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Alimentation : petits conseils pour réussir à bien manger sans se ruiner... ni ruiner les producteurs

Une bonne partie des agriculteurs n’arrivent plus à vivre de leur travail, alors que les industriels et surtout la grande distribution survivent sans trop de problèmes malgré la "crise". Il n’y a donc pas de crise pour tout le monde, et si nous voulons garder une agriculture en France, et donc des agriculteurs, il est effectivement urgent de trouver des moyens efficaces de mieux répartir la marge au sein des filières alimentaires.

Bien-être pour tous

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Alimentation : petits conseils pour réussir à bien manger sans se ruiner... ni ruiner les producteurs

Ce mercredi 31 janvier, le gouvernement présentait sa loi distribution-agriculture (« Projet de loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable ») visant à mieux répartir les revenus entre agriculteurs, industriels et distributeurs. A-t-elle des chances d’y arriver ?

Bruno Parmentier : Chacun a pu constater qu’une bonne partie des agriculteurs n’arrivent plus à vivre de leur travail, alors que les industriels et surtout la grande distribution survivent sans trop de problèmes malgré la « crise ».

Il n’y a donc pas de crise pour tout le monde, et si nous voulons garder une agriculture en France, et donc des agriculteurs, il est effectivement urgent de trouver des moyens efficaces de mieux répartir la marge au sein des filières alimentaires.

Mais la disproportion des forces en présence est impressionnante : des centaines de milliers d’agriculteurs, des milliers d’industriels et, en bout de chaîne, quatre acheteurs (des centrales d’achat de la Grande distribution) qui contrôlent 70 % de la nourriture française, et se réservent à tout moment de mettre nos agriculteurs en concurrence avec les autres producteurs d’Europe et du monde. Et à côté, l’État (et l’Europe) qui se refusent à intervenir dans le « libre jeu du marché », et même théorisent le fait que les agriculteurs devraient « mieux se confronter aux signaux du marché » ; ils se contentent de rassembler les acteurs, les appeler à plus de mesure et de respect mutuel, et d’acter les accords conclus, mais se refusent à toute mesure coercitive. Il est donc malheureusement à craindre que cette nouvelle loi brillera par son inefficacité, comme presque toutes les mesures prises par les gouvernements précédents… D’ores et déjà, on constate que, malgré les « engagements moraux » pris il y a quelques mois, les négociations actuelles de prix avec les Centrales d’achat se passent de façon particulièrement tendue, comme si de rien n’était !

Notons également et au passage que l’autre objectif de ces États généraux, l’alimentation saine et durable, semble passé, j’espère provisoirement, au second plan, malgré un affichage d’une volonté de faire davantage de place pour la bio en restauration collective, de réduire le gaspillage alimentaire ou de réduire l’utilisation des pesticides et la maltraitance animale. La montagne aurait-elle accouché d’une souris ?

Cette loi s’attaque-t-elle aux vrais problèmes ? Faut-il à la fois chercher à avoir la nourriture la moins chère possible et de bons revenus pour les agriculteurs ?

Effectivement, on peut légitimement s’interroger sur le bien-fondé d’une idée reçue, et largement répandue, suivant laquelle le peuple sera d’autant plus heureux que la nourriture sera moins chère. En 1960, un travailleur au salaire minimum devait travailler 4h24 pour pouvoir se payer 1 kg de poulet, aujourd’hui une seule heure lui suffit. Du coup, en moyenne en France, alors qu’on consacrait 38 % de son salaire à se nourrir chez soi en 1960, aujourd’hui seulement 14 %. Alors, on dépensait deux fois plus pour se nourrir que pour se loger, et aujourd’hui on dépense davantage pour se loger que pour se nourrir, et les jeunes générations dépensent dorénavant plus pour leurs loisirs que pour leur nourriture. On pourrait ainsi avancer que nous payons nos téléphones portables avec les économies faites sur le dos des agriculteurs !

 
Commentaires

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  • Par DANIEL74000 - 01/02/2018 - 08:42 - Signaler un abus C'est l'Etat qui tuer la France !

    entre 59 et 69 j'étais commis principal dans une scierie et j'ai vu venir le désastre. Le premier coupable : le Crédit Agricole. Avec l'argent public, il devait aider les paysans à se grouper en coopérateur, ainsi il pouvait aider les empoisonneurs. Le CA imposait ses crédits de financement d'usine d'élevage, imposait le fournisseur de farine et décidait le partage des bénéfices à la vente. A cette époque les planches en chablis protégeaient le sol mais vite remplacées par de la féraille dangereuse pour l'animal et l'homme. Voyez les 10 principaux bénéficiaires de la PAC en Europe ? Les têtes couronnées qui sont propriétaires en France ou des tueurs comme les sucriers. Il est temps de supprimer le ministère de l'agriculture et les MSA siège FNSEA et autres profiteurs. Avec les charges sociales écrasantes, la main-d'oeuvre est remplacée par du matériel étranger acheté avec des subventions. La boucle est bouclée

  • Par lexxis - 01/02/2018 - 09:44 - Signaler un abus OBLIGER AU RAPPEL PAR AFFICHAGE DU PRIX PRODUCTEUR

    Une mesure très simple, facile à mettre en oeuvre et qui ne coûte pratiquement rien: obliger les distributeurs pour les produits agricoles non transformés à rappeler le prix payé au producteur, à côté du prix exigé du client. Un moyen de rétablir indirectement le dialogue entre producteur et consommateur en supprimant ou du moins en réduisant substantiellement l'opacité qui gonfle toujours les marges des intermédiaires.

  • Par Ganesha - 01/02/2018 - 10:06 - Signaler un abus Merci Atlantico !

    Article exceptionnellement courageux et instructif ! Malheureusement, pour revenir au bon sens, il faut combattre la FNSEA en France, et surtout, la ''Politique Agricole Commune'' ultra-libérale, et criminelle, de la Commission de Bruxelles. Bien sûr, le moyen le plus efficace pour atteindre ces objectifs, aurait été d'élire Marine Le Pen. Pouvons-nous espérer que sur ce sujet, comme cela semble lui arriver de temps en temps, Macron fera preuve de réalisme et de priorité pour le bien public ?

  • Par gregoire25 - 01/02/2018 - 10:44 - Signaler un abus Acheter local

    J'essaie d'acheter local et circuit court. Mais ça me coûte beaucoup plus cher . Allez comprendre.

  • Par moneo - 01/02/2018 - 12:39 - Signaler un abus solutions,???

    indispensable de sortir de l'UE et protection douanière avec rétorsion immédiate de nos anciens partenaires donc destruction de la seule agriculture qui gagne encore de l'argent.. conséquence hausse des prix immédiates ;les petits ne s'en sortent plu faut bien que, protégés , ils augmentent leurs prix pour avoir une marge plus grande .et s'en sortir ,;question annexe la notion de protection va jusqu'ou?pépé et sa vache à lait doit il lui aussi recevoir de quoi vivre.... sur le papier on vient de régler le sort de nos agriculteurs OUI MAIS ou les consommateurs vont ils trouver du pouvoir d'achat supplémentaire avec cette valse des étiquettes?quelle suggestion augmenter autoritairement les salaires? Enfin le bio moins de rendement moins de produits sur le marché et plus chers...alors que personne n'a aujourd'hui démontré un souci sanitaire avec le non bio.j vous signale que les lasagnes n'étaient pas un pb sanitaire mais d'escroquerie sur les étiquettes. De plus ce sons bien des produits bio de pousses de soja qui ont tué. bref vous êtes un adepte d'un nouveau communisme qui cette fois ci réussira bien sûr

  • Par Citoyen-libre - 01/02/2018 - 13:18 - Signaler un abus Question !

    Qui connaît vraiment le monde agricole de l'intérieur ? Une fois qu'on a dit que la grande distribution a laminé le monde agricole et l"économie tout court, on a pas tout dit. Tout de même c'est un secteur ultra subventionné. Les céréaliers, comme les propriétaires de vignobles roulent sur l'or. Le prince de Monaco et ses 700 ha de céréales ne se plaint pas, et encaisse les aides. Il reste le petit avec ses 50 vaches qui a des difficultés, certes. Mais qui aide les TPE françaises, écrasées de charges et minées par le RSI ? Tout à chacun n'a pas de tracteurs à mettre dans la rue, donc tout le monde s'en fout. Pourquoi les agriculteurs ont tous un compte d'activités au Crédit Agricole, et un compte privé, dit de patrimoine, dans d'autres banques ? Certes le petit a beaucoup de difficultés, mais pas plus qu'une TPE ou un salarié à 1400 € ou un retraité à 1200. Le paysan sait compter et il ne supporte plus ceux qui lui mangent la laine sur le dos, comme l'agroalimentaire. Ca, c'est exact.

  • Par Anouman - 01/02/2018 - 21:06 - Signaler un abus Ratio

    Il est un peu débile de comparer le ratio des dépenses alimentaires par rapport au revenu. Si les Russes sont à 29% et les Algériens à 44% c'est probablement que leur revenu est inférieur à celui des Américains. D'ailleurs cet article est un tissus de conneries. Entre autres: "il n'y a rien de mieux pour dîner qu'une bonne soupe de saison..." Le problème est en partie lié à la stagnation (voire régression) du pouvoir d'achat. depuis vingt ans. Mais au moins les dividendes se sont améliorés, c'est déjà ça.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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