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Afrin : l’étonnante opération à haut risque entreprise par la Turquie en Syrie

L'opération militaire lancée par la Turquie dans la nuit du 19 au 20 janvier dans la région syrienne d'Afrin montre qu'Erdogan n'a pas l'intention de s'arrêter à la chute de l'Etat islamique.

Bonjour Syrie

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Afrin : l’étonnante opération à haut risque entreprise par la Turquie en Syrie

Pressenties depuis plusieurs semaines, annoncées depuis plusieurs jours, l’attaque de la Turquie sur la région d’Afrin a débuté dans la nuit de vendredi à samedi par le pilonnage de positions tenues par les rebelles kurdes du PYD – tant par des moyens aériens que par l’artillerie – et par des tentatives d’incursion semble-t-il repoussées pour l’instant. Selon plusieurs sources, ces dernières tentatives seraient plus le fait des milices connues sous le nom d’Armée Syrienne Libre, et soutenues par la Turquie, que des forces turques proprement dites.

Ce nouveau développement du conflit syrien survient dans une conformation particulièrement périlleuse et interroge les réelles motivations de Recep Erdogan, le maître sans partage de la « nouvelle Turquie ». En termes de politique extérieure, l’opération est en effet risquée pour Ankara.

D’une part, les Kurdes syriens du PYD sont soutenus par les Etats-Unis dans leur lutte contre les diverses factions islamistes. Autrefois, il s’agissait de contrer l’Etat islamique ; désormais il s’agit de combattre les diverses branches des rebelles prétendument « modérés » – Ahrar al-Sham et Hayat Tahrir al-Sham anciennement connu sous le nom de Front Al-Nosra affilié à Al-Qaïda. Erdogan, soutien de toujours des islamistes, a averti que les instructeurs américains, membres des forces spéciales, opérant sous l’uniforme des YPG – les forces armées du PYD – pourraient être pris pour cible dans le canton d’Afrin mais également plus à l’Est, au Rojava (région de Kobané).

Un blanc-seing russe ?

D’autre part, les forces russes sont également présentes dans ce canton d’Afrin et surtout – elles gardent une maîtrise totale de l’espace aérien syrien, maîtrise renforcée par la mise en place de missiles S400 à proximité de la base de Tartous. En outre, l’Armée Arabe Syrienne – force légitime du pays au service du président Assad – a également annoncé qu’elle abattrait tout appareil militaire turc pénétrant dans son espace aérien. Dans ces conditions, Il est hautement improbable que l’opération n’ait pas bénéficié d’un assentiment au moins tacite donné par le pouvoir russe, en dépit des avertissements de façade lancés par Sergeï Lavrov contre toute incursion turque. Il n’empêche que sur le terrain, la situation pourrait être tout autre que dans les alcôves d’ambassades et que des accrochages se produisent. 

Bien évidemment, l’appareil d’Etat turc qui mène une politique viscéralement anti-kurde ne pouvait tolérer plus longtemps la perspective d’une région autonome sous l’égide du PYD dans le nord de la Syrie. C’est d’ailleurs sous la bannière de la lutte contre le « terrorisme » qu’Ankara a placé son opération. Jusqu’à présent cependant, la Turquie avait réussi à conjurer cette possibilité par l’emploi de voies politico-diplomatiques plus que militaires. L’agression d’Afrin apparaît donc plutôt comme un aveu d’impuissance de la part d’une Turquie plus isolée que jamais, que comme une démonstration de force. De plus, Ankara prend le risque très palpable de voir à nouveau le conflit se propager sur son propre territoire : la destruction opérée par l’armée turque des centres urbains comme Sirnak, Nusaybin ou Cizre n’a nullement atteint la guérilla du PKK, idéologie et militairement proche du PYD.

 
Commentaires

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  • Par wwmat - 23/01/2018 - 09:41 - Signaler un abus "Avant la chute de l'etat islamique"

    Ce titre est une blague. Erdogan à été un des principaux appuis de l'EI, a acheté le pétrole de l'EI, a fourni l'EI en djihadiste du monde entier. Il aura fallu la tentative de coup d'état manqué des USA contre la Turquie pour que cette dernière se rapproche de Poutine (qui a tjr gardé son sang-froid même quand Erdogan faisait abattre un de ses avions). Maintenant que les USA tentent de voler le pétrole syrien dans la région frontalière par l’intermédiaire des Kurdes et autres groupes terroristes, comme « Al Nostra qui fait du bon boulot », les USA se rendent compte qui ne sont plus les seuls sur la scène internationale.

  • Par Pourquoi-pas31 - 23/01/2018 - 14:35 - Signaler un abus Opération "Rameau d'Olivier" = Opération de guerre

    Cela fait plusieurs années que je vous parle de sa dangerosité et elle commence à apparaitre au grand jour. Erdogan commence à envahir son voisin, c'est un Hitler musulman avec beaucoup plus de soldats religieux que l'autre qui était national-socialiste et n'avait que le peuple allemand à sa disposition. Qui va l'arrêter dans son nouveau génocide ? Est-ce que cela va devenir une spécialité turque ? Le Kalif turc continue sa guerre religieuse ! Similitude avec la guerre 39-45, on commence par envahir son voisin et on observe les réactions du monde. Pas de forte réaction alors on continue.

  • Par ajm - 23/01/2018 - 16:39 - Signaler un abus Pétrole syrien.

    WWmat L'histoire des USA et du pétrole syrien ce n'est pas du tout sérieux. : les USA ont tout le pétrole et le gaz qui leur est nécessaire et meilleur marché chez eux (developpement du gaz de shiste) et chez leur allié Saoudien. Ils n'ont que faire des petits gisements syriens. Par contre, pour les Kurdes, c'est un moyen de pression de premier ordre vis à vis du pouvoir de Damas.

  • Par wwmat - 24/01/2018 - 07:35 - Signaler un abus @ ajm

    Et pourtant... la Syrie a été déstabilise par le soi-disant printemps arabes orchestre par l’Arabie Saoudite et les USA pour la construction d'un gazoduc permettant à l’Europe de s'affranchir du gaz russe. Ce n'est qu'une guerre commerciale pour les énergies fossiles de plus menée par les USA. J'aimerais que vous ayez raison et que les USA reste le pays qui me faisait rêver dans ma jeunesse et que je déteste pour ce qu'il est devenu (et ce n'est pas à cause de Trump)

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Laurent Leylekian

Laurent Leylekian est analyste politique, spécialiste de la Turquie.

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