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Le patronat allemand
est-il en train de lâcher l'euro ?

Certains dirigeants d'entreprises allemands viennent d'exprimer publiquement qu'ils étaient ouverts à une sortie de l'Allemagne de la zone euro. Angela Merkel serait-elle en train de perdre le soutien du patronat de son pays ?

Fissures

Publié le - Mis à jour le 23 Janvier 2012

Un pavé dans la marre… C’est comme cela qu'on peut qualifier les propos tenus par le très influent Anton Börner, à la tête de la puissante Association des Exportateurs Allemands : 120 000 entreprises au cœur de la réussite du modèle allemand. Autant dire que son avis compte.

Selon lui, les pays en difficulté de la zone euro doivent impérativement réaliser des réformes profondes pour restaurer leur compétitivité. Si tel n’était pas le cas, ou en cas d’échec, "une désagrégation de la zone euro serait la solution" affirme-t-il sans détour dans Handelsblatt (équivalent des Echos).

Wolfgang Reitzle, PDG du conglomérat Linde AG (13 Milliards d'euro de Chiffre d'affaire) lui emboite le pas dans le Spiegel : "Je ne pense pas que l’euro doit être sauvé à tout prix". Si les pays en difficulté ne se disciplinent pas, "l’Allemagne doit quitter l’euro". Voilà qui a le mérite d’être clair…

Certes, l’appréciation du Deutsch Mark qui en résulterait ferait fortement fléchir les exportations, augmenterait le chômage. Ce serait un choc pour l’économie… mais pas pour longtemps. Car selon lui "l’Allemagne mettrait cinq ans à s’en remettre avant de redevenir aussi forte que ses compétiteurs asiatiques".

Parenthèse au passage, voici quelques traits caractéristiques des Allemands : dans une situation de blocage, ils préfèreront souvent "encaisser" tout de suite un choc violent et faire des efforts très importants pour s’en sortir à terme par le haut ; plutôt que de rester dans des situations figées, sans réagir, avec en plus à la clé un risque potentiel non précisément cerné ; ce qui est totalement inconcevable pour tout Allemand qui se respecte. Mais revenons à notre sujet…

Sortir de la zone Euro ? Voilà le sujet qui agite le paysage industriel l’allemand. La question clé n’est plus de savoir si la Grèce doit ou non sortir de la zone, mais bel et bien si l’Allemagne doit y rester et à quel prix ?

En effet, il y a des alternatives. Toujours selon Börner, une mini-zone Euro pourrait être la solution. Elle inclurait outre l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande les Pays-Bas, le Luxembourg et le Danemark. Une zone hyper intégrée (fédéralisme), avec des lois communes, un marché unique libre et sans barrière et une monnaie unique forte. Et pour éviter qu’elle ne s’apprécie excessivement jusqu’à nuire à la compétitivité des pays de la zone, Börner propose une gestion volontaire et ambitieuse de cette monnaie, à l’image de ce que fait la banque centrale suisse avec le Franc Suisse : un bon coup de poing sur la table, y a que ça de vrai. Force est de constater que ça marche.

Notre Angela a donc bien du soucis à se faire. Sa coalition est déjà bien fragile ; si en plus le soutien jusqu’ici indéfectible du patronat allemand au sauvetage de l’Euro se fissure… Car le moins qu’on puisse dire, c’est que les affirmations intempestives de ce type se croisent et s’entrechoquent, et contredisent en tout point les positions politiques officielles allemandes. Qu’en est-il réellement ? Soyons lucides : l’euro a beaucoup apporté aux exportateurs allemands et le patronat le sait mieux que quiconque. Si je suis intimement convaincue qu’ils préparent chacun «  un plan B » (au cas où !), ce dont je suis encore plus convaincue, c’est qu’ils se battront jusqu’au bout pour sauver l’euro.

C’est l’avis du PDG de BMW, Friedrich Eichner pour qui "un retour au Mark serait catastrophique". Ou encore de celui de Franck Appel, PDG de la Deutsch Post-DHL : "Quel que soit le coût du sauvetage de l’Euro, cela coutera moins que ce que nous a apporté, et continuera d’apporter, l’euro". Même Börner le reconnait. Une implosion de l’euro aurait "un coût économique massif et des conséquences politiques inéluctables"… avec en bout de course "une résurgence du protectionnisme, balkanisation et marginalisation de l’Europe"…. Et de finalement reconnaitre que "l’euro est la meilleure chose que nous ayons pour notre économie et nous nous battrons ardemment pour garder l’euro, mais pas à n’importe quel prix"

Alors pourquoi toutes ces petites phrases cinglantes et tranchantes ?

  • Probablement pour "faire pression" sur Angela  afin de l’empêcher d’être trop laxiste dans ses positions politiques quant à la participation de l’Allemagne au sauvetage de l’Euro.
  • Et surtout pour rappeler que l’Allemagne ne peut pas, à elle seule, sauver tout le monde ; et qu’il est impératif que les autres « fassent le boulot » de leur côté. Car leur donner de l’argent sans contrepartie, c’est prendre le risque de les conforter dans leurs modèles sociaux dispendieux et de reporter d’autant la mise en œuvre de réformes structurelles aussi nécessaires qu’inévitables.

 

Rappelez-vous 2003. L’Allemagne était alors le grand malade de l’Europe, jusqu’à ce que Schröder impose des réformes profondes et douloureuses à son pays. Réformes qui conduisirent à la puissance de l’Allemagne aujourd’hui. C’est exactement ce que le patronat attend de l’Italie, de la France et des autres pays en difficulté. S’ils se lancent dans l’aventure, les milieux d’affaires allemands sont prêts à sortir le carnet de chèques.

Dit autrement : "Aide toi et le ciel t’aidera".

Et si Jean de la Fontaine avait été allemand, il aurait sans doute ajouté : "Et prévois toujours le scénario du pire avec un bon plan B en poche ".

 
Commentaires

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  • Par evy - 22/01/2012 - 10:44 - Signaler un abus la France des "malgré nous"

    Les français n'ont ni courage, ni réflexion sur ce qui se passe dans le monde. La France est dirigée par une minorité au cerveau encombré de haine , des socio-pathes, (Enarques, partenaires sociaux, artistes ratés, enseignants.....!!) En France il faut systématiquement être contre TOUT.

  • Par toulonrct - 22/01/2012 - 11:01 - Signaler un abus evy

    Une france étriquée,corporatiste,corrompue,idéologue ou immobilisme et compromission restent la règle ou l'idéologie communiste reste ancrée dans les cerveaux des français meme ceux qui votent à droite

  • Par Fûrinkazan - 22/01/2012 - 11:22 - Signaler un abus J'en ai marre...

    Une faute d'orthographe dès la première phrase ! Voici les nouvelles élites, incapables même de se relire... Plouf dans la mare !

  • Par LeditGaga - 22/01/2012 - 11:44 - Signaler un abus @ Isabelle Mouille les seaux

    D'accord avec Fûrinkazan, quand on s'annonce pompeusement directrice de publication chez Agora qu'au demeurant personne ne connait, on évite cette grosse faute dès la 1ère phrase, mais c'est somme toute symptomatique de l'état de déliquescence de notre civilisation... oui on en a marre de votre sabir qu'on évitera de lire plus avant !

  • Par Ericvvv - 22/01/2012 - 11:58 - Signaler un abus Planète Mars

    Si Mars était cliente de la Terre, alors tous les pays pourraient être exportateurs nets. Mais ce n'est pas le cas! On ne peut donc tous être allemands (ou chinois). Synthétiser les paroles de quelques industriels allemands c'est bien, mettre en perspective c'est mieux. J'invite les lecteurs d'Atlantico à (re)découvrir les réflexions de Keynes sur le BANCOR. Ou celles de Triffin sur le dollar.

  • Par Dino1081 - 22/01/2012 - 12:15 - Signaler un abus Belgique

    Une conséquence d'une "mini zone euro" pourrait être une scission accélérée de la Belgique: la Flandre parmi les bons élèves, la Wallonie avec les cancres... et Bruxelles deviendrait (comme préconisé par certains depuis des décennies) Brussels D.C.

  • Par sheldon - 22/01/2012 - 12:16 - Signaler un abus L'euro en voie de venir les 35H de l'Europe ?

    Ceux qui ont du courage en sortirons. Mais il faudrait que les partis responsables ne laissent pas les Le Pen, Mélanchon, etc battre la mesure car sûr on irait à la catastrophe. Derrière la mini zone on voit apparaître dangereusement la Großes Deutschland, l'hydre qui a fait tant de mal en Europe. Inextricable car les Monti and Co sont avant tout des inféodés à l'esprit de Bruxelles.

  • Par flogo - 22/01/2012 - 13:19 - Signaler un abus Comment

    On appelle les Nostradamus...femme ? Tous ces plans tirés sur la comète, ces affirmations qui n'ont aucun fondement en dehors de : "Je crois que... " Vous avez demandé d'acheter de l'or... On va bien rire quand vous demanderez de le vendre en urgence ! Les gens qui ne sont que des "a postériori" devraient s'abstenir, au risque de jouer le "Cassandre" de la comédie italienne...

  • Par benj117 - 22/01/2012 - 13:22 - Signaler un abus Sheldon, quand vous dites les partis responsables,

    vous parlez des partis responsables de toute cette merde!!

  • Par sheldon - 22/01/2012 - 13:33 - Signaler un abus @benj117 : les partis responsables sont les non populistes

    Mais en période électorale ils sont hélas tous assez populistes. En France notre constitution à scrutin majoritaire ne peut fonctionner que si l'on a comme président(e) des personnes exceptionnelles. En voyez vous un(e) ? Hélas, pas moi !

  • Par Equilibre - 22/01/2012 - 15:52 - Signaler un abus Au moins en Allemagne, ils se posent des questions.

    Cela démontre aussi qu'ils ne font plus que très modérément confiance à leurs partenaires. Est-il possible de leur reprocher vu le pitoyable spectacle de la vie politique et intellectuelle française? La France et d'autres pays risquent de se retrouver complètement inféodés à l'Allemagne. Passer de l'indépendance presque totale à la dépendance en 40 ans. Merci europe, euro, politiques et les ouiste

  • Par vangog - 22/01/2012 - 16:19 - Signaler un abus Les pays en difficulté font "semblant" de se réformer

    pour gagner toujours plus de temps vis à vis de leurs créanciers. On leur a dit que 60% de leurs créances pouvaient être effacées, alors ils se sont dits "pourquoi pas 100%"! On est au cœur de l'absurdité Social-démagogue. L’Allemagne sortira donc de l'Euro et rejoindra les pays du Nord. La France "Hollandisée" rejoindra le club des pays du sud, qui seront bientôt les mendiants de l'Europe.

  • Par LeditGaga - 22/01/2012 - 16:48 - Signaler un abus @Mérovingien

    Avis tranché certes, mais Ô combien pertinent et... juste !

  • Par flogo - 22/01/2012 - 17:18 - Signaler un abus Leditgaga

    Ouais et tous les chomistes auront du travail dans le BTP, ou feront éboueurs, ou tous ces travaux que ces gens du sud faisaient ... Et pis s'ils ne veulent pas on prendra une schlague...c'est comme ça que ça s'appelle ?

  • Par Florent Aste - 23/01/2012 - 13:43 - Signaler un abus Euromalgame

    Sortir de l Euro ne change rien au niveau d'endettement, cela facilite juste des poliques monetaristes... Sortir c'est renoncer aux espoirs de paiment sud europeens. Les industriels qui sont les moins exposes a la dette preferent ce scenario a juste titre. Ils soulagent les economies clientes de flux financiers orientes vers les banques et non vers les importations de voitures.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux est directrice de publications chez Publications Agora.

Elle a notamment co-écrit Le déclin du Dollar : une aubaine pour vos investissements ? (Valor, 2008).

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