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Après le Brexit, voilà le Turxin : quand Erdogan organise un référendum sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

Alors que les discussions sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ont été mises en suspens pendant la campagne sur le Brexit, l'Union a annoncé l'ouverture d'un nouveau chapitre de négociation. Pour autant, l'avenir politique du projet semble très compromis.

Malin comme un Turc

Publié le - Mis à jour le 1 Juillet 2016
Après le Brexit, voilà le Turxin : quand Erdogan organise un référendum sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

Atlantico : Pendant la campagne qui a précédé le référendum britannique, la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne a été abordée, notamment par les partisans du Brexit : pour eux, les négociations avec la Turquie auraient été mises en suspens afin de ne pas alimenter le sentiment anti-européen au Royaume-Uni. Où en sont réellement les négociations entre l'UE et la Turquie ? Un tel projet a t-il réellement un avenir politique ? 

Laurent Leylekian : Il est évident que le processus d’adhésion de la Turquie constitue un chiffon rouge pour tous ceux qui récusent le projet européen tel qu’il a évolué, c’est-à-dire vers cette sorte d’entité molle et faible, dépourvue de contenu identitaire et ouverte à tous les vents libéraux. C’est l’Europe "hall de gare" que je dénonce régulièrement. Ceci dit, la question turque est sans doute perçue un peu différemment en Grande-Bretagne, où l’on trouve aussi des opposants d’un autre genre qui approuvent l’Europe-marché et qui contestent – au contraire – la prééminence des normes et des règlements européens sur les lois souverainement votées par les Britanniques.

Pour ce type de partisans du Brexit, la Turquie dans l’Union européenne n’est pas un problème puisque celle-ci n’est vue que comme un simple marché sans frontières dont ils espèrent qu’il soit le plus large possible. On peut d’ailleurs souligner l’incohérence – ou l’égoïsme – de leur position puisqu’ils souhaitent l’extension illimitée du domaine des normes libérales adoptées à Bruxelles, à l’exception de leur île.

Ceci dit, le processus d’adhésion n’a pas vraiment été mis en sommeil pendant la campagne du Brexit. Le 22 juin, la veille même du référendum britannique, la Commission annonçait pour le 30 juin l’ouverture d’un nouveau chapitre de l’Acquis communautaire avec la Turquie ; et pas n’importe lequel : celui sur la politique économique et monétaire. Je crois que si l’on avait voulu convaincre les opposants à l’Europe "hall de gare" de voter le Brexit, on ne s’y serait pas pris autrement. Le pire, voyez-vous, c’est que ceux qui ont pris cette décision ne se sont sans doute même pas aperçus du problème, ne serait-ce qu’en termes de communication.

Néanmoins, pour répondre à votre dernière question, le processus avance aujourd’hui à bas bruit. On ouvre des chapitres techniques – qu’on ne referme qu’au compte-goutte – et sans qu’il y ait une volonté politique de conclure – ni du côté turc, ni du côté européen. Ce processus, c’est un peu le cancer de l’Union européenne. Il progresse insidieusement, de manière indolore, et quand tous les chapitres techniques auront été ouverts puis refermés, la crise éclatera. Mais il sera alors trop tard pour ne pas conclure une adhésion dont personne ne veut. Le plus tôt on stoppera net le processus, le mieux ce sera.

De son côté, le président Erdogan souhaite interroger le peuple turc sur sa volonté d'adhérer à l'UE. Quel objectif poursuit-il en appelant de ses voeux un tel référendum ? Quel résultat espère-t-il obtenir ?

On peut lire cette annonce d’Erdogan de deux manières exactement opposées, ce qui ne signifie pas qu’elles soient contradictoires. La première interprétation consiste à penser que – dans l’hypothèse où les Turcs votent en faveur du "Turxit" – Erdogan voit dans un tel référendum une manière de sortir la tête haute d’un processus qui ne lui sert désormais plus à rien. N’oublions pas que pour Erdogan, "la démocratie est comme un tramway, il va jusqu’où vous voulez aller, et là vous descendez". Via la "démocratie", Erdogan est arrivé là où il voulait – au pouvoir absolu – et il n’en a donc plus besoin. En revanche, il ne veut pas perdre la face et un Turxit pourrait lui fournir le moyen honorable de descendre du tramway.

 
Commentaires

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  • Par langue de pivert - 27/06/2016 - 11:44 - Signaler un abus En Europe ? Pourquoi faire ? ☺

    Pourquoi les Turcs quitterait un bordel pour rentrer dans un autre ? Ils ne sont pas idiots les Turcs !

  • Par langue de pivert - 27/06/2016 - 11:46 - Signaler un abus oups !

    quitterai(en)t bien sûr ! C'est qu'il n'y en pas qu'un !

  • Par hannibal barca - 28/06/2016 - 00:20 - Signaler un abus Les dirigeants de l UE sont deconnectes des realites

    Les turcs ne sont pas de culture occidentale ,plutot islamique avec un Erdogan qui est devenu un vrai dictateur islamiste.tout le monde sait qu il soutient la terreur ,Daesh ,les freres musulmans,el qaida ..seul point commun avec les dirigeants occidentaux il oeuvre a abattre Assad ce qui lui permet d etre pardonne pour toutes les atteintes aux libertes fondamentales .L UE perd son ame ,ses valeurs de laicite de democratie grace a une generation de dirigeants mediocres et deconnectes.elle finira par imploser.

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Laurent Leylekian

Laurent Leylekian est analyste politique, spécialiste de la Turquie.

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