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Alzheimer : pourquoi l’industrie pharmaceutique se désengage de la recherche sur un traitement

Après des dizaines d'années de recherches infructueuses, la communauté scientifique engagée dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer doit faire face au fatalisme et à un sentiment de découragement. Pour autant, les pistes restent nombreuses à explorer.

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Alzheimer : pourquoi l’industrie pharmaceutique se désengage de la recherche sur un traitement

Atlantico : Alors que la population des plus de 60 ans pourrait atteindre le chiffre de 2 milliards de personnes à horizon 2050, tout en considérant - pour le cas des Etats Unis - qu'un nouveau cas d'Alzheimer est détecté toutes les 66 secondes, pour un coût total annuel dépassant les 1000 milliards de dollars, aucun nouveau traitement concernant cette maladie n'a pu voir le jour au cours de la dernière décennie. Faut-il interpréter cette situation comme un abandon de la part du secteur pharmaceutique concernant la maladie d'Alzheimer ?

Comment l'expliquer ? 

Andre Nieoullon : Le constat est effectivement amer : nous sommes là devant un échec majeur de la recherche biomédicale et pharmaceutique de ces trente dernières années. Il faut le reconnaître objectivement, en dépit de progrès considérables sur les connaissances du cerveau et de ses maladies, nous n’avons pas été capables d’apporter une solution réelle aux millions de patients souffrant de démence, sinon de fournir des accompagnements susceptibles de pallier au mieux la détresse de ces personnes et de leur famille. Vous le rappelez, si l’augmentation de l’espérance de vie de la population mondiale –supérieure ou de près de 80 ans en moyenne dans les pays industrialisés et en augmentation constante partout ailleurs- peut être considérée comme une situation inédite de l’humanité porteuse d’un espoir lumineux, il n’en reste pas moins qu’il existe un revers beaucoup plus sombre à ce constat, lié à l’augmentation inéluctable –au moins pour le moment- du nombre de personnes souffrant d’une forme ou d’une autre de démence. En effet, chacun s’accorde à constater que le premier facteur de risque de développer une telle pathologie est bien l’avancée en âge, et qu’au-delà de 80 ans la probabilité d’une altération des facultés intellectuelles et d’une dépendance sont considérablement accrues.

Considérant que parmi ces personnes souffrant d’un état démentiel la plupart pourrait être atteinte de la maladie d’Alzheimer même si la situation est probablement plus complexe, il n’en reste pas moins que nous ne disposons à ce stade ni de médicaments capables de stopper ou même seulement de ralentir l’évolution de ces états démentiels (ce qui est le but ultime des recherches en Neurosciences dans ce domaine), ni surtout de pouvoir s’opposer aux signes cliniques de la maladie trop souvent ramenés à une altération des facultés mnésiques alors même que la perte d’autonomie au quotidien, la dépersonnalisation et la désocialisation progressive des personnes sont parmi les stigmates les plus retentissants de ces états. Dans ce domaine pourtant, l’espoir s’est fait jour il y a de cela plusieurs décennies lorsque les chercheurs ont tenté de corréler les atteintes des fonctions cognitives à la dégénérescence d’une catégorie de neurones du cerveau, les neurones à acétylcholine, un neurotransmetteur essentiel du fonctionnement cérébral. Et c’est à partir de cette hypothèse assurément trop réductrice qu’ont été développés les premiers médicaments susceptibles d’améliorer l’état des patients. Plus de vingt ans après il faut admettre que ces médicaments n’ont pas été à la hauteur des attentes des malades, et de nombreuses voix se sont élevées au cours des dernières années pour accabler les laboratoires qui les ont produits, en commençant par réclamer haut et fort leur déremboursement au motif que le bénéfice rendu au patient n’était pas certain, et que même, dans certains cas, ces médicaments  pouvaient avoir des effets délétères sur les patients. Pour avoir participé à cette recherche, il me semble qu’il faut faire preuve de mesure dans les propos et considérer que, dans le contexte de l’époque, il n’y avait pas d’alternative, et ainsi que la « piste cholinergique » suscitait un espoir véritable. De fait, il est des patients qui sont aidés, même si cela est modeste, par ces médicaments, et sans doute l’échec ressenti par la communauté est lié au moins à l’hétérogénéité de ces états démentiels qui sont « emballés » sous une même étiquette de « maladie d’Alzheimer ». Indéniablement, l’affaire est beaucoup plus complexe ! Mais aujourd’hui ces médicaments sont manifestement condamnés et l’un des plus importants laboratoires du domaine a annoncé très récemment le retrait de sa molécule.

 
Commentaires

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  • Par domdom99 - 28/05/2018 - 15:12 - Signaler un abus Les labos oublient tout...

    Sauf le profit des actionnaires..

  • Par walchp - 28/05/2018 - 18:01 - Signaler un abus Le profit ou les pertes des actionnaires !!!!!!!

    Toujours la même rengaine: les actionnaires , gna gna gna.........

  • Par walchp - 28/05/2018 - 18:02 - Signaler un abus Achetez des actions au lieu de jouer au loto!!!

    Combien de milliards engloutis au tiercé ou au loto sportif

  • Par pascal farigoule - 29/05/2018 - 10:44 - Signaler un abus et bla bla bla bla

    c'est pourtant assez simple : sans efficacité ou résultat tangible d'un médicament, pas de paiement.

  • Par vieux croco - 29/05/2018 - 12:45 - Signaler un abus alzheimer

    forme clinique de démence sénile à début précoce qui se développe chez des personnes inadaptées à la défaillance physiologique corps-esprit liée à l'âge . Aucune molécule ne peut compenser cette atteinte , ce serait la découverte du Graal .

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André Nieoullon

André Nieoullon est professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille.

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