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Al-Joulani conforte son autorité sur la province d’Idlib pendant que les Américains s’installent dans la durée à l’est de l’Euphrate

Mohammad al-Joulani, l’émir de la coalition Hayat Tahrir al-Cham (HTC) qui tient environ 60% de la province d’Idlib a prévenu le 15 août les autres formations rebelles présentes dans la zone qu’il était hors de question de négocier avec le régime syrien.

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Al-Joulani conforte son autorité sur la province d’Idlib pendant que les Américains s’installent dans la durée à l’est de l’Euphrate

 Crédit Omar haj kadour / AFP

Mohammad al-Joulani apparaît aujourd’hui comme le principal opposant au régime syrien et il tente de discréditer les autres mouvements - surtout ceux soutenus par la Turquie - avec lesquels il est en conflit larvé. Il a explicitement déclaré : « Les armes de la révolution et du jihad constituent une ligne rouge [...], elles ne peuvent faire l'objet de marchandages et ne feront jamais l'objet de négociations […]Le fait d'envisager de capituler face à l'ennemi et de rendre ces armes est en soi un acte de trahison […] Le régime et ses alliés ont essayé de suivre la même méthode de ‘réconciliation’ qui a entraîné la chute des régions du Sud [...] mais dans le Nord nous avons arrêté les principaux impliqués et mis en échec leur plan ».

En effet, dans à peu près tous les groupes rebelles, des arrestations ont eu lieu dans les rangs de ceux considérés comme trop « modérés » qui représentaient « un risque » de capitulation. En réalité, cela permet à chaque commandant de renforcer son autorité en écartant tous ceux qui peuvent la remettre en cause. Accessoirement, des responsables sont aussi régulièrement assassinés sans que l'on connaisse les commanditaires de ces meurtres: services secrets turc, syrien, Daech, rivalités internes, etc.? Pour le moment, le mystère demeure.
 
Les avertissements lancés par Joulani sont destinés au Front national de libération - FNL, al-Jabhat al-Wataniya al-Tahrir -, une coalition soutenue par Ankara qui réunit des éléments de l’Armée syrienne libre (ASL) et le Front de Libération de la Syrie (FLS ou Jabhat Tahrir Souriya) qui a sous sa coupe le Ahrar al-Cham et le Noor al-Din al-Zenki. Les autres mouvements rebelles dans la région sont : le Jamaat Ansar al-Furqan fi Bilad ash-Cham, la branche officielle d’Al-Qaida en Syrie et une coalition créée autour du Hurras al Denn qui se revendique aussi de la nébuleuse. Des cellules clandestines de Daech sont aussi présentes.
 
De son côté, alors que Damas annonçait cet été le déclenchement d’une offensive imminente sur cette province, le gouvernement syrien a été stoppé net dans ses intentions par l’accord conclu le 17 septembre à Sotchi entre la Turquie et la Russie avec l’assentiment de Téhéran. Cet accord concerne l’établissement d’une zone démilitarisée de 15 à 20 kilomètres de profondeur. Elle doit séparer à partir du 15 octobre les rebelles - tous mouvements confondus - des forces gouvernementales. Tous les armements lourds se situant dans cette zone doivent être repliés pour le 10 octobre. Son intégrité doit être contrôlée en permanence par des postes militaires russes et turcs. Des patrouilles communes devront être menées.
 
Le mystère réside dans la manière dont les rebelles installés sur des positions défensives (zones principalement tenues par les mouvements soutenus par Ankara) couvertes par la zone démilitarisée vont accepter de se retirer et où ils vont se positionner, d'autant que le nord de la province est plutôt le domaine du HTC. Le risque d'affrontements n'est pas négligeable.
 

Et pendant ce temps là, les Américains s’installent dans la durée

 
Si le problème semble (très) momentanément réglé dans la province d’Idlib car on se dirige vers une solution à la « chypriote » sauf que ce n’est pas l’ONU qui est placée en force d’interposition, le régime syrien doit aussi faire son deuil de son territoire situé à l’est de l’Euphrate puisque Washington va y maintenir des troupes « en soutien » des Forces démocratiques syriennes (FDS) tant que l’Iran n’aura pas retiré ses hommes et les milices chiites qu’il est supposé contrôler (Hezbollah libanais, milices irakiennes, afghanes et pakistanaises). En effet, John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche a déclaré le 24 septembre : « Nous ne partirons pas tant que les forces iraniennes resteront en dehors des frontières iraniennes, et cela inclut les alliés de l'Iran et les milices armées ». C’est la première fois que Washington lie un retrait de ses forces militaires, non plus à la victoire contre Daech, mais à la présence de forces dépendantes de l’Iran en Syrie. En clair, la « lutte contre le terrorisme » en Syrie n’est plus qu’un prétexte car il s’agit désormais pour les États-Unis de contrer l’influence jugée pour le moins « envahissante » de l’Iran au Proche-Orient.
 
 
 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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