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Alain Juppé ou la défaite par les mots

Les Français ont rejeté le chef trop injonctif, ils ont rejeté le technocrate trop explicatif, ils ont préféré l’âme française plus narrative. Cette primaire s’est jouée, non pas sur les idées somme toute assez proches pour chacun des candidats, mais d’un point de vue rhétorique et sémantique.

Le b.a.-ba

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Alain Juppé ou la défaite par les mots

Alain Juppé, auréolé de son expérience et de son entrée tonitruante dans la campagne de la Primaire n’a pas jugé utile de définir une stratégie de marque. Son produit lui semblait bon, technique, robuste, à l’épreuve du temps. Crédit GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Il était pourtant "le meilleur d’entre nous", de la rue de l’Ulm à Matignon, Alain Juppé aura brillé par son intelligence. Ministre à 5 reprises, dont trois fois avec le titre de ministre d’Etat, ses compétences sont indiscutables et c’est pour cela qu’il a été nommé. Et quand il a eu la mauvaise idée d’annoncer qu’il démissionnerait de ses fonctions ministérielles en cas d’échec électoral, il a dû faire ses valises car manifestement l’homme n’entraîne pas les foules. Il lui manque ce petit supplément d’âme qui fait vibrer.

Quand Nicolas Sarkozy parle, le chef s’exprime ; quand François Fillon parle, la France s’exprime ; quand Alain Juppé parle, l’ENA s’exprime.

Les Français ont rejeté le chef trop injonctif, ils ont rejeté le technocrate trop explicatif, ils ont préféré l’âme française plus narrative.

Cette primaire s’est jouée, non pas sur les idées somme toute assez proches pour chacun des candidats, mais d’un point de vue rhétorique et sémantique.

Pour Cicéron la rhétorique vise trois objectifs : instruire, charmer et émouvoir. On ne peut pas dire que les deux finalistes soient de brillants rhétoriciens mais François Fillon a su charmer et émouvoir. Il s’est battu, il y a cru et a transmis sa passion de la France. Chaque mot de ses interventions donne du sens à son engagement. Pour ou contre, là n’est pas le débat ; il a raconté la France qu’il veut sans tomber dans le piège de « nos ancêtres les Gaulois », il a exprimé une certaine idée de la France chère au Général de Gaulle, il a suscité l’émotion, réveillé les passions, il a écrit le storytelling d’une marque de droite qui se cherchait depuis 2012 quand elle a perdu ses filiales du centre. Il a repris l’ADN de la marque (le RPR), écrit la bible des valeurs et est revenu aux fondamentaux.

Alain Juppé, auréolé de son expérience et de son entrée tonitruante dans la campagne de la Primaire n’a pas jugé utile de définir une stratégie de marque. Son produit lui semblait bon, technique, robuste, à l’épreuve du temps, c’est la LADA de la politique française. Et Juppé a cru qu’un léger lifting lui donnerait l’air progressiste, social-démocrate et rassembleur mais la société française veut de l’authentique.

Juppé s’est trompé, sa  stratégie de communication ne pouvait plus reposer uniquement sur le produit et quelque considération électorale. Si dans le schéma d’Alain Juppé la marque n’est qu’un simple instrument de communication servant à promouvoir son produit, pour François Fillon la marque doit proposer du sens (commun !) et des mondes possibles établissant avec l’électeur une complicité qui dépasse le produit et s’enracine dans le discours. La marque de François Fillon est un projet de signification dont les idées ne sont qu’une des manifestations.

 
Commentaires

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  • Par Beredan - 29/11/2016 - 11:06 - Signaler un abus FLop

    Ce mondialiste qui arborait l'écharpe rouge pour rallier la Gauche au second tour , et qui avait débuté sa campagne par un pèlerinage à Alger et à Oran n'a eu que ce qu'il méritait...

  • Par moneo - 29/11/2016 - 12:29 - Signaler un abus Pourquoi nous avons assisté à une farce

    nos médias main street nous ont abreuvé de sondages le donnant grand favori . il fallait qu'il soit devant ,largement devant sarkozy;Le TSS a fonctionné à plein .ça n'a pas gêné les sondeurs qui ne connaissaient pas le corps électoral, n'avaient aucune antériorité ( mais les factures ne se refusent pas) de nous abreuver de contre vérités Le pire c'est que le vote était censé être celui du centre et de la Droite ;c'est devenu un exercice de manipulation de la Gauche , on devait absolument éliminer Sarkozy; ce que n'avait pas prévu les manipulateurs c'était que le rejet allait fonctionner des 2 côtés . Du coup si sarkozy disparaissait à cause de l'escroquerie électorale dénommée grand exercice de la démocratie par la gauche semblant être admirative mais surtout ravie du bon coup joué à son ennemi viscéral , on se retrouvait avec unFillon très largement devant .Sarko a très bien compris et immédiatement a dit à ses 20% de voter Fillon , la répétition du second tour simplement montré que sans magouille Juppé aurait été éliminé dès le premier tour et que le second aurait été plus serré (sans nouvelle magouille) Démocratie ? façon Orwell sans doute..

  • Par lepaysan - 29/11/2016 - 12:51 - Signaler un abus Excellent article

    effectivement , Juppé, c'est l'ENA, et Juppé et Sarkozy n'étaient pas en phase avec la droite traditionnelle, provinciale, discrète et pourtant si puissante et si cultivée, bien loin des ploucs décrits par Nicolas Sarkozy et ignorée par Juppé. la France, ce n'est pas Paris, surtout la France de droite.

  • Par raslacoiffe - 30/11/2016 - 18:06 - Signaler un abus Bien vu.

    Juppé est passé à côté de cette primaire en marchant sur la crête des sondages. De plus à l'issue des débats télévisés il était à chaque fois donné gagnant!!! D'accord avec Monéo sur l'attitude inqualifiable des électeurs de gauche, Cette manipulation rend les résultats du second tour encore plus cruels pour Juppé.

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr

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