahrir al-Cham ("Organisation de Libération du Levant").

Mutation du front Al-Nosra trop visiblement lié à Al Qaïda, elle regroupe (fusionne ?) plusieurs groupes islamiques : le Front Fatah al-Cham[1], le Harakat Nour al-Din al-Zenki[2], le Front Ansar Dine[3], le Liwa al-Haq et Jaych al-Sunna[4]. Quelques semaines plus tard, Ansar al-Chamrallie le groupe à son tour[5]. Les leaders de cette organisation savent que leur contrôle de la zone autour d’Ibid ne durera pas car les forces syriennes et russes se retourneront contre eux une fois Racca et les villes et villages stratégiques[6] de l’Est syrien totalement repris et sécurisés, d’autant plus que la protection totale et l’aide que leur offrait la Turquie qui avait abattu un SU24 russe dans cette zone n’existe plus depuis qu’Erdogan s’est rapproché des Russes.

De la défense d’un territoire, les djihadistes se préparent donc à revenir à la guérilla qui est dans l’ADN originel Afghan de cette organisation. Ayman Al-Zawahiri, l’émir d’Al-Qaïda, qui se cache toujours probablement dans les montagnes à la frontière pakistanaise, les a exhorté dans ce sens le 23 avril dernier :« Vous devez, vous notre peuple du pays de Damas (Al-Cham en arabe), vous préparer à une longue guerre contre les croisés et leurs alliés, les chiites et les alaouites. Ensuite il leur donne trois conseils : Le premier est « de revoir et corriger leurs erreurs. Un premier pas vers la victoire». Le deuxième est que «la stratégie du djihad en Syrie doit se baser sur une guerre de guérilla qui vise à tuer l’ennemi, à le saigner à mort  et à ne pas trop s’attacher à la terre». Le troisième enfin est que «la cause d’Al-Cham est celle de la Oumma (la nation musulmane) dans son ensemble et non une cause pour les seuls Syriens ».

La Syrie comme l’Irak devront entamer leur reconstruction puis leur développement sous cette menace. D’autant plus que dans ces deux pays les nouvelles ambitions de la communauté Kurde et la frustration des sunnites rendront difficile le retour à une unité nationale, surtout en Irak si on ne révise pas la constitution dans un sens plus présidentiel.

Cette avancée vers fin de la guerre en Syrie et en Irak ne débouchera donc pas avant longtemps sur une situation sécuritaire normale. Mais elle va s’inscrire dans un contexte géopolitique profondément bouleversé par ces cinq ans de guerre. C’est donc le moment de faire un bilan géopolitique des gagnants et des perdants parmi les acteurs extérieurs de ce conflit. Les facteurs religieux, économiques et géopolitiques qui sous-tendent leurs positions rendent complexe tout décryptage et exposer en quelques lignes cet état des lieux est de facto critiquable surtout lorsque l’on prend le risque pédagogique de désigner les gagnants : l’Iran, la Russie et la Chine et perdants : Israël, la Turquie, l’Arabie Saoudite et les occidentaux.

 
Commentaires

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  • Par Liberte5 - 17/09/2017 - 19:52 - Signaler un abus Bonne analyse sur une guerre dans une région...

    où l'instabilité est une donnée ancestrale. Dans ces sables mouvants, les alliances se font et se défont sans cesse. Il vaut mieux pour des pays comme la France se tenir à l'écart et avoir plusieurs cartes à jouer. F. Hollande a été en dessous de tout. Quant à Obama son bilan est un vrai désastre.

  • Par Marie-E - 18/09/2017 - 07:04 - Signaler un abus Il y a

    Un truc qui m' echappe : "Fabius inféodé aux Israéliens" car à ce posre il a plutôt écouté le Qatar

  • Par philippe de commynes - 18/09/2017 - 20:10 - Signaler un abus Joindre ...

    l'agréable à l'utile ... Fabius pouvait aussi à la fois mener une politique anti-assad (à cause du contentieux syrie-israël) ... et mener une politique anti-assad (grâce à l'intéressement qatarien)

  • Par Marie-E - 18/09/2017 - 21:04 - Signaler un abus Fabius n'est pas inféodé aux Israéliens

    il a même jouer plutôt des sales tours au moment du conflit de 2014 avec le Hamas à Gaza quand il s'est allié au Qatar et à la Turquie pour imposer des cessez le feu. Heureusement qu'il n'a pas eu gain de cause grâce à l'Egypte et à l'entêtement israélien. Je rappelle que c'est le diplomate français qui a parlé de massacre, que voulait imposer un délai pour négocier les 2 états.... Alors pro israélien ? : même en cherchant, je ne vois pas.

  • Par lémire - 19/09/2017 - 17:30 - Signaler un abus La diplomatie française s'est payée de mots...

    ... et c'est bien l'essentiel qu'en attentent nos équipes dirigeantes. Personne (j'espère) n'est assez stupide pour croire que les Américains partageront quoi que ce soit du marché saoudien ou irakien (cf. 1991 et 2003). Les enjeux sont de politique politicienne et de "prestige" auprès de la presse occidentale, tout aussi shootée aux bonnes paroles que le militant socialiste ou démocrate de base. On a dépensé quelques missiles, pas mal d'obus de 105 et soigneusement évité d'informer sur les effets des frappes. Fabius n'a rien d'original quant à cette mentalité, ce qui le distingue c'est l'arrogance et la feinte véhémence, la même que celle qu'il mettait autour du marxisme quand il était jeune. Hilary manifeste le même syndrome...

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Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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