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Allemagne, France, Grande-Bretagne: la crise du leadership

Lettre de Londres mise en forme par Edouard Husson. Nous recevons régulièrement des textes rédigés par un certain Benjamin Disraëli, homonyme du grand homme politique britannique du XIXe siècle.

Disraeli Scanner

Publié le
Allemagne, France, Grande-Bretagne: la crise du leadership

Pékin, 

Le 9 septembre 2018

Mon cher ami, 

Me voici parti dans mon voyage annuel de la fin de l’été ou de l’automne pour m’enquérir de l’état des persécutions religieuses dans la Chine de Xi Jinping. Demain je ferai la tournée des services appropriés au gouverment pour prendre la température et vérifier qu’on ne me mettra aucun obstacle insurmontable aux visites que je vais effectuer. La condition de réussite de cette expédition annuelle est la confidentialité totale à laquelle je m’engage envers les autorités chinoises. Vous savez donc, comme chaque année, que je vous en raconterai le minimum.

Mais, vu le trajet que je vais effectuer, j’aurai l’occasion d’observer bien des sujets dont vous parler. 

Ce soir, je voulais vous dire ce qui me frappe concernant l’Europe, au moment où votre président est aussi critiqué par les médias qu’il était adulé précédemment. Peut-être est-ce la distance qui me fait assimiler les différentes nations européennes les unes aux autres, ou en tout cas leurs gouvernements; mais, vu de Pékin, je suis frappé par la ressemblance des crises du leadership à Berlin, Londres et Paris. 

A première vue, Emmanuel Macron, Theresa May et Angela Merkel ont des personnalités très différentes. Comment comparer Emmanuel le Fougueux, la « Dame de Roseau » et Angela l’Impertubable? Mais, justement, ce ne sont plus les personnalités qui comptent. Les trois premières nations d’Europe occidentale sont plongées dans une crise politique. Cette crise, en soi, est assez facile à désigner: c’est la crise du néolibéralisme, qu’Emmanuel Macron préfère appeler progressisme. En Allemagne, la Chancelière a fait lentement glisser la démocratie-chrétienne, encore largement conservatrice avant qu’elle n’en prenne la tête, vers un centre de gravité progressiste; en France, Emmanuel Macron fait le pari qu’un libéralisme cohérent, revendiqué haut et fort sera à même, par les fruits qu’il portera, de surmonter la crise du progressisme; en Grande-Bretagne, Theresa May essaie tant bien que mal de trouver un compromis entre les libéraux et les conservateurs du parti Tory, afin de préserver l’unité de son parti. Une fois que l’on a dit cela, il surgit une évidence: aucun des trois leaders dont nous parlons n’est à même de proposer une solution à la crise politique. Mais il faut faire attention, derrière des institutions et des contextes différents,  il y a des racines communes à cette situation. 

Tout d’abord, les trois responsables politiques ont une vision apolitique de leur action. Emmanuel Macron est le plus brillant des hauts fonctionnaires français. Issu de l’inspection des finances, il voit la France comme un « espace de réforme pur et parfait», sans droite ni gauche. Theresa May, au fond, n’a pas envie de transformer le Brexit  en affaire politique; elle espère infiniment trouver un accommodement avec la Commission Européenne et son plan de Chequers en est l’illustration; il lui évite d’aller jusqu’au bout de la relance d’un affrontement droite/gauche au Parlement. Quant à Angela Merkel, elle a réussi à presque toujours éviter les débats droite/gauche sur les grandes questions: elle leur substitue un processus de recherche d’un consensus, qu’elle cherche quelquefois à accélérer par une décision prise sans consultation avec son gouvernement. 

 
Commentaires

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  • Par guy bernard - 10/09/2018 - 11:36 - Signaler un abus qu'est-ce que l’économie ?

    La problématique est très simple : ces trois pays ont fait confiance à une gestion macroéconomique et quantitative pour assurer leur maintien, quitte à se payer des écarts, en négligeant une gestion qualitative et microéconomique. la question devient alors : qu'est-ce que l’économie ? le pilotage d'en haut qui nie les facteurs ou la somme d'initiatives économiques que l'on peut à la limite corriger.

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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