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Al-Qaida toujours aussi dangereux seize ans après le 11 septembre 2001 ?

Seize années ont passé après les terribles attentats du 11 septembre 2001. La guerre contre le terrorisme lancée par le président G.W. Bush a laissé espérer que l’organisation Al-Qaida « canal historique » avait été si considérablement affaiblie que la nébuleuse ne représentait plus un risque majeur pour la planète.

16 ans

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Al-Qaida toujours aussi dangereux seize ans après le 11 septembre 2001 ?

Il s’est avéré que la guerre déclenchée en Afghanistan en 2001 a bien chassé les activistes d’Al-Qaida (et les taliban) en les éparpillant, majoritairement au Pakistan mais aussi pour une petite partie en Iran(1). C’est surtout la gestion des suites de cette intervention qui a été calamiteuse mais pouvait-il en être autrement dans ce pays où tous les envahisseurs ont fini par mordre la poussière(2) ?

Encore plus calamiteuses ont été les conditions de l’après-guerre d’Irak déclenchée en 2003 par Washington.

C’est là qu’a grandi la branche irakienne d’Al-Qaida « canal historique » qui a donné naissance à l’Etat Islamique d’Irak (EII) puis, après une première défaite en 2006, à l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) qui rompra avec la maison mère en 2014 en se faisant connaître sous l’acronyme Daech.

Cette branche dissidente de la nébuleuse, tout en ensanglantant la Syrie et l’Irak, a développé 18 franchises de par le monde et mené des actions terroristes, notamment en Europe. Cette organisation salafiste-djihadiste a tout fait pour que l’ensemble des Etats concernés conjuguent leurs efforts pour la neutraliser. Le pseudo-califat qu’elle a bâti sur les ruines syro-irakiennes est aujourd’hui en train de se déliter. Mais, en dépit de ce qui s’annonce comme une défaite militaire « classique », l’idéologie est toujours bien présente. De plus, Daech a eu le temps de former 40.000 étrangers (hors Syriens et Irakiens) et 7.000 Européens seraient sur le retour ou déjà revenus ! Sa stratégie à venir a été officiellement annoncée comme le « retour au désert » en référence à la période quand le prophète Mahomet a quitté la Mecque pour Médine. Ce fut alors une période très guerrière pour lui et ses disciples.

Daech va intensifier ses opérations de guérilla là où cela est possible (Syrie-Irak, Yémen, Sinaï, Afrique de l’Ouest, Birmanie, Indonésie, etc.) et mener des actions terroristes en utilisant des returnees et des fidèles locaux qui n’ont pas connu de théâtre de guerre et qui n’ont pas ou peu de liaisons avec l’extérieur : les « djihadistes solitaires » (qui peuvent d’ailleurs agir en groupe).

Mais Daech a tendance à faire oublier Al-Qaida « canal historique » qui a la même idéologie mais qui sait se montrer plus présentable. Son chef, le docteur Ayman al-Zawahiri, a invité en 2013 ses partisans à éviter les tueries de masse, particulièrement celles qui pourraient frapper des civils musulmans et des femmes et enfants innocents. Il privilégie les objectifs politiques et militaires. Il semble souhaiter se présenter comme un « extrémiste modéré ». C’en est à un tel point que dans certaines régions, des responsables politiques voient en Al-Qaida « canal historique » un interlocuteur valable.

De plus, il agit souvent sous faux pavillon. Ainsi, en Syrie, c’est le Hayat Tahir al Cham (HTC) qui s’est constitué autour de l’ancien Front al-Nosra - le bras armé d’Al-Qaida « canal historique » en Syrie -. Al-Nosra a officiellement rompu le 28 juillet 2016 les liens qui l’unissaient à la maison mère en prenant le nom de Fateh al-Cham. Il a ensuite fondé le HTC qui a chassé les autres mouvements rebelles, en particulier de la province d’Idlib. C’est la traduction sur le terrain de la stratégie d’Ayman al-Zawahiri qui a pour but de rassembler autour de ses forces d’autres formations rebelles même si elles ne partagent pas totalement la même idéologie ni les mêmes objectifs à long terme. C’est ainsi que le HTC est devenu la coalition d’opposition à Bachar el-Assad la plus importante avec au moins 30.000 activistes. Ce chiffre pourrait s'accroître dans l'avenir, les "transferts" vers le HTC étant nombreux.

 
Commentaires

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  • Par xenophon - 13/09/2017 - 16:29 - Signaler un abus Quel ennemi?

    Al qaïda, Daesh, l'islamisme politique? Cette approche globale permet de donner aux politiques un appui argumentaire pour prendre des mesures spectaculaires, comme Sentinelle par exemple en France où l'état d'urgence est décrété à grand bruit, à grand renfort de caméras, écoutes, n....attentats déjoués, c'est à dire intention d'attentats possible.. Mais le terrorisme qui nous concerne n'est pas à ce niveau! Un bonhomme loue un camion et fonce dans la foule en tuant 86 personnes. Aucun indice précurseur. C'est à ce type d'action auquel nous sommes essentiellement confrontés. Et la réponse est difficile à trouver, même par une accroissement de moyens "modernes". Après l'attentat, "On connaissait ce fiché S, mais pas assez de charges. On aurait pu...". Mais ceci est une autre histoire: la Justice est insensible aux "intentions" sans preuves matérielles. Peut-être heureusement d'ailleurs! Mais alors, quel est le coût véritable des Droits de l'Homme?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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