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Afghanistan : cet inquiétant rapprochement entre la Russie, l'Iran et... les talibans

Alors que le rapprochement entre la Russie, l'Iran et les talibans inquiètent fortement le gouvernement afghan et les Etats-Unis, cette nouvelle donne géopolitique pourrait bien perturber les équilibres géopolitiques - déjà très précaires - de la région.

Sac de noeuds

Publié le - Mis à jour le 14 Août 2017
Afghanistan : cet inquiétant rapprochement entre la Russie, l'Iran et... les talibans

Atlantico : Alors qu'une bonne partie de l'attention médiatique internationale se concentre sur le théâtre syrien, la Russie et l'Iran se seraient rapprochés ces derniers temps des talibans en Afghanistan, une situation qui inquiète notamment les États-Unis, qui pointent le risque de déstabilisation du gouvernement afghan. Dans quelle mesure un rapprochement Russie – talibans peut-il effectivement représenter une menace pour la stabilité de cette zone ?

Alain Rodier : Il est vrai que des responsables de groupes taliban ont eu des contacts avec des Russes au Tadjikistan et même à Moscou. De son côté, Téhéran a toujours joué un rôle complexe dans l’ouest de l’Afghanistan où les taliban ne sont pas - ou très peu - présents.

Maintenant, le terme "taleb" (1) est un générique qui regroupe de nombreuses formations diverses et variées. D’ailleurs, il existe des différences entre les taliban afghans et pakistanais même si des liens existent. Un élément majeur pour tenter de comprendre la situation, c’est que la société afghane reste profondément tribale. Pour compliquer l’équation, des chefs ex-taliban sont passés du côté de Daech ! Alors, il serait utile de savoir quels groupes participent à ces pourparlers. Il est possible que l’on soit dans des effets de manches qui n’auront pas de traduction réelle sur le terrain.

L'ambassadeur russe en Afghanistan, Alexander Mantytskiy, assure que les liens avec les talibans visent à "assurer la sécurité en Asie centrale", arguant du fait que les talibans combattent l'État Islamique. Est-ce une réalité concrète sur le terrain ? Tous les groupes talibans présentent-ils un front uni contre l'EI ?

Il y a effectivement une guerre en Afghanistan - et au Pakistan - entre des partisans de Daech, anciennement membres des taliban ou même d’Al-Qaida "canal historique" et les autres mouvements islamistes radicaux. Il est à noter que très peu d’activistes de Daech sont venus de l’extérieur. Ce sont des militants locaux qui ont changé de bannière car Daech était en "odeur de victoire".

Mais surtout, les moudjahiddines - de toutes tendances - sont dans leur majorité opposés au pouvoir central de Kaboul. Ce dernier oublie aussi un peu vite qu’il a bien tenté des ouvertures vers les taliban mais elles ont été rejetées par la majorité d’entre eux. Pourquoi négocieraient-ils alors qu’ils savent qu’ils prendront Kaboul quand les derniers soldats de l’OTAN auront quitté le pays ?

Pour les Pakistanais qui jouent un rôle central dans la région, les "bons taliban" sont ceux qui n’attaquent pas Islamabad ! Par contre, ils sont utiles pour installer un pouvoir "ami" à Kaboul. Il ne faut pas oublier que l’Afghanistan assure la profondeur stratégique aux Pakistanais face à la "menace indienne". Si des négociations sérieuses doivent avoir lieu, les Pakistanais seront incontournables.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 30/12/2016 - 22:11 - Signaler un abus Si Poutine prend des contacts avec les futurs

    maîtres de Kaboul, c'est pour mieux les contrôler. Et aussi, parce qu'il sait que les USA n'ont plus les moyens de leur doctrine droidelhommistes, semeuse de chaos, partout...les russes s'apprêtent à faire ce qu'ils ont toujours fait avec leurs Républiques musulmanes: imposer la soumission par un dialogue "actif". Contrairement aux droidelhommistes à la Kerry-Kouchner-Levy, qui ont infesté les institutions internationales, ils savent que les musulmans réagissent favorablement aux démonstrations de force. Faisons-leur confiance pour trouver les réponses adéquates, dans cette partie du monde dont ils ont l'expérience...

  • Par Gordion - 31/12/2016 - 11:04 - Signaler un abus @A.Rodier

    ..au delà des luttes d'influences tribo-ethno-religieuses, la minorité chiite d'Afghanistan est également instrumentalisée par l'Iran - sans oublier leur implication dans le conflit syro-irakien - peut-elle constituer un rempart contre les radicaux sunnites en Afghanistan? De manière générale, quelles sont les relations entre Iran et Pakistan, et les Russes peuvent-ils également, via le rapprochement entre l'Iran et les talibans, soutenir indirectement leur allié contre la menace pakistanaise (le Pakistan est un pays trouble, aussi bien dans son rôle géopolitique local et international - les fameuses décisions onusiennes et autres sur l'interdiction du blasphème anti-musulman). Merci

  • Par Gordion - 31/12/2016 - 11:05 - Signaler un abus rectificatif..

    .."soutenir leur allié indien"...

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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