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Apres l’Afrique, la Chine tisse sa toile au Moyen Orient

Pékin a trop d'intérêts au Moyen-Orient pour ne pas s'y imposer comme un partenaire essentiel dans les années à venir. Et ce même si les alliances sont déjà bien en place.

Route de la soie

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Apres l’Afrique, la Chine tisse sa toile au Moyen Orient

Un avion de chasse chinois Chengdu J-10 effectue une démonstration au Airshow de Dubaï en 2017. Crédit KARIM SAHIB / AFP

​Atlantico : Alors que les Etats-Unis​ sont devenus moins dépendants du Moyen-Orient sur le plan de la question énergétique, les intérêts commerciaux chinois semblent de plus en plus importants dans la région, aussi bien en tant qu'importateur de pétrole, qu'investisseur ( route de la soie) , aussi bien en Arabie Saoudite, qu'en Iran en passant par Israël ou l'Egypte. De plus, la présence militaire de la marine chinoise, notamment au travers de son implantation à Djibouti, montre que le pays ne s'en tient pas qu'à un simple rôle commercial.

Quelle est aujourd’hui la réalité de l'influence chinoise dans la région, et quels sont ici les objectifs de Pékin ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : Il importe de rappeler que l’engagement américain au Moyen-Orient, historiquement et actuellement, ne s’explique pas uniquement par le pétrole. Au début du XIXe siècle, cet engagement a d’abord pris la forme de missions protestantes, animées par un profond tropisme biblique et ce que l’on a depuis appelé le « sionisme chrétien ». Précisons que ces missions étaient indépendantes et ne constituaient pas le bras spirituel de la diplomatie américaine. Après la Première Guerre mondiale, l’intérêt de la diplomatie Wilson pour le Moyen-Orient s’est inscrit dans une vision d’ensemble de la politique étrangère américaine. L’ancien concert des puissances ayant failli, Woodrow Wilson pensait que les Etats-Unis avaient vocation à prendre la tête d’un directoire de puissances occidentales dont les rapports seraient régis selon les principes de la sécurité collective. Dans les années 1930, les compagnies pétrolières américaines ont effectué une percée en Irak et dans le golfe Arabo-Persique, mais il ne s’agissait pas de pourvoir aux besoins énergétiques américains. 

Le 14 février 1945, le Pacte du Quincy, dit « pétrole contre sécurité », n’avait pas non plus pour objectif d’approvisionner l’économie américaine. Les Etats-Unis étaient alors le premier producteur mondial. Jusqu’à la fin des années 1960, ils sont demeurés autosuffisants. Le pétrole du Moyen-Orient était donc destiné à l’Europe occidentale et au Japon qu’il faudrait bientôt relever. D’ores et déjà, les stratèges américains avaient songé à un « grand croissant » reliant le golfe Arabo-Persique à l’Europe ainsi qu’au Japon. A partir des années 1970, le pétrole de la région tient une place plus importante dans le bilan énergétique des Etats-Unis qui sont devenus importateurs. Encore faut-il relativiser : au maximum, les importations du Golfe ont dû représenter un gros dixième de la consommation nationale. Outre la production domestique, l’essentiel des importations provient du Canada, du Mexique et du Venezuela (la « plaque énergétique » nord-américaine). Désormais, la production de pétrole « non conventionnel » limite les importations. Bientôt peut-être, les Etats-Unis seront le premier producteur mondial d’hydrocarbures, mais cela ne les dispensera pas d’importer du pétrole de différentes provenances.

 
Commentaires

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  • Par lémire - 21/06/2018 - 20:41 - Signaler un abus Intérêts stratégiques

    a) Il est de l'intérêt de tout le monde que les approvisionnements critiques pour l'économie chinoise soient protégés, idem pour l'Inde... b) Contrairement à nous, les Chinois n'ont aucune faiblesse vis à vis de l'Islam ou de la "rue arabe". Leurs choix seront donc différents... c) Les USA on délaissé le Pakistan, "allié" fourbe, coûteux et sans intérêt économique, au profit de l'Inde, qui ne coûte pas grand-chose au budget US ; choix judicieux d) Nos "élites" ne veulent pas tirer les conséquence de ce que les intérêts stratégiques américains au Moyen-Orient sont très différents de ceux des Européens : les réfugiés africains et arabes ne sont pas leur problème, l'islamisme est un problème externe pour eux, le pétrole et le gaz du Golfe concernent surtout leurs alliés japonais et européens, donc ils craignent moins l'Iran. L'Europe, sans capacité de projection, sans aéronavale significative, est à la merci des USA et de la Chine pour protéger ses approvisionnements... f) Les vagues promesses européennes sur le budget de défense lassent les Américains, qui peuvent passer des accords bilatéraux avec leurs alliés fiables, à qui ils fourniront l'armement nécessaire...

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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