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Annie Genevard : "A l'école, les signes de manquement à l'autorité doivent être repérés précocement et traduits par des sanctions, qui ne se limitent pas seulement à une éviction de trois jours"

Alors que les agressions contre des membres du corps enseignant se multiplient ces derniers jours, la question de la sécurité des établissements scolaires français est aujourd'hui clairement posée. La députée Les Républicains Annie Genevard estime que la réponse du gouvernement est beaucoup trop faible.

Entretien

Publié le - Mis à jour le 21 Octobre 2016
Annie Genevard : "A l'école, les signes de manquement à l'autorité doivent être repérés précocement et traduits par des sanctions, qui ne se limitent pas seulement à une éviction de trois jours"

Atlantico : A Tremblay, à Argenteuil ou à Calais, des enseignants ont été violemment pris à partie ces derniers jours par des élèves ou des individus extérieurs aux établissements. Face à une telle situation, la ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une réunion sur la sécurisation des abords des établissements scolaires et conseillé aux enseignants de porter plainte et de se reposer. Cette réponse est-elle suffisante et adaptée selon vous ?

Annie Genevard : Cette réponse me semble beaucoup trop faible. Les faits qui se sont déroulés sont extrêmement graves. Par ailleurs, s'il y a eu une conjonction d'événements successifs dans un temps relativement rapide, d'autres faits de même nature se sont déjà produits. Il y a, par la récurrence de ces phénomènes, quelque chose de nouveau qui est en train de se passer : l'école est exposée à la violence ordinaire, que ce soit à l'intérieur de l'établissement ou aux abords de l'établissement, que ce soit à l'égard des enseignants, des chefs d'établissement ou des élèves entre eux.

C'est un phénomène très inquiétant. Il me revient à l'esprit les mots de Jules Ferry qui disait que l'école devait être un "asile inviolable". On constate que ce n'est plus le cas et que l'école est même devenue un lieu où s'exercent des violences graves. A Tremblay des armes de guerre ont été utilisées puisqu'il y a eu des tirs de mortier, c'est quand même incroyable !

Evidemment qu'il faut sécuriser les abords des établissements – c'est d'ailleurs demandé depuis un moment dans le cadre de l'état d'urgence - mais cela ne suffit pas à répondre à l'extrême urgence que posent ces faits de violence inédits.

Répondre aux enseignants qu'ils doivent porter plainte et se reposer est une réponse d'une faiblesse consternante. Les enseignants et les chefs d'établissement se sentent seuls, désarmés, impuissants pour gérer ces problèmes de violence. Il faut donc une réponse à la hauteur de l'enjeu. 

L'action gouvernementale depuis 2012 en matière d'éducation et de sécurité a-t-elle contribué selon vous à instaurer un climat de sérénité suffisant dans les établissements scolaires ?

Je considère que non. La première des mesures prise par le gouvernement au cours de l'été 2012 a été d'abandonner des dispositifs qui avaient mis en place par le gouvernement précédent. Je pense notamment à la loi sur l'absentéisme scolaire. Or, il a été démontré que l'absentéisme scolaire est le fait d'élèves qui sont en rupture avec l'école et il me semble que parmi ceux qui ont commis des agressions, il y avait des jeunes en rupture avec l'institution scolaire, et la première manifestation de cette rupture, c'est l'absentéisme. Je pense également à l'initiative d'établissements de réinsertion scolaire interrompue par le gouvernement. Ces établissements étaient destinés à traiter les éléments les plus perturbateurs. Il ne faut pas considérer que la violence s'est emparée de l'ensemble de la communauté scolaire : il s'agit souvent d'une poignée d'élèves qui suffisent à pourrir un établissement tout entier. Ce dispositif de réinsertion scolaire visait bien ces quelques éléments perturbateurs. Mais évidemment, pour tout ce qui touche à la sécurité, la gauche a toujours eu des états d'âme vis-à-vis de ce type de politique. Ainsi, lors du débat sur la loi de refondation de l'école, chaque fois que nous avons envisagé l'idée de sanctions disciplinaires proportionnées, nos amendements ont été retoqués.

Or, lorsque le climat n'est pas sûr, cela a des conséquences sur la qualité de l'apprentissage et la confiance des parents. Cette défiance qui s'installe progressivement à l'égard de l'enseignement public est très préoccupante. Je considère qu'il faut la liberté scolaire pour les parents, qu'ils puissent choisir entre le public et le privé, mais je considère aussi qu'il faut un service public qui soit solide, et pour cela, il faut la sécurité. 

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 19/10/2016 - 12:35 - Signaler un abus Mes profs de gauche dans les années 60

    Cette députée a du bon sens . Je suis un "ancien" et je me souviens des claques dans la tronche , des colles le samedi après midi jusqu'à 18h ...simplement à cause de gamelles aux interros ou le fait d'être passé devant les profs en courant dans la cour sans s'excuser etc.. Ils étaient radicaux , socialistes et cocos mes profs ! Je le suis devenu et j'ai du faire de plus en plus attention au fil des années pour ne pas froisser les têtes blondes . Tout en étant un peu strict mais en lycée général. Aujourd'hui, en collège ou LEP , c'est pas possible ! IL faut meuler !

  • Par Deneziere - 19/10/2016 - 13:27 - Signaler un abus Appliquons fermement le regroupement familial

    Même ces propositions sont encore trop gentilles. Premier coup de semonce: suppression des prestations sociales. Second : interdiction de séjour sur le territoire national pour l'enfant. Et là, mise en œuvre du regroupement familial : toute la famille pars avec.

  • Par Deneziere - 19/10/2016 - 13:38 - Signaler un abus La responsabilité des idées de gauche est accablante

    L'autre piste de mesures qui était de responsabiliser les parents en les punissant d'une certaine manière, a été débattue officiellement en diverses instances, mais la gauche s'est toujours raidie sur ces sujets. L'argument à la Bourdieu était que ses milieux sont déjà suffisamment défavorisés, et que, ce faisant, on ne ferait que rajouter du mal au mal. On a donc légitimé l'impunité de celui que la doxa considère comme défavorisé. C'est ce qui est à l’œuvre aujourd'hui. Les mesures de A. Genevard sont techniques alors que le problème est culturel.

  • Par jurgio - 19/10/2016 - 15:03 - Signaler un abus J'ajouterai simplement que c'est drôle

    de voir énoncer des principes qui, hier, allaient de soi sans s'en rendre compte.

  • Par Anouman - 19/10/2016 - 15:31 - Signaler un abus Sanctions

    Ceux qui font chier on les fait bosser (un truc bien pénible) pour 2euros par jour jusqu'à ce qu'ils comprennent que dormir à côté du radiateur c'est quand même mieux. C'est interdit? Pas grave nos députés adorent faire des lois.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 19/10/2016 - 15:34 - Signaler un abus Le travail de sape est

    Le travail de sape est entrepris depuis très longtemps et il est impossible de revenir en arrière. Les enseignants en sont majoritairement responsables et il est tout aussi logique que le boomerang leur revienne en pleine tronche. Ils n'ont eu de cesse, depuis 68, que de tirer à boulet rouge sur l'autorité et les institutions, en oubliant qu'ils en étaient le premier exemple face aux enfants...Ce phénomène dépasse largement notre pays, et les USA y ont été confrontés bien avant nous. La différence majeure est dans la sanction qui, aux États Unis, punit immédiatement et très sévèrement tout dérapage, alors que chez nous notre ministre de l'intérieur se contente de froncer les sourcils en traitant les criminels de "sauvageons".....Juste une fessée pour avoir brûlé 4 policiers ?????

  • Par Pourquoi-pas31 - 19/10/2016 - 16:32 - Signaler un abus Les enseignants devraient être contents !

    Ils étaient opposés à toute présence des forces de l'ordre dans les établissements scolaires. Ils ont manifesté pour celà et ont eu satisfaction. Maintenant, il faut qu'ils apprécient les conséquences de leur choix.

  • Par JeanBart - 19/10/2016 - 16:34 - Signaler un abus Comment ?

    Comment peut-il y avoir des manquements à l'autorité quand celle-ci n'existe plus ? Un exemple, 2 institutrices n'arrivent pas à obtenir le silence de leurs élèves de CE1 rassemblés dans une salle. Même jour, le soir, 1 seul entraineur de foot arrive à obtenir le silence et le calme de 80 gamins... dans la seconde. Une solution : laisser enseigner les entraineurs de foot : ça ne changera pas le niveau des élèves, mais au moins ils seront encadrés.

  • Par Deudeuche - 20/10/2016 - 06:10 - Signaler un abus @pourquoi-pas31

    Récolter ce que l'on a semé pendant 45 ans ; critique de l'autorité, des institutions, de l'Etat, de l'héritage culturel, etc.... Tout "pête à la gueule" de cette EN ou des inspecteurs n'ayant quasi jamais enseigné régisse Rue de Grenelle, la vie de pauvres désabusés en quête de sécurité de l'emploi; les enseignants.

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Annie Genevard

Annie Genevard est députée Les Républicains du Doubs et maire de la commune de Morteau.

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