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Alzheimer : mais pourquoi l’une des maladies qui inquiète le plus les Français est-elle aussi mal gérée par notre système médical ?

900 000 Français sont touchés par Alzheimer ou une maladie apparentée, et 9 millions de personnes ont déjà craint que leurs pertes de mémoire soient liées à Alzheimer. Les phases de diagnostic et de pré-diagnostic de la maladie restent difficiles. Les questions de la prise en charge des patients et des traitements sont également déterminantes.

Santé

Publié le - Mis à jour le 22 Septembre 2018
Alzheimer : mais pourquoi l’une des maladies qui inquiète le plus les Français est-elle aussi mal gérée par notre système médical ?

 Crédit JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Atlantico : Pourquoi l’une des maladies qui inquiètent le plus les Français est-elle aussi mal gérée par notre système médical?

 
Stéphane Gayet : Selon une étude réalisée en 2008 par l’Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES qui fait désormais partie de Santé publique France), cette maladie est en effet la troisième des pathologies considérées comme les plus graves par les Français, après les cancers et l'infection par le virus VIH. Elle est même davantage crainte que le cancer et les accidents de la voie publique qui sont pourtant tellement invalidants ou meurtriers. Cette perception angoissante de la maladie d'Alzheimer s'explique par sa grande fréquence, son caractère implacable, car incurable, la déchéance intellectuelle et identitaire qu'elle provoque plus ou moins rapidement et ses conséquences sur l'entourage proche de la personne atteinte : au total, une lente annihilation anthropologique et sociale qui suscite un atroce sentiment d'impuissance, provoque un épuisement des aidants et laisse in fine une dernière image douloureusement dégradée.
 

Le diagnostic de maladie d'Alzheimer (MA) reste en fait difficile au début

 
Dans le sens commun, cette maladie est essentiellement perçue comme une altération de la mémoire. C'est même souvent l'objet de plaisanterie : en famille, au travail, en milieu de type associatif, lorsqu'une personne montre une défaillance de mémorisation, les personnes qui sont autour d'elle disent volontiers : "C'est ton Alzheimer qui commence." Si la personne qui est concernée fait mine de s'en amuser, inconsciemment une inquiétude peut s'installer dès l'instant où elle est au moins sexagénaire. Si elle a une petite tendance hypocondriaque, elle va chercher à s'informer sur cette maladie dont tout le monde parle, mais que trop peu de personnes connaissent suffisamment.
 
Le diagnostic de cette maladie à son début est difficile parce qu'elle s'installe de façon très lente et insidieuse, que l'affaiblissement de la mémorisation est considéré comme plus ou moins physiologique avec l'âge, que cet affaiblissement peut avoir d'autres causes morbides comme une artériopathie hypertensive et que la personne atteinte cherche à cacher à son entourage ses difficultés mnésiques en raison du sentiment de honte qu'elles lui suscitent.
 
La maladie d'Alzheimer n'est pas une simple atteinte de la mémorisation : c'est un processus complexe d'involution (régression) psychique qui affecte la mémorisation, les sentiments, le caractère, l'humeur, le goût et l'odorat, mais aussi la gestuelle ainsi que les gestes quotidiens, et donc le comportement d'une façon générale. Dans les formes de début, une certaine autonomie peut se maintenir plus ou moins longtemps et les individus atteints parviennent à faire bonne figure, bien que leur entourage ne perçoive des changements dans leur façon d'être. C'est au point que l'on estime que plus de la moitié des personnes atteintes de MA ne seraient pas diagnostiquées comme telles. À l'inverse, on évalue à un quart la proportion des personnes ayant un diagnostic de maladie d'Alzheimer erroné parmi toutes celles diagnostiquées comme telles. C'est dire l'ampleur des difficultés à poser un diagnostic certain de maladie d'Alzheimer et cela suffisamment tôt.
Il faut retenir que le diagnostic de MA relève encore d'une expertise spécialisée : pour qu'un médecin puisse être en mesure de poser ce diagnostic avec autorité, il faut qu'il ait bénéficié d'une formation effectuée par des experts.
 
Sur le plan statistique, on estime que la maladie d'Alzheimer touche actuellement en France de l'ordre d'un pour cent de toute la population. Celle-ci vieillit et l'incidence (somme de tous les nouveaux cas qui surviennent chaque année) de la MA ne fait qu'augmenter. On estime qu'en 2050 la MA devrait atteindre de l'ordre de 2,5 % de toute la population française. En revanche, on constate que, depuis les années 1980, il existe une tendance au recul de l'âge de début de la maladie d'Alzheimer, ce qui est encourageant et semble indiquer que certains comportements préventifs portent leurs fruits.
 

Atlantico : Quels sont les problèmes aujourd'hui en termes de pré-diagnostic, de diagnostic ou de traitements qu'il faudrait cibler pour améliorer la situation ?

 

Le médecin généraliste qui connaît bien la MA est en mesure de l'évoquer

 
Devant une modification du comportement ou simplement du caractère, un interrogatoire et un examen physique permettent d'évoquer plusieurs diagnostics possibles. Des examens biologiques courants ont pour but d'éliminer un trouble métabolique pouvant expliquer les symptômes et signes présentés. Il faut penser également à une possibilité de neurosyphilis et de neuro-borréliose. Des tests cognitifs standardisés permettent de préciser les déficits.
Mais le diagnostic positif de MA n'est porté qu'en milieu spécialisé où seront effectués des dosages de différents marqueurs biologiques y compris dans le liquide céphalorachidien (LCR, le prélèvement étant obtenu par une ponction lombaire) et un examen d'imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) qui pourra authentifier les lésions et leur étendue.
Une prise en charge en milieu spécialisé est capable de reconnaître une MA à un stade tout débutant, alors que les symptômes et signes ne sont que vraiment discrets. Or un diagnostic précoce est déterminant pour l'avenir de la personne atteinte.
 
 
Commentaires

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  • Par gerint - 21/09/2018 - 22:45 - Signaler un abus Bonjour Docteur Gayet

    Merci encore une fois pour cet exposé sur l’Aleheimer. C’est une maladie polyfactorielle certes, L’aluminium est un facteur cité parmi d’autres ici. Mais l’aluminium est connu pour ses effets toxiques multiples et graves surtout injecté et Madame Touraine le reconnaissait avant de devenir ministre en déclarant que les familles étaient en droit de demander des vaccins sans aluminium (possibles jusqu’en 2008) avant de changer d’avis en œuvrant pour imposer les 11 vaccins grandement aluminés actuels. Les travaux de Romain Gherardi de l’IINSERM par exemple sont ignorés par les autorités

  • Par Stéphane Gayet - 22/09/2018 - 09:30 - Signaler un abus Alzheimer, aluminium, vaccins

    Le volumineux (quelque 180 pages) travail de synthèse réalisé en 2003 conjointement par l'InVS, l'AFSSA et l'AFSSAPS a cherché à faire le point sur la toxicité de l'aluminium. C'est une somme respectable quant à l'ampleur et au sérieux du travail : http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=5759 Cette synthèse conclut au fait qu'il persiste des zones d'ombre (bien sûr), mais que l'on n'a pas la preuve de la toxicité de l'aluminium. S'agissant des vaccins, on considère que les adjuvants sont pratiquement indispensables eu égard au trop faible pouvoir immunogène des antigènes seuls. On sait que tout peut être toxique, cela ne dépend que de la dose administrée. Je n'ai pas connaissance d'études suggérant un hypothétique lien entre Alzheimer et vaccins.

  • Par cloette - 22/09/2018 - 10:09 - Signaler un abus Cet article

    est angoissant !!

  • Par gerint - 22/09/2018 - 10:45 - Signaler un abus Au Docteur Gayet

    Je vous accorde qu’on ne peut pas établir de lien formel entre maladie d’Alzheimer et vaccins. Par contre, les tumeurs induites notamment au point d’injection et aussi à distance du pointage action de solution à l’aluminium chez l’animal me paraissent bien prouvé par la littérature. Les travaux entre autres du Professeur Gherardi ci-dessus cité ne sont jamais pris en considération par les autorités. Il n’est évidemment pas le seul avoir attiré l’attention sur l’accumulation d’aluminium dans le système nerveux avec des lésions conséquentes. Je pense qu’on fait silence à ce sujet pour ne pas détruire la confiance dans les vaccins. Or, avec ou sans aluminium, l’immunité vaccinal dure en général relativement peu de temps. Il faut faire des rappels chez l’adolescent et l’adulte si on veut couvrir durant la vie entière, ceci je crois au prix de complications certes rares, mais à mettre en parallèle avec dans beaucoup de cas la rareté des décès chez nous liés aux maladies qu’on veut éviter, même sans vaccin. En général, la courbe des complications a chuté considérablement avant l’introduction des vaccins. Pour ma part je pense que le principe de précaution devrait s’appliquer ic

  • Par gerint - 22/09/2018 - 10:53 - Signaler un abus Je précise

    Principe de précaution ne veut pas dire pour moi pas de vaccins mais une vaccination mieux ciblée vaccin par vaccin. Mesures d’isolement si utiles avec vaccination des proches, etc.... et suivi des résurgences éventuelles. Jusqu’à plus ample information abandon de l’aluminium car les effets mêmes rares peuvent être plus ennuyeux que le mal si le vaccin est distribué par millions de doses chez des sujets parfaitement sains

  • Par gerint - 22/09/2018 - 11:00 - Signaler un abus Et il n’y pas que l’aluminium

    Gardasil par exemple si j’ai bien été informé est suspecté de ré-augmenter le nombre de cancers du col utérin en cas de présence f’HPV préalable et au moins de ne plus réduire son incidence dans les pays à haute couverture vaccinale. Défaut de dépistage par excès de confiance? Sélection virale? Là aussi les critiques viennent de gens sérieux pas de la presse people.

  • Par Stéphane Gayet - 22/09/2018 - 18:41 - Signaler un abus Les vaccins toujours sur la sellette

    On doit reconnaître que votre position est raisonnée et raisonnable. Il est certain que le vaccin anti-HPV a des points faibles. On préconise justement de vacciner les filles avant leur puberté ou à son tout début, pour éviter qu'elles ne reçoivent le vaccin alors qu'elles sont déjà infectées par le virus. En dehors du vaccin, la prévention du cancer du col par frottis réguliers n'est pas très satisfaisante et la prise en charge d'un adénocarcinome cervical in situ découvert par frottis n'est pas anodine. Le vaccin est quand même une démarche plus rationnelle, malgré ses points faibles.

  • Par gerint - 22/09/2018 - 22:18 - Signaler un abus En France

    La couverture par Gardasil reste faible vers 15% et aussi bien la fréquence des cancers du col utérin que le nombre de cancers invasifs diminuent sans arrêt depuis 1980. Des soucis neurologiques ont été rapportés mais niés par l’agence Européenne du Médicament de façon tellement peu convaincante que l’agence Cochrane de chercheurs indépendants dans le monde entier a jugé bon de porter plainte contre l’agence européenne en 2017. Bon j’arrête sur ce sujet car l’article est sur l’Alzheimer et pas sur les vaccins et cet article est très informatif.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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