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Alerte rouge sur la psychiatrie française : la moitié des psychiatres seraient en burn-out ou en état de fragilité

Lors d'un congrès d'une des principales plateformes professionnelles des psychiatres français, une étude a été faite, peu rassurante sur la santé de ceux en charge de notre santé mentale.

Qui soigne les soignants ?

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Alerte rouge sur la psychiatrie française : la moitié des psychiatres seraient en burn-out ou en état de fragilité

Atlantico : Lors d'un congrès de psychiatrie organisé par "L'Encéphale" une enquête a été effectuée sur 820 médecins psychiatres inscrits à ce congrès, qui a révélée que plus d'un tiers des psychiatres interrogés étaient vulnarables au burn-out. 66% d'entre eux se disent aussi épuisés et 89% frustrés. 85% disent avoir été témoins de violence. Au moins la moitié d'entre eux sont "fragilisés. Comment expliquez vous cette situation ?

Pierre Delion : L'augmentation des malaises de notre société amplifie la nécessité pour les psychiatres de recevoir de plus en plus les souffrances ordinaires (angoisses névrotiques au travail, en famille, avec les amis…) et extra-ordinaires (harcèlement, violence, persécution objective…) de leurs patients.

Comme la consultation d'un psychiatre en ville n'effraie plus autant qu'auparavant, le nombre des consultants augmente singulièrement depuis plusieurs années.

Mais lorsque ces psychiatres ne sont pas suffisamment formés, notamment par une possibilité de parler en supervision individuelle ou en groupes (groupes Balint), des effets produits par l'accueil dans leur psychisme des souffrances de leurs patients, il arrive un moment où l'accumulation de ces souffrances transmises dépasse les capacités d'un psychiatre classique, et peut conduire au burn-out.

Ceux qui ont été formés à la psychanalyse tiennent mieux le choc, car ils sont formés à transformer les souffrances reçues en éléments acceptables pour le patient (redonner du sens aux symptômes présentés et les remettre en contexte dans l'histoire du patient). Et donc, voyant les effets positifs sur leurs patients, ils ont davantage l'impression de les aider vraiment. Une autre possibilité existe, celle de prescrire des médicaments sans écouter la souffrance de l'autre avec la même intensité, et cela aboutit à une psychiatrie qui se déshumanise rapidement. Il ne s'agit pas de discréditer les médicaments qui ont toute leur place dans le traitement proposé par un psychiatre, à la condition que les médicaments aident le patient à parler de sa souffrance pour redevenir acteur de son traitement, et non à être "camé" objectivement par ce traitement. Mais beaucoup de psychiatres travaillent non seulement en consultations (soit privées et libérales, soit en service public de secteur), mais aussi dans les services d' hospitalisation.

Là, les choses se compliquent singulièrement parce que les patients sont beaucoup plus gravement atteints (suicides, comportements délirants, violents, psychoses chroniques, schizophrénies, autismes graves…). Le niveau de souffrance est beaucoup plus élevé et les psychiatres et toutes leurs équipes soignantes se sentent débordées par l'ampleur de la tâche : accueillir quelqu'un qui souffre intensément, peut être agressif avec ceux là même qui le soignent, conduit les soignants à développer des stratégies défensives de distanciation vis à vis de ces patients, alors que c'est le contraire qui est recherché dans les soins de bonne qualité. tous les moyens qui avaient été développés par les acteurs de la psychothérapie institutionnelle (secteurs de psychiatrie, clinique de la Borde…) pour humaniser la psychiatrie (clubs thérapeutiques, prises en charge extra-hospitalières dès que possible, visites à domicile, actions culturelles avec les patients, voyages thérapeutiques….) ont été progressivement déconstruits par les administrations successives depuis vingt ans, quelque soient leurs couleurs politiques, non seulement par une diminution des moyens financiers (ce qui se traduit par des non remplacements de personnels partant en retraite) et en formation. La psychiatrie en général et les psychiatres en particulier, mais pas seulement eux et de loin, connaît une régression sans précédents depuis que des décideurs qui n'y connaissent décidément pas grand chose à ce domaine mais se font conseiller essentiellement par des comptables. Comme disait Bonnafé "on mesure le degré de civilisation d'une nation à la manière dont elle considère ses malades mentaux". Ce qui me fait penser que notre civilisation a du chemin à parcourir pour devneir simplement humaine.

 
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  • Par Raymond75 - 30/01/2018 - 11:37 - Signaler un abus Ils devraient consulter un psy

    simple non ?

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Pierre Delion

Pierre Delion est pédopsychiatre. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages telles que la Fonction Parentale, Accueillir et soigner la souffrance physique de la personne et plus récemment La consultation avec l'enfant aux Editions Elsevier Masson.

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Jean-Paul Mialet

Jean-Paul Mialet est psychiatre, ancien Chef de Clinique à l’Hôpital Sainte-Anne et Directeur d’enseignement à l’Université Paris V.

Ses recherches portent essentiellement sur l'attention, la douleur, et dernièrement, la différence des sexes.

Ses travaux l'ont mené à écrire deux livres (L'attention, PUF; Sex aequo, le quiproquo des sexes, Albin Michel) et de nombreux articles dans des revues scientifiques.

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