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Faut-il encourager l’alternance
dans l’enseignement supérieur ?

Nadine Morano, ministre de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, souhaite se battre "pour que 800 000 jeunes soient en contrat d’alternance d’ici 2015". Quels avantages pour l'étudiant et pour l'employeur ? Jean-Robert Pitte y répond dans son livre "Orientation pour tous". Extraits (2/2).

Orientation pour tous

Publié le

Il existe deux types d’alternants : les « alternants sous statut scolaire et universitaire », qui bénéficient d’une convention de stage pour effectuer des périodes en entreprise, et les « alternants sous statut salarié », bénéficiant d’un CDD ou d’un CDI d’une durée de six mois à trois années selon les cas. Dans ce second cadre, deux possibilités existent. La première est l’apprentissage, qui est une forme d’alternance au sein de l’entreprise, sous la responsabilité d’un maître d’apprentissage.

Il donne lieu à un contrat d’apprentissage : le jeune est salarié et rémunéré selon un pourcentage du Smic ou du minimum conventionnel. À l’issue de cette formation (de un à trois ans, selon le niveau préparé), s’il a passé avec succès ses examens, l’apprenti reçoit un diplôme. La deuxième possibilité est la professionnalisation, qui associe sous la responsabilité d’un tuteur formation pratique et théorique, dispensée dans un organisme de formation externe ou interne à l’entreprise. La rémunération s’exprime également selon un pourcentage du Smic ou du salaire minimum conventionnel.

 

L’enseignement supérieur s’engage de plus en plus dans les formations en alternance

Depuis la loi de 1987, l’ouverture de l’enseignement supérieur à l’apprentissage était le fait d’initiatives locales. En 2006, le gouvernement a incité au développement de cette voie de formation. L’apprentissage reste encore largement l’apanage des formations de niveau V et IV (niveau V est celui du CAP, BEP ou toutes autres qualifications de niveau équivalent, le niveau IV, dit technicien, correspond aux baccalauréats ou titres de niveau équivalent), mais il a tendance à se développer de plus en plus dans les formations post-bac. Les principaux diplômes de l’enseignement supérieur préparés par la voie de l’apprentissage dès 2006 concernaient surtout le BTS, le BTSA, le DUT et d’autres diplômes et certifications de niveau III, la licence (niveau II), la maîtrise et d’autres diplômes de niveau I (dont les diplômes d’écoles de commerce et de management, les diplômes d’ingénieurs, le master et tout autre diplôme de niveau I). Les apprentis représentent 15 % des effectifs de STS. Toutes les spécialités ne sont hélas pas encore accessibles par la voie de l’apprentissage. Les BTS les plus prisés sont les mêmes que pour la voie classique: BTS MUC (management des unités commerciales), NRC (négociation et relation client), maintenance industrielle. Les DUT sont moins préparés par apprentissage (5 % de l’effectif), sauf celui des techniques de commercialisation.

De plus en plus d’écoles de commerce s’ouvrent à l’apprentissage (l’Essec dès 1993). La formule adoptée le plus souvent est celle de la première année sous statut étudiant, puis les deux suivantes sous contrat d’apprentissage. Certaines écoles réservent un quota de places à l’apprentissage (Inseec, IECS Strasbourg devenue EM Strasbourg, etc.) – 130 diplômes d'ingénieur peuvent être préparés dans près de 80 établissements. La Commission du titre d’ingénieur (CTI), qui encadre le développement de l’apprentissage dans ces écoles, observe que les jeunes ingénieurs ainsi formés s’intègrent très facilement  dans le monde économique. Il faut souligner que ce sont les écoles d’ingénieurs internes aux universités qui développent le plus la voie de l’apprentissage, ainsi que les licences professionnelles. Quant aux masters, le plus souvent, l’alternance est organisée en seconde année (M2). Parmi les universités les plus ouvertes à l’apprentissage, celle de Marne-la-Vallée offre plus de 60 diplômes professionnalisés préparés par cette voie. L’université d’Évry et celle de Metz s’y engagent résolument. Il est à souhaiter qu’elles fassent école.

 

Ce mode de formation offre un réel intérêt, tant pour les étudiants et l’entreprise, que pour l’université

L’apprentissage offre un accès aux savoirs par une pédagogie active, mais c’est aussi un parcours salarié qui permet de financer tout ou partie des études. Il ouvre ainsi des parcours inédits à des jeunes qui avaient peu de chances de s’insérer dans les cursus traditionnels de l’enseignement supérieur ; l’expérience professionnelle acquise plus tôt conforte la socialisation du jeune dans l’entreprise et permet une insertion professionnelle plus rapide. Pour nombre d’étudiants, il se présente également comme une deuxième chance, pendant que l’entreprise apprend à mieux connaître le monde universitaire et développe des coopérations fructueuses. Enfin, pour l’université, l’apprentissage est un moyen de diversifier ses ressources financières (taxe d’apprentissage), mais aussi de modifier et d’enrichir ses pratiques pédagogiques, de développer le travail en équipe, de multiplier les relations avec le tissu économique, y compris en contribuant aux transferts de technologies, et de bâtir de bons projets de recherche.

Certains freins, comme des difficultés d’ordre juridique, empêchent le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. En effet, il n’existe pas de code du travail – sauf exception – pour les formations supérieures. Par exemple, si les étudiants peuvent redoubler la première année d’une formation en deux ans, les apprentis ne peuvent redoubler que l’année terminale. Enfin, les formations par apprentissage dans le supérieur sont en général plus coûteuses que celles du niveau V ou IV. Des choix sont donc à effectuer, notamment par les Régions, dans les priorités d’affectation des budgets relatifs à l’apprentissage.

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Extraits de Orientation pour tous  : Bien se former et s'épanouir dans son métier, Bourin Editeur (6 octobre 2011)

 
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  • Par lorrain - 17/10/2011 - 17:44 - Signaler un abus il est temps

    actuellement, les ingénieurs et même les BTS sortants de fillières traditionnelles sont inaptes au travail, pleins de théorie et de certitudes et aucune connaissances du terrain ou des équipements, ainsi j' ai rencontré un BTS électrotechnique qui n' avais jamais cablé un moteur et un ingénieur en génie élec qui n' avait jamais vu un moteur courant continu, c' est juste le coueur du métier

  • Par lorrain - 17/10/2011 - 17:47 - Signaler un abus suite

    il est temps que les étudiants du technique se frottent un peu à la réalité des entreprises et des techniques à l' image de ce qui se fait en allemagne pour les enseignements industriels, cela évite les enseignements obsolètes sur des matériels hors d' age avec une part trop importante faite aux théories alors que le gros du travail sera de chercher des infos dans des docs

  • Par lorrain - 17/10/2011 - 17:50 - Signaler un abus suite 2

    pour cela, il serait souhaitable aussi de renforcer le niveau d' anglais, car les docs en français ne sont que des traductions, souvent truffées d' erreur et rarement à jour, l' anglais est en outre indispensable pour les échanges internationnaux de plus en plus utilisés en industrie

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Jean-Robert Pitte

Jean-Robert Pitte, ancien président de l'université Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, est aujourd'hui délégué à l'Information et à l'Orientation auprès du Premier ministre. Il a coordonné ce livre, rédigé par toute l'équipe de la délégation.

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