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Les agriculteurs peuvent-ils réduire leur dépendance en pesticides ?

Le ministère de l'Agriculture organise ce vendredi une journée sur le thème "Produisons autrement" dans le cadre d'un plan plus large visant à la réduction de la dépendance des exploitations agricoles aux pesticides, tout en assurant la viabilité économique des agriculteurs.

Rustique

Publié le 26 octobre 2012
 
Le ministère de l'Agriculture organise ce vendredi une journée sur le thème "Produisons autrement".

Le ministère de l'Agriculture organise ce vendredi une journée sur le thème "Produisons autrement". Crédit Antoine Jeandey - WikiAgri

Atlantico : Une journée sur le thème du produire autrement, sans pesticides, est organisée ce vendredi par le ministère de l'Agriculture. Les pesticides sont-ils aujourd'hui indispensables dans la production agricole française ?

 

Marc Dufumier : Dans la configuration actuelle des choses, les pesticides s'avèrent nécessaires pour un grand nombre d'agriculteurs parce que les variétés végétales qu'ils utilisent et les semences auxquelles ils ont accès sont tels que la sélection de ces variétés a été réalisé dans des stations expérimentales où on a comparé les variétés entre elles d'après leur rendement mais dans des conditions d'artificialisation extrême. Une telle sélection est capable de fournir de très hauts rendements à l’hectare à la condition de pouvoir reproduire les conditions de la station expérimentale qui sont l'étendage d'engrais de synthèse et de produits phytosanitaires.

 

Comment envisager la réduction partielle ou totale des pesticides dans la production agricole française ?

 

Un rapport de l'INRA indique en effet qu'une diminution de l'ordre de 30 % serait possible sans changement radical des systèmes de production. Mais pour ce qui est des objectifs initiaux du Grenelle de l'environnement qui étaient de réduire de moitié les pesticides, le rapport a été très clair en affirmant que ce n'était pas possible sans un changement radical des systèmes de production. Cela impliquerait d'avoir recours à des variétés végétales beaucoup plus rustiques que celles utilisées actuellement et faire un effort en matière de recherche agronomique pour pouvoir, à partir de variétés anciennes, repratiquer une sélection sur des critères qui seraient plutôt la rusticité et la résilience à des attaques d'agents pathogènes ou d'insectes prédateurs.

 

Il faudrait également passer à la recherche d'insectes auxiliaires, étant souvent des « ravageurs de ravageurs » : la coccinelle qui neutralise le puceron, le scarabée qui neutralise la limace, etc. On ne tue donc plus les ravageurs mais on les neutralise par des concurrents ou des prédateurs. C'est très savant car on joue sur des équilibres écologiques mouvants qui permettent de sensiblement diminuer l'impact de ces pathogènes. Cela suppose une moindre artificialisation en remettant en place des infrastructures écologiques, mais aussi une rediversification de nos rotations et de nos assolements et remettre en particulier des plantes de la famille des légumineuse, pas seulement sur le plan agronomique mais aussi pour le maintien d'une faune très équilibrée. Cela implique, et cela doit se faire de toute urgence, d'enrayer l'effondrement des abeilles, qui est dû à plusieurs facteurs dont celui de l'utilisation de certains pesticides.

 

On est devant une agriculture beaucoup plus artisanale et soignée qui va moins jouer sur les économies d'échelle mais qui aura pour avantage d'être plus exigeante en termes d'emploi.

 

 


Commentaires

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  • Par cbrunet - 27/10/2012 - 08:30 - Signaler un abus Le coupable ?

    L'état gère les autorisations de vente des pesticides , les fonctionnaires qui décident de ces autorisations sont plus que choyés par les firmes phyto-pharmaceutiques ,et l'agriculteur paye cher y compris et surtout au niveau de la santé . Mais depuis quand on plaint les paysans ? Il n'en reste plus !

  • Par BOUM - 26/10/2012 - 22:12 - Signaler un abus C'ets beau, mais...

    Bon article. Bien que n'étant pas écologiste politique, je défends cette orientation pour plusieurs raisons:
    - je n'oublie pas que l'homme est d'abord un élément de la nature et non un produit de l'industrie chimique;
    - à quoi sert-il d'augmenter la production agricole en saturant notre systèmes de pesticides si c'est pour d'un autre côté faire exploser le nombre de cancers et polluer notre environnement? Nourrir les chinois mérite t il de tuer les Français ?
    - je crois effectivement que l'avenir de l'agriculture française (pays de la gastronomie et del'art de vivre) passe par des produits de qualité. Le régime BIO ou au moins l'agriculture raisonnée est l'avenir. Laissons la surexploitation au Brésil, ils s'en mordront les doigts.
    - les agriculteurs sont fortement attachés à la qualité de leurs produits et au lien qui les unis à la terre; je crois effectivement qu'ils agréeraient ce changement s'il était accompagné et étalé dans le temps.
    Toutefois, cela ne marchera que si l'on contrôle aussi ce qui vient de l'extérieur (monde, Europe) et si l'on calme les ardeurs mercantiles des grandes centrales d'achat. Et là, le combat n'est pas gagné.

  • Par Ravidelacreche - 26/10/2012 - 19:29 - Signaler un abus Marc Dufumier, ingénieur agronome

    La nature est bien faite , j'ai connu un docteur Ducimetière, :o)

  • Par laurentso - 26/10/2012 - 15:42 - Signaler un abus Eh pecqror !

    On a compris que vous voulez le "Point Goodwin d'or" de l'année! La bataille est rude mais vous avez vos chances...

  • Par suzana - 26/10/2012 - 14:14 - Signaler un abus Et que veulent les écolos.... un génocide alimentaire

    Pecqror, que voulez vous dire par "génocide alimentaire"? Si des écolos tentent d'informer et convaincre les agriculteurs d'utiliser moins de pesticides, de quel génocide est-il question?

  • Par pecqror - 26/10/2012 - 12:29 - Signaler un abus Dufumier: les pesticides, "mein kampf" (mon combat)

    On sait qu'Heinrich Himmler était un grand ami des animaux. On sait moins qu'il était un grand défenseur des produits naturels:
    « L’alimentation est trafiquée, mêlée d’ingrédients supposés la faire durer plus longtemps ou l’enrichir. Nous sommes dans les mains des entreprises alimentaires qui, par la puissance de la publicité, nous prescrivent ce que nous devons manger ». Par H. Himmler,
    Et on se rappelle avec quel enthousiasme le régime nazi avait embrassé les politiques eugénistes: à peu près autant qu'il en avait mis dans l'interdiction de la vivisections des animaux.

  • Par pecqror - 26/10/2012 - 12:07 - Signaler un abus Qui est Marc Dufumier!

    Marc Dufumier est président de la nouvelle association pour la Fondation René Dumont.
    Qui est René Dumont.
    René Dumont s’extasiait devant le modèle chinois de Mao Tsé-toung dont il vantait le modèle éducatif
    « Dès 10 ans,. les écoles chinoises organisent des ateliers, dont la production est vendue. Voici donc des enfants qui participent à la production, ne sont plus des parasites, et se montrent au contraire très fiers de collaborer déjà à la construction du socialisme ».
    Ou encore..
    « l’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse. »
    Et que veulent les écolos comme Dufumier.... un génocide alimentaire.

  • Par totor101 - 26/10/2012 - 10:50 - Signaler un abus question mal posée !

    la bonne question :"les agriculteurs VEULENT ils réduire leur dépendance aux pesticides"
    Mais ils sont tellement conditionnés par l'industrie chimique que l'on peut en douter

Marc Dufumier

Marc Dufumier, ingénieur agronome, est l'un des spécialistes mondiaux de l'agriculture. Directeur de la chaire d'agriculture comparée à AgroParistech, il est régulièrement sollicité par les gouvernements étrangers pour les aider à réformer leurs systèmes agricoles.

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