Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 29 Mai 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Un an après l’attentat de l’Hyper Cacher et quatre ans après celui de l’école Ozar Hatorah, le choix cornélien de la scolarisation des enfants juifs

La montée des violences antisémites, les tueries de Toulouse en 2012 et l'attentat de l'Hyper casher alimentent le sentiment d'insécurité dans les écoles publiques, au sein desquelles sont répertoriées de plus en plus d'incidents antisémites, mais aussi la peur que les écoles juives soient ciblées par les attentats terroristes. Face à ce dilemme cornélien, de plus en plus de familles juives choisissent de scolariser leurs enfants dans des écoles privées.

Agressés dans le public, exposés dans le privé

Publié le
Un an après l’attentat de l’Hyper Cacher et quatre ans après celui de l’école Ozar Hatorah, le choix cornélien de la scolarisation des enfants juifs

Atlantico : Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a affirmé ce lundi que par "crainte " qu'ils ne soient insultés ou battus, un tiers des enfants juifs seulement sont scolarisés par leurs parents à l’école publique. D'où tient-il ce chiffre alarmant ? Avez-vous, vous aussi, remarqué que le sentiment d’être de moins en moins en sécurité a poussé certaines familles juives à se tourner vers les établissements privés pour la scolarisation de leurs enfants ? 

Sacha Reingewirtz : C’est malheureusement un mouvement que l’on observe depuis 15-20 ans et qui est plus en plus présent.

Personne n’a le chiffre exact. C’est non seulement un ressenti mais c’est aussi ce qui est enregistré, en tout cas auprès des personnes avec lesquelles l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) est en lien. En effet, nous observons une scolarisation dans le privé qui ne cesse de progresser. Dans les établissements publics, de plus en plus d’incidents où les enfants juifs sont pris à partie sont répertoriés, ce qui pousse très souvent les familles à se détourner de ces écoles. 

Ariel Goldmann : Le chiffre d'un tiers des enfants juifs dans les écoles publiques date d'une enquête commandée par le FSJU  et dont les résultats ont été publiés en 2004 ! Les choix des parents vers les écoles privées répondent à différentes motivations. Certains font le choix de l'école privée comme la plupart des Français sur des critères de renommée, de cadrage, sur une perpective de réussite, et au vu de ce qui est perçu comme un échec de l'Education nationale dans ce qu'on appelle les territoires perdus de la République. D'autres ont fait le choix de l'école juive, ils sont un peu plus de 31 000 élèves à la rentrée 2015, en grande majorité parce que les parents souhaitent une éducation complémentaire pour leurs enfants basée sur la connaissance approfondie des textes de la tradition juive que sont la Bible et le Talmud. C'est donc avant tout un choix positif.

Ce qu'évoque Roger Cukierman, c'est l'augmentation progressive des élèves qui arrivent à l'école juive parce qu'ils ne peuvent plus rester à l'école publique, soit après avoir souffert de l'antisémitisme, soit parce qu'ils le ressentent de manière tellement prégnante qu'ils préfèrent partir avant. Ils sont près d'un millier d'élèves à avoir fait ce choix cette année en direction de l'école juive. Nous n'avons pas de chiffres pour les autres réseaux d'enseignement privé.

Depuis combien de temps ce phénomène de repli de la communauté juive est-il à l’œuvre ? Dans quelle mesure est-il directement lié aux tueries de Mohammed Merah de 2012 et à l’attentat de l’Hyper casher de 2015 ? D’autres événements ont-ils pu influencer les décisions en termes de scolarisation des familles juives ? 

Sacha Reingewirtz : Ce mouvement a commencé au début des années 2000 et n’a cessé de prendre de l’ampleur au cours de la décennie 2000-2010 qui a vu une montée en flèche des actes antisémites enregistrés et répertoriés en France. Ce phénomène qui prend forme au niveau de la société se ressent inévitablement dans les classes. En effet, il est beaucoup plus compliqué pour de jeunes enfants de se prémunir et de se défendre contre les violences antisémites. A cet âge-là, il suffit d’un incident pour qu’un enfant soit affecté, ce qui justifie parfois d’une décision des parents de changer d’établissement.  

La tuerie de Toulouse a eu un impact très fort dans la mesure où des enfants ont été assassinés de sang froid tout simplement parce qu’ils étaient juifs. Cela a engendré un traumatisme profond au sein de la communauté juive, non seulement à Toulouse mais aussi dans le reste de la France. L’attentat de l’Hyper casher n’a fait que renforcer les peurs et les appréhensions. L’actualité internationale a également parfois des incidences : suite à un embrasement au Proche-Orient, on constate souvent une montée de l’antisémitisme. Toutefois, en 2015, il y a eu une recrudescence des actes antisémites enregistrés en France alors qu’il n’y avait pas eu de tensions spécifiques au Proche-Orient. Il existe donc un niveau incompressible d’antisémitisme en France qui n’est pas seulement lié au conflit israélo-palestinien. L’antisémitisme a plusieurs sources : l’extrême-droite, un antisémitisme musulman avec une montée des théories islamistes radicales, la percée sur Internet des théories complotistes relayées par des gens comme Dieudonné ou Alain Soral qui ont une influence grandissante auprès des jeunes, une concurrence de mémoire qui accuse les Juifs de s’accaparer tous les malheurs du monde, un niveau constant de préjugés sur la richesse, le pouvoir, l’influence dans les médias et la finance et enfin, un antisionisme extrêmement virulent qui assimile les Juifs de France aux Israéliens et criminalise toute affection pour Israël. 

Ariel Goldmann : Ce phénomène a été remarqué depuis le début des années 2000, à l'occasion de la seconde Intifada, par le déplacement malheureux du conflit israélo-palestinien dans les coures de récréation des établissements de la République. Le drame d'Ilan Halimi puis celui de Toulouse n'ont fait qu'accentuer le phénomène. Il est très sensible depuis la rentrée 2014 avec environ 800 élèves venant de l'école publique dans l'école juive, et à cette rentrée un millier. Là encore, nous n'avons pas les chiffres des autres réseaux. A ces chiffres, il convient d'ajouter ceux qui ont augmenté dans le prolongement des drames de Toulouse et de Vincennes et ceux des départs vers l'étranger ; au départ de l'école juive ils étaient un peu plus de 1000 élèves.

Néanmoins, les enfants juifs scolarisés dans des écoles confessionnelles ne sont-ils pas encore plus exposés au risque d’attentats ? Les parents ne sont-ils pas là face à un dilemne cornélien ? Que privilégier ?

Sacha Reingewirtz : Suite à la tuerie de Toulouse, tous les parents qui avaient scolarisé leurs enfants dans une école juive ont eu peur. Il y a effectivement un dilemme cornélien. La crainte que les élèves puissent être victimes d’antisémitisme à l’école s’ajoute à l’angoisse liée au fait que les élèves des écoles juives sont parmi les premières cibles des auteurs d’actes terroristes. C’est pourquoi, parfois, certains élèves sont sortis des écoles juives pour être mis dans des écoles privées, quand les parents en ont les moyens car la scolarité dans les écoles privées est onéreuse. Idéalement, il faudrait que le choix de l'établissement où les enfants juifs effectuent leur scolarité soit un choix individuel. Malheureusement, de nombreux parents sont contraints d’inscrire leurs enfants dans des écoles privées. C’est profondément regrettable. 

Ariel Goldmann : Certains, une minorité, ont quitté l'école juive pour se réfugier dans des écoles privées non juives parce qu'ils ont le sentiment d'être une cible. Mais la majorité des enfants se sentent en sécurité dans les écoles juives, dont on n'a pas cessé ces dernières années de renforcer la protection. La présence des militaires ou de policiers selon les cas est un élément essentiel de ce dispositif de sécurité.

Bien évidemment, la situation n'est pas uniforme sur le territoire français. La localisation des établissements est un élément essentiel pour les parents, car au-delà de l'école se pose la question de la sécurité de leurs enfants pendant les trajets scolaires et pendant leurs loisirs. Il est inacceptable en France que le Juif doive se cacher pour subsister. C'est pourquoi, comme tout citoyen français, nous attendons des politiques un rétablissement d'une sécurité de base pour tous. C'est une question de société et de valeurs communes, pas que d'école ou de protection.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 08/03/2016 - 11:33 - Signaler un abus Education des enfants juifs

    Ils sont les bienvenus dans les écoles catholiques, assez généreuses pour respecter entièrement leur judaïté. Elles en ont accueilli beaucoup pour les protéger de la déportation.

  • Par MIMINE 95 - 08/03/2016 - 11:52 - Signaler un abus A FORCE DE TOUT VOIR, ON FINIT PAR TOUT SUPPORTER

    A force de tout supporter, on finit par tout tolérer. A force de tout tolérer, on finit par tout accepter A force de tout accepter, on finit par ne plus rien voir Célèbre maxime de St Augustin auquel on pourrait ajouter Mais, un jour la réalité vous explose en pleine figure. Monsieur Reingewitz, précisez de quelle extrême droite vous parlez , S'il s'agit du FN , vous devez vous tromper de siècle et je ne vous ferez pas l'injure de vous croire si ignorant de la haine du juif , (mais pas que), que véhiculent certains écrits ... Il est vrai que derrière chaque agression ou assassinat antisémite, on retrouve " l'extrême droite". Il est vrai que certains se permettent de twitter après le meurtre de trois petits bout de chou et de leur père, une phrase du genre: "Dégouté , que ce ne soit pas un facho", après que les médias se soient précipités sur les prétendus les "yeux bleus du tueur". Pour vous, Monsieur , ce n'est pas: "A force de tout voir", mais :"Surtout ne rien dire et détourner le poisson". Gabriel, Aryeh et Myriam vous seraient sans doute gré de désigner clairement ce qui est la véritable cause de leur meurtre, et qui sont les admirateurs en chef du diedonisme.

  • Par MIMINE 95 - 08/03/2016 - 12:06 - Signaler un abus ET J' AJOUTE

    Nul besoin de radicalisme, les insultes dont est abreuvé Hassen Chalgoumi , l'un des rares dont j'ose croire qu'il est sincère dans sa démarche, devrait vous faire réfléchir. Pour ma part , je suis et je reste laîc ....mais les yeux grands ouverts !!

  • Par MIMINE 95 - 08/03/2016 - 12:08 - Signaler un abus ET J' AJOUTE

    Nul besoin de radicalisme, les insultes dont est abreuvé Hassen Chalgoumi , l'un des rares dont j'ose croire qu'il est sincère dans sa démarche, devrait vous faire réfléchir. Pour ma part, je suis et je reste laîc ....mais les yeux grands ouverts !!

  • Par MIMINE 95 - 08/03/2016 - 12:09 - Signaler un abus EUH

    LaÏc

  • Par langue de pivert - 08/03/2016 - 12:22 - Signaler un abus Drôle de SENTIMENT en lisant le titre !

    §§§ La montée des violences antisémites, les tueries de Toulouse en 2012 et l'attentat de l'Hyper casher alimentent le sentiment d'insécurité dans les écoles publiques. §§§ Scandaleux ! Pour VRAIMENT alimenter l'insécurité des juifs en France il faut quoi ? Ouvrir des fours ? Faut arrêter avec les phrases toutes faites :-( Bon j'vais quand même lire l'article et je reviens !

  • Par langue de pivert - 08/03/2016 - 12:55 - Signaler un abus suite

    Il y a toujours eu un fond d'antisémitisme en France avec des hauts et des bas. Le problème évoqué par cet article met en cause la récente et tonitruante arrivée d'une religion allochtone en France (alors qu'il y a toujours eu des juifs et qu'ils font partie de notre histoire depuis toujours) à tous les niveaux de la société et donc dans l'école. Et il ne fait pas bon non plus d'être gaulois pour cette engeance ! J'ai vécu toute une lointaine scolarité sans un seul exemple de ces types ! Je ne me rappelle pas d'un camarade musulman. ni juif d'ailleurs mais pas pour les mêmes raisons. Comme moi ces derniers gardent pour la sphère privée leur conviction intime ! Dommage que cette démarche ne fasse plus l'unanimité.

  • Par cloette - 08/03/2016 - 14:41 - Signaler un abus souvenir

    j'ai le souvenir dans un établissement de la République d'un aumônier et d'un rabbin ( qui étaient très copains ) , il y avait beaucoup d'élèves juifs qui ne se sentaient pas en insécurité !

  • Par clint - 08/03/2016 - 21:03 - Signaler un abus @cloette : c'est le même Dieu et un "testament commun" !

    Il n'y a d'ailleurs rien de plus enrichissement que de décrypter entre juifs et chrétiens nos textes communs !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Sacha Reingewirtz

Sacha Reingewirtz est président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). L’action de l’UEJF cible notamment les préjugés racistes et antisémites dans les classes au travers du programme Coexist. 

Voir la bio en entier

Ariel Goldmann

Ariel Goldmann est un avocat français. Il a été Vice-Président du CRIF de 2007 à 2014 et est depuis avril 2014 Président du Fonds Social Juif Unifié. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€