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Alfred Nobel : "J’étais sans doute devenu le premier vendeur d’armes dans le monde. L’invention de la dynamite m’a apporté une influence politique importante mais tout ça m’a déprimé"

Série de l’été : Entretiens avec ceux qui ont change le monde, les grands inventeurs de l’histoire. Aujourd'hui : Alfred Nobel, l'inventeur de la dynamite et des prix qui portent son nom.

Atlantico Business / Série de l'été

Publié le
Alfred Nobel : "J’étais sans doute devenu le premier vendeur d’armes dans le monde. L’invention de la dynamite m’a apporté une influence politique importante mais tout ça m’a déprimé"

 Crédit DSK / SCANPIX SWEDEN / AFP

Dans cette série de l’été consacrée à l’histoire des plus inventeurs et des plus grandes personnalités scientifiques, nous avons choisi de vous les présenter en les interviewant pour qu ils se racontent. Interviews imaginaires et posthumes, évidemment mais pour le moins plausibles. Le plaisir du journaliste qui écrie et les questions et les réponses lui même l’oblige à ne pas trahir l’historien qui lui, fait parler les écrits, les témoignages et les documents. Donc que l’historien nous pardonne de quelques imprécisions.
Notre intention est aussi noble que la sienne, faire connaître ceux qui ont changé le monde en profondeur par leur réflexion, leurs découvertes ou leur imagination. Après avoir rencontré Christophe Colomb, Alexander Fleming, le père de la médecine moderne, après une visite chez le Albert Einstein et dans le Paris du Baron Haussmann, nous sommes passé en cuisine avec Jean-Anthelme Brillat-Savarin, inventeur de la gastronomie moderne. Puis on a rendu visite à Léonard De Vinci, ingénieur de génie inventeur insatiable. Nous avons rencontré Gutenberg, l’inventeur de l’imprimerie. Et même Coco Chanel la première femme PDG d’une multinationale de la mode, qu‘elle a inventée. 
Aujourd’hui, arrêt sur Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, le découvreur de la nitroglycérine et des prix qui portent son nom. 
 
 
Alfred Nobel est un personnage curieux, cet inventeur suédois a découvert la nitroglycérine qui a permis de mettre au point la dynamite et toute une famille d’explosifs qui ont semé la terreur et la mort dans le monde entier. 
Alfred Nobel était terrifié par ce destin dont il n’était pas seul responsable, mais dont il se pensait à l’origine. Alors pour se déculpabiliser d’une découverte aussi diabolique, il a demandé qu’après sa mort sa fortune soit consacrée à des prix qui seront attribués aux meilleures découvertes scientifiques qui auront permis des progrès pour tous. 
C’est ainsi que chaque année, l'Académie royale de Suède discerne les prix Nobel de médecine, de physique chimie et même de la paix. 
 
 

Alfred Nobel, savez-vous que les prix qui portent votre nom sont discernés chaque année et entrainent une pluie de commentaires ?

 
Alfred Nobel : Je le sais et je m’en réjouis. C’était l’objectif. Donner des exemples, provoquer un débat sur ce qui a de meilleur en sciences et en médecine pour améliorer la vie des gens. 
 

Mais savez-vous que cette distribution des prix Nobel provoque aussi beaucoup de débats ?

 
Alfred Nobel : Je le sais. Les débats sont lancés par des scientifiques jaloux qui pensaient avoir le prix. Le monde est parfois très petit. 
 

Mais certains débats se nourrissent du fait que vous avez refusé ou oublié de prévoir un prix Nobel pour les mathématiques.

 
Alfred Nobel : Je sais mais je ne regrette rien. C’est totalement volontaire. 
 

Sauf que ça ne nous dit pas pourquoi il n’y a pas de prix Nobel en mathématiques et il n‘y en aura sans doute jamais, ce débat est d’ordre quasi théologique chez les scientifiques. Il y a autant d’explications que de chercheurs en mathématiques qui aspirent à recevoir la médaille Fields, un prix qui a été créé pour compenser l'absence de ce prix Nobel.

La médaille Fields a été créée en 1936 est attribuée tous les quatre ans au cours du Congrès international des mathématiciens. 

Sauf que, aussi prestigieuse soit cette médaille, des générations de mathématiciens ont regretté ne pas avoir droit à un prix Nobel, au même titre que leurs confrères chercheurs en physique, chimie ou même littérature. Le mystère est total et suscite toujours autant de curiosité ou de débat. Et de frustration. 

Alfred Nobel, pour comprendre ce débat, pouvez-vous expliquer d’abord à quoi correspondaient les prix Nobel. 

 
Alfred Nobel : C’est très simple. Je suis d’origine suédoise et j’ai inventé la dynamite, c’est à dire le moyen de stabiliser la nitroglycérine. Cette invention qui date de 1867 va me valoir une fortune colossale, mais une image épouvantable. Les journaux ne cesseront pas de parler de moi comme du marchand de la mort qui a fait fortune en développant le moyen de tuer plus d’humains que jamais. 
Au départ, je ne me suis pas rendu compte du développement que pouvait avoir la dynamite. Alors, j’aurai pu m’en douter. Mon père était ingénieur militaire et s’intéressait déjà à la nitroglycérine.
A la fin de mes études de chimie à Stockholm, j’ai très vite travaillé avec lui sur les explosifs. J’ai ouvert pour moi-même un atelier de fabrication de nitroglycérine près de Stockholm, mais l’instabilité de ce produit a entraîné plusieurs accidents et la nitroglycérine a été rapidement interdite en Europe. En 1864, une explosion détruit l’usine et tue mon plus jeune frère, ainsi que plusieurs ouvriers.
Je me suis retrouvé tout seul et mon objectif a été de trouver un système pour stabiliser la nitroglycérine. On est alors dans les années 1866-1867. Mon idée a été d'ajouter à ce produit des substances absorbantes qui le fixent. J’ai tout essayé. J’ai utilisé du charbon en poudre, de la craie, du sable et même des micro-algues qui sécrètent un squelette siliceux.
Grâce à toutes ces recherches, j’ai réussi à fabriquer un explosif solide, beaucoup plus sûr. Cet explosif moulé sous forme de bâtonnets enveloppés de papier et que j’ai baptisé "dynamite", a été breveté le 25 novembre 1867.
 

Donc vous êtes devenu fabricant et vendeur d’armes ?

 
Alfred Nobel : J’ai ensuite, c’est vrai mis au point d’autres explosifs en mélangeant la nitroglycérine à d'autres composants neutres ou actifs (soufre, cellulose ou nitrate de sodium). J’étais un apprenti sorcier. Sauf que c’est rapidement devenu une industrie. 
Dès 1871, des usines à dynamite ont vu le jour dans chaque pays d'Europe et aux Etats-Unis.
En 1875, j’ai fait breveter un nouveau produit, les dynamites gélatines à base de nitroglycérine et de nitrocellulose.
En 1887, j’ai inventé la "balistite", une poudre de nitroglycérine pouvant être utilisée comme poudre à canon. J’ai détenu jusqu’à 355 brevets, exploités dans les 80 usines implantées dans une vingtaine de pays. 
Alors, je pensais que la dynamite aurait des usages civils dans les mines et dans les travaux publics, pour la construction des tunnels. Je vous rappelle qu’on est au cœur de la révolution industrielle, en Europe et aux Etats-Unis. Ça construit des routes et des voies de chemin de fer partout. Le monde occidental est un immense chantier mais j’étais peut-être naïf. Les militaires s’en sont très vite emparés de la dynamite parce qu’elle pouvait faire de gros dégâts. Et mes recherches faisaient que la nitroglycérine pouvait être utilisée très facilement. 
 

Et vous êtes devenu immensément riche ? 

 
Alfred Nobel : Pour l’époque, oui, j’étais sans doute devenu le premier vendeur d’armes dans le monde. L’invention de la dynamite m’a rapporté une fortune considérable, et une influence politique importante. 
Et bien vous me croirez si vous voulez, mais cette réputation de marchand de la mort va profondément me déprimer et me donner l’idée de réhabiliter mon nom. C’est passé par la création d’un prix.
A ma mort, mon testament va réserver l’essentiel de ma fortune au financement de ces fameux prix qui doivent être décernés à « des humains sans aucune distinction d’âge ou d’origine qui auront apporté le plus grand bénéfice à l’humanité ».  
En clair et de cette façon, l’argent de ma mort a servi à récompenser les œuvres de vie d’autres savants. 
 
 
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Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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