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Anti-terrorisme : Emmanuel Macron face au dossier urgent de la réforme des services de renseignement

Très peu de chefs d'Etat l'ont fait par le passé mais Emmanuel Macron va devoir se plonger très rapidement dans l'univers du renseignement pour en désigner les nouveaux patrons.

Le gouvernement, ça c'est fait…

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Anti-terrorisme : Emmanuel Macron face au dossier urgent de la réforme des services de renseignement

Atlantico : Le temps des nominations n'est pas que celui des ministres, mais aussi celui des principaux directeurs du renseignement (DGSE, DGSI, DRM). Emmanuel Macron avait promis de leur adjoindre une "task-force anti-Daesh" rattachée à l'Élysée. L'Etat islamique est-elle aujourd'hui la priorité des renseignements ?

Alain Rodier : C’est un pur hasard du calendrier, mais le départ prévisible des principaux directeurs des services de renseignement français coïncide avec l’élection du nouveau président de la République. Ainsi, M. Bernard Bajolet atteint par la limite d’âge (68 ans) quitte son poste de Directeur général de la DGSE (renseignement extérieur) le 21 mai. Patrick Calvar, son homologue à la DGSI qui a patronné le renseignement intérieur durant trois ans est annoncé partant le 31 mai, ce qui semble tout à fait normal même s’il est encore possible, statutairement parlant, de le prolonger.

Enfin, le général de corps d’armée Christophe Gomart devrait quitter la tête du renseignement militaire, la DRM, à l’été après quatre années de bons et loyaux services. Jusqu’à maintenant, les chefs de la DRM ont toujours effectué un mandat de trois ou quatre ans. Donc, il n’y a aucune « anomalie » à ces relèves mais il est vrai que la désignation des petits nouveaux va être examinée à la loupe en espérant pouvoir déceler les intentions du président Emmanuel Macron. Il est vraisemblable qu’il mettra en avant des profils de professionnalisme dans le domaine du renseignement avant toute considération politique. Peut-être même va t’il demander à l’un des directeurs de rester pour assurer un « tuilage » toujours utile dans la période agitée que connaît notre pays. En dehors de quelques exceptions, - notamment au sein du ministère de l’Intérieur -, les responsables des services de renseignement n’ont généralement pas une couleur politique trop affirmée (et dans tous les cas pas affichée, le renseignement n'est ni de droite ni de gauche).

L’appellation « task-force anti-Daech » me gène un peu. Certes, ce mouvement salafiste-djihadiste représente une menace directe pour la France et il suffit pour s’en convaincre de voir les nombreux appels au meurtre dont il est à l’origine qui circulent sur le net(1). Mais franchement, il n’est pas seul. Il y a aussi la matrice Al-Qaida « canal historique » dont Hamza Ben Laden, un des fils du leader aujourd’hui disparu, appelle à infliger une punition « aux juifs et aux croisés » tout en mentionnant le massacre de Charlie Hebdo en janvier 2015 qui a été « effectué sur l’ordre d’Ayman al-Zawahiri ». La branche sahélienne de la nébuleuse, Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) demande aussi à ses sympathisants de frapper la France.

Et en dehors du salafisme-djihadisme, d’autres mouvements revendicatifs violents commencent à sortir du bois. On le constate lors de toutes les manifestations qui sont désormais accompagnées d’activistes extrêmement agressifs que l’on qualifie de proches de la « mouvance anarchiste ». La réponse des autorités à ces violences a été jusqu’ici très laxiste, l’agression de membres des forces de l’ordre, particulièrement avec des bouteilles incendiaires, ayant été peu réprimée. A titre de comparaison, en Grande Bretagne ou en Allemagne, les auteurs de ces actions auraient été inculpés pour tentative de meurtre. Si cette situation s’aggrave comme on peut raisonnablement le craindre, le risque de déstabilisation de l’Etat n’est pas à exclure.

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 18/05/2017 - 18:05 - Signaler un abus Le dernier paragraphe..

    ...est le plus important. Ensuite, la servilité de Macron vis-à-vis de Frau Merkel pose également question. Espérons qu'il ne fera pas comme Trump en grillant des sources de renseignement issues d'alliés. La dimension politique consécutive à des élections est en général propice à des changements déstabilisants dans la chaîne de commandement, des priorités - on se souvient des déclarations politico-ridicules de Calvar sur le danger de l'extrême-droite, on croirait entendre Deferrre après les attentats de la rue des Rosiers. L'idéologie politique est l'ennemi du renseignement, et de la diplomatie par ailleurs. Les moyens consacrés à la DGSE, DGSI, DRM vont-ils enfin être révisés à la hauteur des menaces, ou bien faudra-t-il attendre à nouveau que les menaces soient identifiées autrement que par le prisme du politiquement correct?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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