Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 17 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Amélioration sur le front du trou de la sécu : la profonde transformation voulue par Emmanuel Macron est-elle nécessaire au sauvetage de notre protection sociale ?

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale devrait être présenté le 28 septembre prochain.

Changement de paradigme

Publié le
Amélioration sur le front du trou de la sécu : la profonde transformation voulue par Emmanuel Macron est-elle nécessaire au sauvetage de notre protection sociale ?

Atlantico : Entre les promesses et les récentes annonces, peut-on considérer que l'ambition du gouvernement d'Edouard Philippe est aujourd'hui cohérente ?

Jacques Bichot : Il est très difficile de faire quelque chose de cohérent dans le capharnaüm qu’est notre système de protection sociale. Au lieu de créer un cadre institutionnel stable reflétant les principes républicains (liberté, égalité, fraternité) et respectant un véritable réalisme économique, les pouvoirs publics se sont érigés en gestionnaires tout-puissants, qui ne peuvent être sanctionnés si ce n’est par les électeurs. Ils décident donc de tout : quelques euros de moins pour les allocations logement, quelques euros de plus pour l’allocation aux adultes handicapés, 0,8 % de plus en octobre de cette année pour les pensions du régime général et rien l’année prochaine, tant de plus pour le minimum vieillesse, etc.

Résultat : les gestionnaires sont de simples exécutants, sans véritables responsabilité, que ni le gouvernement ni le parlement ne peuvent décemment punir en cas de dysfonctionnement ou de déficit excessif, puisque tout a été décidé par le gouvernement et le parlement, notamment au moyen de la loi de financement de la sécurité sociale.Celle-ci, chaque année, descend dans une foule de détails relevant logiquement de la direction de la sécurité sociale, ou de celle de l’Assurance maladie, ou même des directeurs d’hôpitaux et de caisses maladie ou vieillesse. Les pires erreurs peuvent être commises, comme par exemple le ratage complet du système informatique du RSI, et comme personne n’est responsable, personne n’est puni.

Autre exemple : une disposition (dite « garantie de paiement ») a été prise en 2015 en matière de retraites du régime général, qui a pour conséquence un afflux de dossiers… lequel provoque de très nombreux retards dans les liquidations de pensions. La malheureuse direction de la CNAV, qui a été mise devant le fait accompli, et qui voit le désespoirde nombreux nouveaux retraités attendant en vain ce qui leur est dû, est obligée de quémander auprès de sa « tutelle » des effectifs supplémentaires : elle n’a même pas l’autonomie suffisante pour embaucher sous sa propre responsabilité quelques centaines de personnes en CDD ou en intérim !

Notre système de protection sociale est donc plongé dans une incohérence totale. Face à cela, l’Élysée,  Matignon et l’avenue de Ségur ont-ils une ambition cohérente ? Je ne pense pas qu’ils aient une vision très claire des dysfonctionnements de ce système et des principes à mettre en œuvre pour le réformer en profondeur. Il y a cependant une lueur d’espoir : le programme du candidat Macron comportait un projet d’unification de nos trois douzaines de régimes de retraite en un régime unique inspiré du système Suédois, et un haut-commissaire à la réforme des retraites vient d’être nommé, en la personne de Jean-Paul Delevoye. Il y a donc une réforme de très grande importance qui va être lancée. Si la montagne n’accouche pas d’une souris, un progrès considérable sera accompli.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 21/09/2017 - 15:33 - Signaler un abus "personne n'est responsable, personne n'est puni!"...

    système socialiste, quoi!...

  • Par Anouman - 21/09/2017 - 22:18 - Signaler un abus Sécu

    Ce n'est pas Macron qui va nous sauver. Quand on majore certaines consultations "complexes" de généraliste on n'améliore pas le trou de la sécu. Je ne vois pas par exemple (entre autres) pourquoi l'annonce d'un cancer serait facturée plus cher. D'autant qu'après avoir lu le compte rendu du scanner ou de l'échographie vous avez déjà compris même si vous n'êtes pas très calé en médecine. Il n'y a rien à espérer de gens comme ça.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€