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"Amphytrion" : une admirable version de la pièce la plus culottée de Molière

On parle beaucoup en cette rentrée théâtrale des "Fourberies de Scapin" et du "Tartuffe", de Molière (cf nos chroniques). Mais, si vous le pouvez, allez donc voir "Amphytrion", sa pièce la plus audacieuse, remarquablement montée par Stéphanie Tesson.

Atlanti-culture

Publié le
"Amphytrion" : une admirable version de la pièce la plus culottée de Molière

AMPHYTRION

THEATRE

De Molière

Mise en scène : Stéphanie Tesson

Avec Jean-Paul Bordes, Benjamin Boyer, Antony Cochin en alternance avec Yannis  Baraban, Odile Cohen, Mathias Maréchal, Guillaume Marquet en alternance avec

Laurent Collard, Christelle Reboul et Nicolas Vaude.

INFOS & RESERVATIONS

Du 12 septembre au 31 décembre 2017

Représentations du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15 h

Relâches exceptionnelles les 6, 7, 12, 14, 19 et 30 octobre, 9, 16 et 25 novembre, 9 décembre. Réservations : 01 45 44 50 21 etwww.theatredepoche-montparnasse.com

RECOMMANDATION

EN PRIORITE

THÈME

On en parle partout: la rentrée théâtrale met Molière a l’honneur.

Les Fourberies de Scapin, dans la mise en scène de Denis Podalydès;Tartuffe, avec le duo d'enfer Michel Bouquet / Michel Fau; Le Roman de Monsieur Molière; L'Avare; et donc cet Amphytrion, proposé dans ce petit bijou de théâtre qu'est, par sa configuration et par sa programmation, le Théâtre de Poche.

Pièce injustement méconnue, Amphytrion occupe une place à part dans le répertoire de Molière. Ce conte métaphysique explore les relations entre les humains et les dieux, avec une acuité moderne et subversive qui surprend.

Nulle farce ni satire sociale dans cette pièce plus profonde, plus ambigüe et plus philosophique que Tartuffe… Molière a écrit Amphytrion pour contourner la censure de Tartuffe en 1667 et cette pièce, ironiquement, questionne davantage le rapport à la foi et au sacré.

POINTS FORTS

- Une apparente comédie dans laquelle les dieux se jouent des hommes pour satisfaire leur plaisir et leur volonté de puissance. Jupiter descend sur terre et séduit Alcmène, la femme d'Amphytrion dont il a pris les traits, pour se divertir et se moquer…L'époux se retrouvera trompé, l'épouse humiliée et le serviteur de la maison injustement accusé. 

Peu à peu surgissent, au fil des actes, l’abus de pouvoir, la duperie et l’imposture des dieux. Naïfs et abusés, les humains révèlent leur incapacité sincère à distinguer le vrai du faux.

- Jupiter, si sûr de lui, va pourtant perdre le contrôle de ses sentiments et sera tout aussi impuissant qu’Amphytrion face à Alcmène. Contrairement à Tartuffe, ce sont les dieux qui incarnent ici l’hypocrisie et la dissimulation, et qui perdront leur masque.

 - Le Théâtre de Poche, cet écrin si amical, ne dispose pas d’une grande scène et exige donc une mise en scène sobre, qui laisse toute la place au texte et au talent des comédiens.

POINTS FAIBLES

La dernière scène, dans laquelle la vérité éclate au grand jour, pourrait nous surprendre davantage. Elle gagnerait à être jouée de manière plus grave et plus intense.

EN DEUX MOTS 

L'essence divine ne vaut pas mieux que les simples mortels, nous dit Molière. Ces jumeaux inutiles repartent égoïstement dans les cieux comme ils sont venus, en laissant derrière eux des humains sonnés et des vies disloquées...

Le génie de cette pièce réside dans l'inversion de ce phénomène éternel: des humains qui se prennent pour des dieux et sèment le chaos par l'abus de pouvoir.

Le propos politique d'Amphytrion m'est apparu à posteriori, avec une force évidente et troublante, tant il fait résonance avec les désastres contemporains commis par des dirigeants qui se sont fait passer pour des dieux...

L’AUTEUR

Rappelons seulement que Molière est baptisé à l’église Saint-Eustache, à Paris, le 15 janvier 1622. Au début de sa carrière, Il compose des farces et des comédies qu’il il joue avec  sa troupe sur des tréteaux nomades, et qui remportent les faveurs du public. De retour à Paris en 1658, il devient le comédien et l’auteur favori du jeune Louis XIV. Ses pièces révèlent les mœurs d’une société dont il se moque à travers ses personnages. Sganarelle, George Dandin, Dom Juan, Tartuffe, Le Misanthrope, L’Avare, Le Malade imaginaire…autant de pièces et de portraits incisifs et intemporels.

 
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Véronique Smée

Véronique Smée est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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