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Adoption du CETA au Parlement européen : l’Europe est-elle capable de sortir de sa naïveté en matière de libre-échange ?

Alors que le Traité CETA vient d'être ratifié par le Parlement Européen, la tendance actuelle (Traité Trans pacifique, Brexit) semble plutôt défavorable au libre-échange.

Naïf

Publié le - Mis à jour le 17 Février 2017
Adoption du CETA au Parlement européen : l’Europe est-elle capable de sortir de sa naïveté en matière de libre-échange ?

Atlantico : Au regard des dégâts causés par la mondialisation sur les classes moyennes et populaires des pays occidentaux, et au-delà du CETA, peut-on estimer que le rapport de l'Union européenne au libre-échange est entaché de naïveté ?

Jean-Marc Siroen : On mélange parfois libre-échange et mondialisation. C'est oublier que le libre-échange n'est qu'un élément de la mondialisation et les effets négatifs de la mondialisation ne se limitent pas aux effets négatifs du libre-échange. La crise financière ou l'évasion fiscale, qui sont des éléments de la mondialisation ont eu aussi sur les classes moyennes et populaires des effets très négatifs indépendamment du libre-échange. Le fait par exemple que le travailleur américain ait été expulsé de son logement parce qu'il ne pouvait pas payer l'hypothèque n'était pas lié à la mondialisation ni au libre-échange.

Il faut donc nuancer les dégâts du libre-échange.

Ce qui est vrai c'est que le libre-échange détruit un certain nombre d'emploi (même s'il en crée d'autres). Il précarise certains travailleurs et pèse sur les salaires. De ce point de vue, oui, il peut y avoir des effets négatifs. Mais il ne faut pas pour autant lui reprocher tout ce qui va mal.

En ce qui concerne l'UE, il y a certes des éléments de naïveté sur les vertus du libre-échange qui ont été surestimés. On se rappelle de la pression de certains pays du nord comme la Grande Bretagne qui étaient en faveur de la négociation de plusieurs traités de libre-échange.

Mais il y a aussi dans cette politique européenne un caractère plus institutionnel. La politique commerciale est un des seuls domaines de politique commune. La commission européenne a par ailleurs essayé d'utiliser cette politique commune pour s'affirmer par rapport aux autres pays. La négociation des traités avec les Etats-Unis ou le Canada était en grande partie une initiative de la commission européenne même si elle a été approuvée par les états membres.

Est-ce qu'il y a une naïveté dans la politique commerciale et dans les négociations commerciales menées par l'Union Européenne, j'en suis moins sûr.

Preuve en est que certaines négociations échouent ou durent longtemps. Donc l'Union Européenne n'approuve pas tout ou n'importe quoi. Elle s'est d'ailleurs toujours méfiée de négocier avec des pays plus forts qu'elle. (Les négociations avec les Etats Unis sont récentes et pas de négociations avec la Chine) C'est toujours avec des pays qui ont un rapport de force plus défavorable que celui de l'UE. Et elle n'a jamais cédé sur un certain nombre de points qui ont pu empêcher le succès des négociations.

Je ne crois pas qu'il y est une naïveté systématique et évidente dans les négociations. Ne serait-ce que parce que les pays membres sont également là pour défendre leurs intérêts. Lorsque l'agriculture est menacée, la France a toujours réagi par exemple.

Dès 1941, les économistes Stopler et Samuelson avaient mis en garde contre les dangers que représentent le libre-échange entre des pays développés et des pays à bas coûts, dès lors, comment expliquer cette poursuite sans restriction ? Quels sont les protections, ou les accompagnements, à faire valoir pour permettre un juste rééquilibrage des bénéfices de la mondialisation ? 

En ce qui concerne le théorème de Stopler et Samuelson, il montre effectivement que les pays où le travail est relativement rare par rapport au capital et par rapport aux pays avec lesquels on commerce (notamment dans le cas d'un pays industriel avec un pays en développement), dans ce cas-là le salaire réel des travailleurs diminue. Et c'est l'inverse qui se produit dans les pays en développement où le travail est relativement abondant par rapport au capital. On attend alors  une augmentation de la rémunération réelle des travailleurs, ce qui s'est effectivement passé en Chine.

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 16/02/2017 - 08:43 - Signaler un abus Le bilatéralisme, une fausse bonne solution

    On peut très bien faire du libre-échange bilatéral avec des pays qui ont des conceptions économiques, sociales et fiscales proches de nôtres. C'est le cas du Canada (pas vraiment des EU, encore moins de la Chine). OK. Maintenant, que se passe-t-il si le Canada a son propre accord bilatéral avec les EU ? Réponse : les Canadiens vont nous fourguer le poulet au chlore acheté aux Américains, sur lequel ils auront collé une feuille d'érable. Les populo-souverainistes qui veulent ce type de relations bi-latérales intra-européennes, oublient qu'à l'époque du simple marché commun, c'était déjà comme cela. Et rappelons-nous du résultat : toutes les cochonneries du Commonwealth ont rappliqué via les Anglais, et celles du reste du monde via les Hollandais. Ces derniers ayant été surnommés "les contrebandiers du marché commun".

  • Par joseph jean - 16/02/2017 - 12:33 - Signaler un abus finalité

    j'ai l'impression que l'on repart presque sur les mèmes bases? un jusqueboutisme commercial que rien n'arrète ? Non?

  • Par D'AMATO - 16/02/2017 - 20:16 - Signaler un abus L('europe ....

    ....ou l’Alzheimer du vieux con tinent ..... Il n'y a plus d'espoir.

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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