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L’affrontement des sédentaires et des nomades

Comment traduire les termes "Somewheres" et "Anywheres" pour décrire les corps électoraux qui s'opposent à travers le Brexit ou l'élection de Trump ?

Disraeli Scanner

Publié le
L’affrontement des sédentaires et des nomades

Londres, 
Le 11 février 2018, 

Mon cher ami, 

J’ai peu de temps, cet après-midi de dimanche, pour vous écrire. Mais je voulais vous poser une question qui me semble importante pour les débats que vous avez en France. Vous avez certainement entendu parler du livre de David Goodhart intitulé The Road to Somewhere: The New Tribes Shaping British Politics (La route qui mène quelque part: les nouvelles tribus de la politique britannique). Goodhart a publié son livre en mars 2017, deux mois après l’inauguration de Trump et neuf mois après le Brexit. La nouveauté de ses analyses tient à ce que ce représentant des libéraux (il est le fondateur du magazine Prospect) ne rejette pas les « déplorables » qui ont fait passer le Brexit ou voté Trump dans les ténèbres extérieures.

Il les prend au sérieux et commence par leur donner un nom positif - et vous allez voir où je veux en venir. Il les appelle, en anglais, les « somewheres »; tandis que les électeurs d’Hillary Clinton ou les partisans du Remain sont les « Anywheres ». 

Un long détour pour vous poser ma question: comment traduiriez-vous ces deux désignations en français? La langue anglaise a une extraordinaire flexibilité et l’on peut facilement y transformer des adverbes en noms. Mais direz-vous en français « les quelque part » et les « nulle part »? Cela ne serait pas compris, surtout si vous faisiez l’accord au pluriel, comme l’anglais peut le faire. Quels termes alors utiliser? J’ai regardé sur internet s’il y avait des compte-rendus, mais soit les auteurs francophones contournent la difficulté (« les Anywhere »); soit ils inventent des mots qui ne passent pas (par exemple « nullepartiste » et quelquepartiste »). Faut-il parler des « enracinés » et des « déracinés ». Je me disais que le mieux serait sans doute de parler des «sédentaires » et des « nomades ». Qu’en pensez-vous? Etant bien entendu que les nomades sont élitistes et les sédentaires tendent au populisme. Mais, en anglais, parler de « somewheres » et d’ « anywheres » est assez neutre, avec même une coloration positive pour les premiers, un peu comme « sédentaire ». 

La force est l’originalité du libre de David Goodhart, c’est qu’il ne croit pas que l’on puisse ignorer les aspirations des sédentaires. A la différence de bien des commentateurs libéraux des élections de 2016, Goodhart pense qu’il est nécessaire, politiquement, de trouver un compromis, de sceller un pacte entre les sédentaires et les nomades. Pour lui, l’élitisme est autant une impasse que le populisme. Dans la préface à l’édition de poche de son ouvrage, il constate bien le résultat des élections de 2017: Macron, qu’il appelle un « nomade fier de l’être » a largement battu la candidate des sédentaires. Theresa May a raté la majorité absolue (même si Goodhart, à la différence de beaucoup de commentateurs, met en valeur la capacité de Madame May à attirer à elle 60% des ouvriers ayant voté UKIP, contre seulement 18% pour le Labour). Et, enfin, malgré un sévère recul, Angela Merkel a réussi à garder la main sur le jeu politique allemand. Mais, ajoute justement Goodhart, Ni Macron ni Corbyn n’ont la solution pour leur pays. Et vous conviendrez avec moi de la faiblesse de l’accord que vient de signer Angela Merkel avec les sociaux-démocrates pour reconstituer une « Grande Coalition». 

 
Commentaires

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  • Par guy bernard - 12/02/2018 - 10:17 - Signaler un abus une conquête de territoire

    c'est une très belle analyse, et elle est largement transposable, puisque ce qu'on appelle une immigration est en réalité une conquête de territoire, au Royaume-Uni comme chez nous. il va de soi que les conséquences ne sont plus les mêmes et la gestion de la problématique non plus. c'est donc le territoire de la republique qu'il nous faut maintenant défendre.

  • Par vangog - 12/02/2018 - 13:02 - Signaler un abus Oui, mais comment?...

    seul le Front National a les solutions de défense du territoire et des valeurs de la République! Application non laxiste des lois françaises, expulsion des clandestins, négociation avec l’UE pour rétablir les frontières européennes, assimilation sur la base de l’amour de la France et du respect de sa culture...il n’y a plus à tortiller!

  • Par Ganesha - 12/02/2018 - 17:27 - Signaler un abus Souverainistes !

    Mr Disraëli, vous êtes une ''vraie jeune-fille'' ! Pudique et rougissante ! Le mot ''sexe'' vous fait peur ? Je vais vous en prononcer un autre, encore mille fois plus choquant et effrayant ! En français, les partisans du ''remain'', ceux qui ont voté pour Trump et May, étaient autrefois désignés par le terme de ''nationalistes''. Mais cela rappelle un peu trop les rois et empereurs, qui cherchaient en permanence à envahir militairement ou à coloniser le monde entier. Aujourd'hui, ils sont plutôt SOUVERAINISTES ! C'est moins guerrier, moins xénophobe. Ils ne cherchent pas l'isolement, pas la ''fermeture des frontières'', absolument pas la fin du commerce international et des échanges ! Tout ces arguments, c'est la propagande débile des ''experts médiatiques'' et des nigauds qui viennent jouer les perroquets ''libéraux'' sur Atlantico. . Ils exigent simplement que les autres nations les respectent autant qu'ils les respectent. Si le peuple français avait atteint le même niveau de maturité politique que les anglais et les américains, c'est bien Marine Le Pen qu'il aurait élu !

  • Par Deudeuche - 12/02/2018 - 19:34 - Signaler un abus @Ganesha

    Bravo! Non mais sérieux, sans sous entendu acide, bravo!

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Disraeli Scanner

Benjamin Disraeli (1804-1881), fondateur du parti conservateur britannique moderne, a été Premier Ministre de Sa Majesté en 1868 puis entre 1874 et 1880.  Aussi avons-nous été quelque peu surpris de recevoir, depuis quelques semaines, des "lettres de Londres" signées par un homonyme du grand homme d'Etat.  L'intérêt des informations et des analyses a néanmoins convaincus  l'historien Edouard Husson de publier les textes reçus au moment où se dessine, en France et dans le monde, un nouveau clivage politique, entre "conservateurs" et "libéraux". Peut être suivi aussi sur @Disraeli1874

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