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Agriculture : les dérives du principe de précaution

Quand on évoque ce fameux "principe de précaution", il convient de commencer par comprendre la diversité des points de vue et des intérêts, et de se demander "qui veut se protéger de quoi"…

A toutes les sauces

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C’est ainsi que des chercheurs de l’INRA viennent de publier dans la revue Nature plants du 27 février 2017 une étude statistique intitulée "Réduire l’usage des pesticides sans perte de performance", comparant les pratiques de fermes similaires ; elle montre qu’actuellement, on pourrait diminuer en moyenne de 30 % l’usage des pesticides en France, sans aucun effet sur la production, ni sur la rentabilité des exploitations ! On est typiquement là dans le principe de précaution : ces agriculteurs qui en utilisent davantage que leurs collègues ne sont pas encore prêts aux adaptations conséquentes de leurs systémes de culture qui doivent accompagner ce désengagement du tout chimique : diversification des cultures, introduction de cultures rustiques ou de prairies temporaires, diversification des variétés, ajustement des dates de semis et des modalités de fertilisation, utilisation des techniques de faux-semis et de désherbage mécanique, abandon du labour, semis conjugués de plusieurs espèces et variétés, agroforesterie, etc.

Tant qu’on ne se sent pas pour "tout changer", il reste logique de surutiliser les pesticides … par précaution.

Rien n’est simple en la matière : regardons par exemple la campagne des producteurs de banane de Martinique et Guadeloupe au dernier Salon de l’agriculture : ils ont admis qu’ils n’avaient pas encore la label bio européen, bien qu’ils aient réduit de 61 % leur usage de pesticides. Mais ont signalé que leurs bananes ont en fait moins de résidus de pesticides que les bananes dites "bio" importées du Costa Rica, de l’Équateur, du Brésil ou de Saint-Domingue, pays où les normes bio sont moins exigeantes et tolèrent l’utilisation de pesticides carrément interdits en Europe ! Là, le principe de précaution conduirait à préférer le non-bio des Antilles françaises au bio d’autres pays !

Souvenons-nous, le dernier gros scandale sanitaire en Europe fut celui des graines bio germées allemandes, qui ne contenaient pas de pesticides, mais qui ont quand même tué 46 Allemands et blessé plusieurs milliers. Dans ce cas, le principe de précaution consistait-il à se méfier des pesticides, ou bien des maladies bien naturelles de ces graines, causées par des bactéries ECEH, naturelles mais mortelles !

On a vu que pendant l’épidémie de Chikungunya à La Réunion, la population a été nettement moins regardante sur l’utilisation d’insecticides. Là, l’application du "principe de précaution" voulait dire : débrouillez-vous pour éradiquer les moustiques avant qu’ils nous piquent ! Gageons que nous risquons maintenant d’avoir une progression des cancers dans l’île dans quelques décennies… Idem pour l’épidémie de Zika au Brésil, pendant laquelle le mot d’ordre a été : "Venez à bout du moustique avant qu’il provoque des malformations à nos enfants".

Quand on évoque ce fameux "principe de précaution", il convient donc de commencer par comprendre la diversité des points de vue et des intérêts, et de se demander "qui veut se protéger de quoi"…

 
Commentaires

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  • Par ermonty - 20/03/2017 - 10:59 - Signaler un abus Oui, mais on reste sur sa faim

    Bon article qui montre bien la complexité du problème. Cependant cela reste de l'analytique "superficiel" sans réflexion de fonds sur les solution. C'est vrai qu'en théorie on" pourrait diminuer en moyenne de 30 % l’usage des pesticides" sauf qu'une majorité des agriculteurs français n'a pas la formation, le temps ni l’énergie de complétement se "réinventer" à une époque où ils sont à bout, déboussolés et étranglés par un système qui n'est même plus capable de régler les échéances de la PAC (cf aides bio, Mae non encore payées, ATR en retard de plusieurs mois,etc..) et où les prix sont entièrement contrôlés/manipulés soit par la grande distribution soit par les bourses de denrées agricoles. On voit bien là l'intellectualisme hors-sol,grande spécialité des élites françaises mais on attends toujours le sens du terrain et des actions efficaces et utiles.

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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