Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 15 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Alerte aux déchets spatiaux : pourquoi tout ce qui n’est pas géré aujourd’hui risque de ne plus du tout l’être demain

Il n'y a pas que sur Terre que la pollution est problématique. Les déchets spatiaux qui gravitent autour de la planète sont la source de très nombreuses inquiétudes.

Wall-E

Publié le

Comment escompte-t-on "nettoyer" ces débris ?

Se débarrasser des débris existants est en effet étudié. Mais en dépit de concepts intéressants, il faut savoir qu'aucune mission de nettoyage n'est en cours. Au mieux des tests ont été menés. On parle de filets, de lasers pour intercepter les débris ou les détruire. Il convient de vérifier avant tout que le remède n'est pas pire que le mal. On pense aussi à des petits satellites qui viendraient se greffer à ceux devenus incontrôlables afin de les précipiter vers l'atmosphère en toute sécurité.​ Cependant, avant de nettoyer, il faut surtout éviter d'en rajouter !

La prévention, ou ce qu'on appelle les "bonnes pratiques", est un axe majeur d'action qui peut permettre d'éviter l'augmentation des défaillances du fait des collisions. L'idée est que les lanceurs doivent être conçus pour ne plus lâcher sur orbite des éléments susceptibles de devenir des débris. Lorsque c'est possible, on programme les étages supérieurs de lanceurs pour qu'ils finissent par rentrer dans l'atmosphère pour s'y consumer. Il faut avoir la même discipline pour les satellites.

Le CNES a d'ailleurs dans ce domaine une politique très "écologique" si on peut dire puisque l'agence française suit des pratiques visant à faire rentrer ses satellites en fin de mission dans l'atmosphère pour les détruire. Un satellite incontrôlable sur orbite est effet une source de débris en puissance. Il faut comprendre qu'avec le temps, certains revêtements externes peuvent se fragmenter et donc donner naissance à des débris. Parfois, des batteries explosent et dispersent alors des morceaux du satellite. On comprend dès lors que gérer la fin de vie des satellites est une des actions les plus importantes en vue de maintenir une orbite terrestre suffisamment propre. Je vais prendre un exemple récent concret. Le prochain satellite d'observation de la Terre européen, Sentinel-3B, partira avec plus de carburant que nécessaire pour sa mission. Ce surplus va servir à 2 choses. Tout d'abord, si Sentinel-3B est opérationnel au-delà des 7 ans d'activité pour lesquels il est prévu, on pourra continuer à l'utiliser, ce qui est toujours appréciable. Surtout, à un moment, on mettra à profit le carburant en plus pour contrôler la rentrée dans l'atmosphère du satellite qui ne pourra alors plus être une source de pollution. Si les satellites suivent des orbites trop hautes pour envisager un retour dans l'atmosphère, alors on les place sur des orbites dites cimetières où ils ne risquent plus de poser de problèmes.

Un scénario catastrophe souvent évoqué est celui d'un débris venant pulvériser un objet orbitant, créant d'autres débris et entraînant une réaction en chaîne. Ce genre de scénario est-il à l'ordre du jour aujourd'hui ?

C'est ce qu'on appelle le syndrome de Kessler du nom de Donald Kessler qui a mené une étude pour la NASA en 1978. Il a démontré qu'au-delà d'un certain nombre de débris, on risquait une réaction en chaîne incontrôlable. En gros, une collision entre 2 satellites provoque de nombreux débris qui détruisent d'autres satellites, ce qui crée d'autres débris et ainsi de suite. Ce syndrome a été popularisé de façon spectaculaire avec le film Gravity d'Alfonso Cuaron avec George Clooney et Sandra Bullock en 2013. On y voit la navette spatiale américaine et la Station Spatiale Internationale détruites suite à une multiplication des collisions du fait du syndrome de Kessler. Ce scénario catastrophique n'est pas à l'ordre du jour, car avant d'en arriver là, les accidents se multiplieront au point de poser un réel problème économique. De plus, aucun des acteurs de l'exploration spatiale ne souhaite en arriver là. C'est pourquoi la logique des bonnes pratiques, donc la prévention, reste à ce jour le meilleur moyen de préserver notre accès à l'espace.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€