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Affaiblissement qualitatif des soins, appauvrissement des patients et tripatouillages comptables : ces inavouables raisons de la baisse du déficit de la Sécu

La baisse du déficit de la Sécu en 2016 semble être une bonne nouvelle pour les finances de l'Etat, mais prudence ! Il semblerait que ce chiffre indique une dégradation des conditions de médications et n'est pas la preuve que l'on a encore résolu le problème du trou de la sécu, loin de là !

Trou de la Sécu

Publié le - Mis à jour le 18 Mars 2016
Affaiblissement qualitatif des soins, appauvrissement des patients et tripatouillages comptables : ces inavouables raisons de la baisse du déficit de la Sécu

Atlantico : Le solde du régime général de la Sécurité sociale affiche une nouvelle baisse avec un déficit de 9,8 milliards d'euros en 2016, soit 2,9 milliards de moins qu'en 2015. Dans un contexte d'assainissement budgétaire, la nouvelle semble réjouir tout le monde. Pourtant peut-on véritablement parler d'amélioration de la situation financière de la Sécu aujourd'hui ?

Alain Choux : Il est très facile de faire passer les derniers jours de 2015 en 2016 ce qui génère une baisse du déficit que l'on retrouvera en 2016 ou 2017...., les élections présidentielles sont proches. Aujourd'hui tant au niveau des libéraux que de l'hôpital il existe une baisse significative de la fréquentation des établissements de soins d'au moins 10%, à laquelle il faut additionner la baise de la nomenclature de 5% par an depuis 5 ans (valeur des examens), et l'extension des déserts médicaux.C'est très préoccupant car du fait de la baisse du pouvoir d'achat il faut faire un choix cornélien: "bouffer" ou se soigner, manifestement les patients choisissent la première hypothèse.

De plus la profession n'attire plus de jeunes et la tranche d'âge 60-68 ans  encore importante diminue son activité en attendant la retraite, donc génère des listes d'attentes. Lors d'une diminution des revenus le renouvellement du matériel au sens large, l'emploi etc... se réduit à une peau de chagrin et bien entendu avec du vieux matériel la qualité des soins n'est plus au rendez-vous, mais il n'existe pas d'autre choix.

Nicole Délépine : Il conviendrait peut-être de dire simplement que cela va un peu moins mal et encore par des artifices comptables. Le solde négatif de 9.8 milliards d’euros pour 2015  du régime général est un déficit c’est-à-dire une insuffisance des recettes (cotisations sociales+ quelques taxes) par rapport aux dépenses (surtout l’hospitalisation publique et les frais de médicaments). Ce déficit  augmentera d’autant la dette sociale (déficits cumulés des organismes de Sécurité sociale) qui représentait 161 milliards d’euros au 31 décembre 2014 selon les comptes nationaux publiés par l’Insee. Quel ménage se féliciterait de l’augmentation de ses dettes ? D’autant que cette dette sociale, comme les autres dettes de la nation, est financée par des emprunts auprès de banques privées dont les intérêts sont payés par l’impôt sur le revenu et les CSG et CRDS. Cette dette montre les inconvénients de « la baisse des charges sociales » et l’urgence de faire des économies sur le fonctionnement sans toucher aux soins qui devraient représenter la priorité. 

On ne pourra vraiment dire que ça va mieux que lorsque l’équilibre sera atteint et stabilisé et associé à une qualité de soins correcte. Le ministère prétend que c’est possible pour 2021, mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient encore…Il resterait alors à rembourser les dettes qui continuent  de s’accumuler.. Néanmoins cette diminution de la vitesse de creusement du déficit n’est pas une surprise puisqu’elle était déjà annoncée dans le rapport de la cour des comptes de septembre 2015.

On peut supposer que le désengagement de fait de la sécurité sociale dans de nombreux secteurs de la santé, comme les médicaments dits de confort, les transports en ambulance,  le remboursement de séances de kinésithérapie, etc.  intervient dans cette diminution très relative  de l’aggravation (on a encore dépensé plus que l’année précédente mais l’augmentation a été moins forte que précédemment)  des dépenses de santé.  Ce désengagement s’est effectué par un report de ces remboursements sur les mutuelles devenues obligatoires pour tous. Ce nouveau prélèvement obligatoire, créé par le ministère (antérieurement facultatif) ne sert à rembourser ses adhérents obligés que pour à peu près la moitié de ce qu’ils paient, le reste revenant aux actionnaires, aux publicistes, et à l’état qui prélève un impôt de plus (taxe sur les mutuelles) . La part des soins restant à payer  par  familles va ainsi continuer à augmenter comme beaucoup de cotisants ont dû le constater en janvier 2016 (de 30 à 40 euros par mois  il y a 5 ans ils atteignent souvent 100 à 200 euros maintenant et protègent souvent moins). Tel est le miracle de la loi de santé qui a permis ce transfert discret des charges de la sécurité sociale universelle sur les assurances privées qui réserveront rapidement les soins à ceux qui pourront payer.

Que peut on déduire d'un tel résultat sur la qualité des soins ? Est-il possible de considérer que la qualité de la prestation médicale souffre de cette situation ?

Alain Choux : Au moins 6.5 millions de chômeurs officiels et probablement 7 à 800 000 occultés, ce qui implique moins de cotisations versées par les employés et les employeurs ce qui remet en question l'optimisme du pouvoir qui manifestement n'est pas dans le vrai. Selon la Cour des comptes le déficit de 2002 à 2012  a augmenté de 14.5 milliards par an soit 145 milliards supplémentaires de déficit en 10 ans et le chômage était moindre.

Nicole Délépine : La volonté de diminuer les coûts de la santé supportés par la collectivité obsède nos gouvernants  depuis les années 90 et ils ont progressivement de loi en loi tenté de transformer l’hôpital en entreprise et de réduire au maximum le revenu des médecins libéraux (le tarif d’une consultation de généraliste est plus de deux fois inférieure à la moyenne européenne). Le management  financier a conduit à diminuer les personnels tant médicaux que paramédicaux et à inculquer une culture de rendement économique au personnel atteignant un summum  avec la tarification à l’activité qui a entrainé une inflation des actes laissant de côté l’aspect humain du soin non  chiffrable. « Tout ce qui ne se compte pas, ne compte pas ». La fermeture de nombreuses structures hospitalières publiques ou privées, de milliers de lits de psychiatrie ou de petites maternités, de fusions acquisitions de cliniques et services, d’hôpitaux de proximité présentées comme mesures d’économies par les ministres successifs depuis plus de trente ans en singulièrement à partir des ordonnances Juppé de 1996,  n’ont fait que détruire les soins donnés aux patients tant en qualité technique et humaine  qu’en accessibilité.

Toute  personne qui fréquentait les services hospitaliers d’urgence il y a 20 ans et qui s’y aventure aujourd’hui peut le constater. A cette époque, le décès d’un malade dans un couloir après plus de 6 heures d’attente sans soins, comme cela vient de se répéter ce mois-ci, aurait entraîné au moins la démission du directeur de l’établissement et peut être des sanctions personnelles. Aujourd’hui la seule sanction probable est de voir son nom cité par un journal local.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 16/03/2016 - 09:32 - Signaler un abus Découragement de l'offre de soin...

    et gestion bureaucratique de ce qui subsiste de la Santé passée, par les "petits chefs" gauchistes...la France des UMPS a régressé vers une gestion stalinienne de la santé, dont toute personne normalement constituée sait qu'elle mène, inéluctablement, au désastre. Mais les gauchistes ne savent pas faire différemment...les Francais ont les hommes politiques qu'ils ne méritent pas...

  • Par Anguerrand - 16/03/2016 - 10:55 - Signaler un abus SVP VANGOG

    Arrêtez de parler de politique stalinienne alors que votre parti à une politique économique gauchiste, trouvez autre chose. Pour l'UMPS il faut lire les journaux, l'UMP est devenu LR et tant que vous y êtes dites LRPS, où vous adorez Ripoublicains, que vous avez mis des mois à trouver, ça fait moins ringard, d'autant que je vois plutot actuellement une politique ÉCONOMIQUE FNPS digne des annees 81 et un FN qui se fait de plus en plus discret sur l'immigration.

  • Par Anguerrand - 16/03/2016 - 11:09 - Signaler un abus Dette de la sécu

    D'abord il y a des abus comme la CMU, l'AME, les malades imaginaires les lundis, vendredis ou pour faire un pont, la dette de l'Algerie à la sécu français ( plusieurs milliards) les taxes sur l'alcool, les cigarettes, et les politiques étrangers qui viennent se faire soigner gratuitement. Conclusion sans tous ces abus, la SS pourrait être en équilibre et ne pas avoir une dette d' environ 50 milliards.

  • Par lasenorita - 16/03/2016 - 11:46 - Signaler un abus Ce sont toujours les mêmes qui paient!

    Les ''Français moyens ''sont les vaches à lait de l'Etat socialiste: on leur augmente leurs impôts, ils paient la plupart des médicaments bien qu'ils aient cotisé toute leur vie à la Sécu...Mon époux et moi-même nous n'étions jamais malades (grâce à Dieu) quand nous étions en ''activité', maintenant que nous avons besoin de nous soigner, puisque nous sommes âgés, nous devons payer...payer...payer...bien que nous ayons cotisé pendant plus de 30 ans à la Sécu...Les étrangers qui arrivent en France, eux, ne paient rien... bien qu'ils n'aient jamais travaillé donc jamais cotisé à la S.S.

  • Par vangog - 16/03/2016 - 12:25 - Signaler un abus @Anguerrand Xavier Bertrand (min Santé sous Villepin, Fillon)...

    Philippe Bas (ministre Santé sous Villepin), Roselyne Bachelot ( (ministre Santé sous Fillon), Élisabeth Hubert (ministre santé sous Juppé), Hervé Gaymard (ministre santé sous Juppé), Philippe Douste-Blazy (ministre santé sous Balladur et Raffarin), Jean-François Mattéi (ministre santé sous Raffarin) etc...c'est eux que j'évoque, quand j'évoque les UMPS (je n'ai pas cité les PS, car je pense que pour eux, vous serez d'accord avec moi...). alors, qu'ont-ils fait vos ministres pour REFORMER la SS en bien: "les abus comme la CMU, l'AME, les malades imaginaires les lundis, vendredis ou pour faire un pont, la dette de l’Algérie à la sécu français ( plusieurs milliards) les taxes sur l'alcool, les cigarettes, et les politiques étrangers qui viennent se faire soigner gratuitement" (Anguerrand dans le texte...)?

  • Par michoulacolere - 16/03/2016 - 12:55 - Signaler un abus A la Senorita

    Vous avez raison a 150% ! Ou la trop fameuse "réduction des inégalités" chère a nos socialos, quand on voit cette bande de profiteurs qui nous sucent le sang ?

  • Par lasenorita - 16/03/2016 - 13:09 - Signaler un abus Le déficit de la Sécu.

    Le déficit de la Sécu. est dû, aussi, au nombre important de musulmans, d'origine étrangère, qui viennent, chez nous, se faire soigner gratuitement aux frais de notre Sécurité Sociale: j'ai VU des musulmans se passer la carte vitale...Ainsi un musulman, qui travaille et qui cotise donc à la S.S. passe sa carte vitale aux cousins, aux copains, etc, ...qui se font soigner ''gratuitement ''chez nous...au lieu de RESTER dans ''leur ''beau pays ''indépendant''...même le terroriste Bouteflika n'a pas confiance dans les médecins de ''son'' pays!...

  • Par Pourquoi-pas31 - 16/03/2016 - 13:27 - Signaler un abus Et c'est sans compter

    les médicaments pris en pharmacie avec une carte vitale et qui sont expédiés à l'étranger pour le frere, la soeur, la mere et la tante et les cousins.

  • Par Ganesha - 16/03/2016 - 14:50 - Signaler un abus FN-PS

    Merveilleuse illustration de la collusion entre le FN et le PS : le Front Républicain des Régionales, l'appel du PS à voter pour les Ripoublicains. N'est-ce pas une preuve évidente ? Note : ceci est une remarque humoristique destinée à démontrer la profonde stupidité de cette théorie! Par contre, ne parlez surtout pas d'alternance UMPS ou de cartel PS-Ripoublicains : relisez l'histoire de ces trente dernières années, il n'y a ''aucun argument'', c'est de la pure calomnie ! Sans blague ?

  • Par Anguerrand - 16/03/2016 - 18:10 - Signaler un abus La carte Vitale " familiale"

    La sécu est devenu un simple intermédiaire pour rembourser. Lors d'un tres rare contrôle ils ont découverts qu'une meme carte servait à une trentaine de famille ( pas à 30 personnes mais à 30 familles) un PC de la sécu a ( enfin) détecté que la carte avait réglé plusieurs fois la même opération comme l'apendisectomie. Probleme on en qu'une chacun. La sécu n'est même pas capable de détecter de telles anomalie et surtout le cumule des dépenses pour une SEULE carte. Nous les cochons de payants on paie pour ces tricheurs.

  • Par vangog - 16/03/2016 - 18:51 - Signaler un abus @Anguerrand depuis quinze ans, le Front National

    réclame la carte vitale biométrique, ce que Sarko-le-tricheur a estimé "coûteux et ardu à appliquer"...peut-être aurait-il dû demander un devis a Bigmillion?

  • Par Anguerrand - 17/03/2016 - 08:24 - Signaler un abus A vangog

    Vous n'empêcherez pas pas les fraudes avec votre système. Il suffit que le vrai possesseur de la carte soit présent avec le malade pour que le système fonctionne. La photo me semble encore la meilleure ( ou la moins mauvaise des solutions) mais ce n'est pas au medecin de faire la police, du reste que pourrait il faire meme s'il se rend compte de l'escroquerie. La sécu qui bat des records d'absentéisme est là pour faire des contrôles qu'elle ne fait pas c'est devenu une machine à rembourser automatique. Meme les allocations familiales font des contrôles, très peu, mais c'est déjà ça. Ils savent que meme les dealers, des personnes qui gagnent 9.000€, et ceux partis pour Daech , les feignants qui vivent au soleil, continuent à toucher leurs alloc, etc.C'est beau la France, pendant cela des français trimes durs et se lèvent tôt pour payer cette racaille.

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Nicole Delépine

Nicole Delépine ancienne  responsable de l'unité de cancérologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches( APHP ). Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale, elle a récemment publié La face cachée des médicaments, Le cancer, un fléau qui rapporte et Neuf petits lits sur le trottoir, qui relate la fermeture musclée du dernier service indépendant de cancérologie pédiatrique. Retraitée, elle poursuit son combat pour la liberté de soigner et d’être soigné, le respect du serment d’Hippocrate et du code de Nuremberg en défendant le caractère absolu du consentement éclairé du patient.

Elle publiera le 4 mai 2016  un ouvrage coécrit avec le DR G Delepine chirurgien oncologue et statisticien « Cancer, les bonnes questions à poser à mon médecin » chez Michalon Ed.

 

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Alain Choux

Médecin généraliste spécialisé dans la réalisation d'echodopplers et patron de l’AFIRM (Alliance pour le financement de la retraite des médecins)

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