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L’Allemagne s’est-elle exclue de fait de la zone euro ?

Si l'Allemagne n'accepte plus de prêter son épargne au sein de la zone euro on peut considérer que de fait elle n'y est plus.

Zone euro Allemagne

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L’Allemagne s’est-elle exclue de fait de la zone euro ?

 Crédit Reuters

Vous avez écrit une note indiquant que l'Allemagne n'est plus un vrai membre de la zone euro. Quels éléments vous permettent de le démontrer ?

Patrick Artus : On sait qu'il y a des différences importantes notamment en ce qui concerne la démographie, des comportements d'épargne des Allemands, la structure de l'économie (l'Allemagne étant beaucoup plus industriel que la zone euro), mais ce qui me paraît beaucoup plus important, plus grave, c'est la question de la circulation des capitaux à l'intérieur de la zone euro. Même si on sait que les Allemands ont un goût important pour l'épargne, ce n'est pas grave tant qu'ils prêtent leur épargne aux autres pays européens.

Depuis 2010, donc le début de la crise en zone euro, ce n'est plus le cas. L'excès d'épargne des Allemands est prêté au monde en dehors de la zone euro. C'est extrêmement grave car d'une part cela veut dire qu'il n'y a plus de circulation des capitaux entre les pays membres de la zone euro, ce qui est catastrophique pour l'union monétaire et d'autre part cela veut dire que l'épargne des allemands est perdu pour financer de la croissance pour l'ensemble de la même zone euro. C'est en cela que l'on peut dire que l'Allemagne n'est plus dans la zone euro puisque un pays dans l'union monétaire par construction s'intègre financièrement avec les autres, prête son épargne pour financer des investissements et qui accepte cette mobilité des capitaux. Si l'Allemagne n'accepte plus de prêter son épargne  au sein de la zone euro on peut considérer que de fait elle n'y est plus. Ce comportement reflète vraiment le fait que les Allemands ne sont plus, au moins moralement dans cette union monétaire.

Est-ce que le fait que l'Allemagne ne prête plus son épargne aux pays membres de la zone euro s'explique par le fait que la croissance dans cette même zone est trop faible pour inciter les investisseurs allemands ?

D'abord rappelons que la part du commerce de l'Allemagne avec le reste de la zone euro diminue. Elle s'intègre en fait beaucoup plus aux pays d'Europe centrale –pour certains membres de la zone euro comme la Slovaquie et la Slovénie- mais aussi à d'autres qui eux ne le sont pas. Je ne suis pas certain que ce soit une question de croissance mais plus d'aversion aux risques. Ils ne sont pas rassurés sur la capacité des autres pays de la zone euro à les rembourser. Ils ont été échaudés par les bulles immobilières, les crises des dettes souveraines qui ont conduit à une grande défiance de l'Allemagne vis-à-vis des autres pays européens. Les épargnants allemands ou investisseurs institutionnels pensent qu'il y a un vrai problème de solvabilité par rapport au reste de l'Europe ce qui peut expliquer cette absence de prêt d'épargne et pas uniquement une question de croissance.

 
Commentaires

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  • Par zeliclic - 03/04/2018 - 10:20 - Signaler un abus @Patrick Artus

    Et si l'Allemagne commençait plutôt à investir dans son propre pays ...

  • Par vangog - 03/04/2018 - 10:23 - Signaler un abus Autre question: la France macroniste est-elle solvable?...

    On savait que la France était soluble dans la mondialisation, grâce aux gauchistes impénitents, ultra-gauchistes tendance fasciste et centristes mous, mais savait-on qu’elle n'était plus solvable par rapport à son puissant voisin?...la récession que va aborder la France cette année (Oui, Oui, c’est démarré...) et la hausse des taux d’intérêt vont finir de la décrédibiliser aux yeux du monde, elle qui se voulait tête-de-file du mondialisme...orgueilleuse, va!

  • Par Ganesha - 03/04/2018 - 11:00 - Signaler un abus Solvabilité

    Beaucoup de clairvoyance dans cet article. Mais la dernière phrase est bien maladroite : ''Il est nécessaire que les autres pays européens s'échinent à démontrer leur solvabilité'' ! D'abord, l'Allemagne, avec la montée de l'AfD et la situation de la Deutsche Bank, ne va pas si bien que cela ! Ensuite, le futur gouvernement italien, et, dans un an, les élections européennes, vont créer les conditions pour une révolution contre la tyrannie du Libéralisme et contraindre fräulein Merkel à la retraite.

  • Par pale rider - 03/04/2018 - 13:31 - Signaler un abus Quelle farce cette Europe !

    .

  • Par jblbrunet - 03/04/2018 - 13:33 - Signaler un abus la preuve une fois de plus

    la preuve une fois de plus que l'Europe n'a aucun avenir

  • Par jblbrunet - 03/04/2018 - 13:33 - Signaler un abus la preuve une fois de plus

    la preuve une fois de plus que l'Europe n'a aucun avenir

  • Par ajm - 03/04/2018 - 17:18 - Signaler un abus Position nette Bundesbank à la BCE.

    Je ne sais pas sur quels chiffres PA fonde sa démonstration, mais en tout cas, il.y a les chiffres officiels de la BCE au 31 decembre 2017 sur les balances clearing de chaque banque centrale sur la BCE ( chiffres Target 2). Cette balance est creditrice nette pour la Bundesbank â cette date de plus de 900 milliards d'euros ( Banque d'Italie, position debitrice de 500 milliards ) . Autrement dit, si l'euro et la BCE explosaient en vol, la Bundesbank perdrait plus de 900 milliards, soit près du tiers du PIB Allemand.

  • Par pierre de robion - 03/04/2018 - 23:01 - Signaler un abus Je sais c'est pas bien mais...

    je n'irai pas prêter mes sous au ...Zimbabwe!

  • Par patafanari - 04/04/2018 - 12:40 - Signaler un abus Une livre de chair.

    Shylock ne prendra jamais sa retraite.

  • Par Pharamond - 04/04/2018 - 15:17 - Signaler un abus Arbeit (1)

    Angela est restée coite après que les élections en Allemagne ont révélé un morcellement assez profond de la société.La droite nationaliste relève la tête.Elle attendait la formation d'un gouvernement de coalition pour libérer sa parole. En bon français,E.Macron a cru que "qui ne dit mot consent"! Hé bien, non.La réponse à ses propositions sur l'Europe est:"nein"! Quand on a l'occasion de parler avec des allemands qui ne sont pas nationalistes,que disent-ils en substance ? Qu'au début des années 2000,l'Allemagne était considérée comme "l'homme malade de l'Europe".Que le chancelier Schroeder,bien que de gauche, a imposé des réformes de bon sens,courageuses,notamment les lois Hartz sur la réforme du marché du travail,qui ont donné les résultats que l'on connait. Qu'on nous dit "oui,mais il y a beaucoup de travailleurs précaires,etc. Il vaut mieux être travailleur précaire que chômeur; le plus à craindre en chômage, c'est la perte des réflexes et de la discipline de vie qui va avec: respecter les horaires,etc. Il n'y a pas de grèves massives malgré cela. Vous autres latins (italiens,espagnols,français) avez fait le choix du chômage de masse pour ne pas toucher aux rigidités au droit

  • Par Pharamond - 04/04/2018 - 15:33 - Signaler un abus Arbeit (2)

    ...au droit social/travail.Résultat: chômage de masse et déficit/dette record". Ont-ils tout faux? Par exemple, combien de français savent que leurs frais médicaux ne leur sont remboursés que parce que l'Etat emprunte. Si les taux augmentent,ce qui ne saurait tarder,c'est le plongeon.Pour l'Europe,les Allemands ont l'impression qu'on veut la faire mais à leurs frais."Laissez nous rêver et payer la facture!". Quand on étudie les programmes des partis politiques italiens qui sont arrivés en tête,il y a de quoi se taper la tête contre les murs.Et aux frais de qui cette démagogie? La solidarité à sens unique?

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Patrick Artus

Patrick Artus est économiste.

Il est spécialisé en économie internationale et en politique monétaire.

Il est directeur de la Recherche et des Études de Natixis

Patrick Artus est le co-auteur, avec Isabelle Gravet, de La crise de l'euro: Comprendre les causes - En sortir par de nouvelles institutions (Armand Colin, 2012)

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