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L’affaire Hulot à l’ère de la grande confusion du #BalanceTonPorc : qui sait encore donner du sens au moloch politico-médiatique ?

Entre présomption d’innocence, lynchages publics, moralisation & lutte contre les abus de pouvoir et une certaine culture de tolérance pour les abus sexuels, les postures et les principes valsent en fonction des intérêts des uns et des autres. Mais comment (re)trouver un équilibre ?

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L’affaire Hulot à l’ère de la grande confusion du #BalanceTonPorc : qui sait encore donner du sens au moloch politico-médiatique ?

Atlantico : Tandis que le mouvement #Metoo prenait naissance aux Etats-Unis suite à la longue enquête réalisée par le New Yorker et consacrée à Harvey Weinstein, sa version française naissait suite aux accusations de Sandra Muller, aujourd’hui poursuivie pour diffamation, à l'encontre d'Eric Brion, sur son compte Twitter. Un mouvement qui a pu être soutenu notamment par Marlene Schiappa ou Nicole Beloubet. Dans quelle mesure le mouvement français a-t-il pu produire une grande confusion sur cette question ?

En réfutant les accusations une journée avant leur publication, Nicolas Hulot ne participe-t-il pas lui-même à cette confusion en ouvrant une fenêtre de 24 heures d'emballement médiatique alors que les "révélations" sont encore inconnues ? 

Eric Deschavanne : Vous avez raison de marquer la différence : l’affaire Weinstein est une véritable affaire de harcèlement sexuel, dévoilée par une authentique enquête journalistique. A l’inverse, les propos dont s’est plainte Sandra Muller, qui fut à l’origine du #balancetonporc, ne sont objectivement pas assimilables à du harcèlement, puisque qu’il n’y eut aucun caractère répétitif et qu’il n’existait aucun rapport d’autorité entre elle et le prétendu « harceleur ». On assiste en l’occurrence à l’alliance infernale du populisme médiatique (cette tendance des médias à relayer complaisamment les buzzs partant des réseaux sociaux) et de la politisation de l’intime à laquelle se livre le néo-féminisme.

Cela dit, je ne crois pas qu’on puisse pousser très loin l’opposition des situations françaises et américaines, dans la mesure où les phénomènes de mode idéologique et d’emballement médiatique sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique – l’Amérique donnant d’ailleurs le ton en matière de « politiquement correct ». La « confusion », en matière de politisation et de médiatisation de l’intime, est structurelle : on s’efforce de produire de la transparence et un discours simple dans un domaine opaque et ambigu par essence. Au sein de la zone grise que l’on entreprend d’explorer, et qui s’étend du viol au rapport de séduction heureux et harmonieux, tous les cas de figure et toutes les interprétations sont possibles. En matière de harcèlement sexuel, la confusion est du reste d’ores et déjà inscrite dans la loi française depuis 2002 - la réécriture de la loi ayant délibérément omis de donner de la notion une définition précise et rigoureuse.

Nous sommes donc je pense, pour le meilleur et pour le pire, durablement voués à la confusion des problèmes, de l’information et de la discussion. Pour le meilleur, parce cette confusion permet en effet de débattre de questions dont on ne débattait pas auparavant, et de mettre au jour quelques injustices. Pour le pire, on le voit tous les jours, parce que l’objectivité, la mesure et l’honnêteté intellectuelle ne sont pas les points forts des médias et des idéologues qui, sur ce sujet, travaillent main dans la main.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 09/02/2018 - 09:19 - Signaler un abus Surprenants dérapages

    L'avantage de ce troisième article sur le ''cas Hulot'', c'est qu'il va permettre de bien repérer qui sont, parmi les commentateurs d'Atlantico, les ''crétins de mauvaise foi'' ! Les fanatiques au cerveau tellement obscurci ou sclérosé qu'ils et elles refusent d'accepter la réalité même quand elle est simple et incontestable ! Seul ''petit dérapage'' de ce texte empli de bon sens, sans doute dans le but de pouvoir ''caresser de nombreux abonnés dans le sens du poil'', la surprenante inclusion, hors-sujet, en page 2, d'un authentique escroc, minable délinquant, pour ses '' les costumes de luxe '' ! Ceci dit, le nain Sarko a fait encore bien pire en déclenchant une guerre, en mettant un pays durablement dans l'anarchie, rien que pour pouvoir faire assassiner comme un chien dans une bouche d'égout, un de ses ''généreux donateurs'' !

  • Par Baruch - 09/02/2018 - 09:28 - Signaler un abus Bascule

    Des faits prescrits et classés sans suite par la justice, une autre "affaire" dénoncée par l'intéressée même : c'est le point de bascule. La nécessaire dénonciation du harcèlement, la libération enfin de la parole des femmes, tout cela est en train de s'abîmer dans un jeu de massacre incontrôlé avec des journalistes en auxiliaires de police. Ou comment un combat libérateur va se transformer en cauchemar. Beau gâchis.

  • Par moneo - 09/02/2018 - 09:52 - Signaler un abus juridiquement je suis clean

    on a déjà entendu cela ;pour certains ce fut avant leurs mises en examen ,pour d"autres c'était exact juridiquement, néanmoins ce n'est pas parce que les poursuites pénales sont impossibles qu'un problèmes MORAL sous jacent ne subsiste pas soit on dit la Morale n'a rien à voir avec l'action publique pour les dirigeants soit au contraire les dirigeants doivent montrer le bon exemple .A défaut ils deviennent inaudibles ( ou alors on a la morale e à 2 vitesses c'est souvent le cas ici) Dans la seconde affaire ( Mitterand) ce qu'il ya de particulier c'est que la supposée victime a attendu l'écoulement de la période de prescription pour porter plainte pour viol.donc elle voulait faire savoir qui était Hulot mais qu'il ne soit pas poursuivi.Je laisse aux psy besoin de se débrouiller de ce cas. il n'en reste pas moins que Hulot ayant pour ligne de défense c'est prescrit c'est admettre que les faits ont eu lieu/qu'en pense madame Schiappa

  • Par assougoudrel - 09/02/2018 - 10:36 - Signaler un abus Les féministes montent à l'assaut

    En plus de "balance ton porc" elles harcèlent un magasin de sport:.......https://www.francetvinfo.fr/societe/interpelle-pour-des-sacs-a-dos-juges-sexistes-le-community-manager-de-decathlon-garde-son-calme_2601368.html

  • Par Deudeuche - 09/02/2018 - 12:08 - Signaler un abus @Ganesha

    Crétin de mauvaise fois? Post autobiographique?

  • Par atlantique07 - 09/02/2018 - 13:19 - Signaler un abus Très bon article

    La parole "sacralisée" des enfants a été une catastrophe à Outreau. Avec cette hystérie collective venue de Hollywood nous allons avoir la même chose. Deux hommes se sont suicidés mais il en faudra combien d'autres ? L'idéologie des féministes est juste mortifère.........

  • Par kateparpaillot - 09/02/2018 - 17:15 - Signaler un abus MACRON.a ouvert la boite à claques ......

    MACROn a ouvert 2 boites à claques .... 1 - la loi de moralisation de la vie politique ..... BAYROU - 2 SARNEZ - GOULARD - FERRAND tombent 2 - l'année du respect de la femme .... SCHIAPPA qui ouvre son bec à chaque fois qu'une femme victime ...... OH ZUT et quand des femmes victimes (à priori) par des hommes qui sont au gouvernement .... LES LIMITES DES PRECIPITATIONS MACRONESQUES ....

  • Par lexxis - 09/02/2018 - 17:17 - Signaler un abus UN ACTE ATTESTÉ MAIS À LA QUALIFICATION INCERTAINE

    S'il y a effectivement une affaire pour harcèlement qui ne repose que sur la rumeur au regard du démenti formel apporté par chacune des parties, il y en a une autre ayant donné lieu au dépôt d'une plainte officielle pour viol qui pose d'autres problèmes. En effet, le texte du Parquet ne laisse guère de doute sur la commission d'un acte sexuel et le seul élément qui fasse débat est le consentement de la femme. Or, maintenant que le Parquet a clos le dossier pour prescription, donc sans du tout l'examiner au fond, le sieur Hulot n'est pas davantage en mesure de prouver qu'il a effectivement recueilli le consentement préalable de la dame, que la dame n'est en mesure de prouver qu'elle a effectivement été violée en refusant ce consentement. Pour l'instant, le doute est donc partagé, y compris sur le dépôt tardif de plainte qui s'accorde tout aussi bien avec une longue hésitation devant un acte grave survenu au sein d'une famille dont le nom parle aux Français qu'avec une toujours possible volonté de nuire ou tout autre motif. C'est sans doute la raison pour laquelle, au regard de la délicate charge de la preuve, le sieur Hulot n'a pas encore parlé de plainte en diffamation...

  • Par Deudeuche - 10/02/2018 - 00:22 - Signaler un abus @lexxis

    Bof le lynchage du gogo bobo est déjà lancé. Le goudron et les plumes arrivent avec le limogeage!

  • Par Michel Baubet - 10/02/2018 - 09:01 - Signaler un abus On régresse !

    Après les Précieuses Ridicules (écriture inclusive), les Erinyes (déesses antiques persécutrices)

  • Par gerint - 11/02/2018 - 09:52 - Signaler un abus Je ne sais pas ce qui est vrai pour Hulot

    Mais ce que je sais en faisant défiler mes souvenirs sur moi-même et dur mes amis mâles d’âge mûr c’est qu’en forçant le trait c’est qu’on aurait presque tous pu être incriminés par telle ou telle et pour dire tout nous pourrions pour la plupart aussi incriminer telle ou telle pour une conduite fortement provocante qui dans le contexte actuel est sans doute assimilable à un harcèlement. D’ailleurs pas mal de très jeunes filles actuellement se conduisent comme des putes et malgré ce puritanisme féministe la morale n’est généralement pas beaucoup de mise chez beaucoup de monde femmes comprises, alcool aidant

  • Par gerint - 11/02/2018 - 10:07 - Signaler un abus Depuis ces histoires

    Je suis devenu très prudent. Employant des femmes; tenues légères interdites, pas de parfum accrocheur, etc. Recevant des commerciales femmes: tenue légères non reçues, pas d’entretien en tête-à-tête (au moins la porte de mon bureau ouverte et une distance suffisante entre nous, au moins la largeur du bureau, aucune allusion de nature personnelle, un discours froid et uniquement technique. Si on me demande pourquoi et c’est fréquent je réponds que je ne veux aucun ennui du type de ceux qu’on étale dans la presse. Il se trouve que beaucoup de commerciales essaient d’utiliser leur charme comme argument (plus ou moins discrètement) mais là c’est inutile. Et en cas de nouvel emploi: si j’ai le choix ce sera plutôt un homme

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Eric Deschavanne

Eric Deschavanne est professeur de philosophie.

A 48 ans, il est actuellement membre du Conseil d’analyse de la société et chargé de cours à l’université Paris IV et a récemment publié Le deuxième
humanisme – Introduction à la pensée de Luc Ferry
(Germina, 2010). Il est également l’auteur, avec Pierre-Henri Tavoillot, de Philosophie des âges de la vie (Grasset, 2007).

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