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L’addiction aux Smartphones, ça existe, et ce sont désormais ceux qui les conçoivent dans la Silicon Valley qui s’en inquiètent

Certains ingénieurs de chez Facebook et Google tirent la sonnette d'alarme quant à l'utilisation des réseaux sociaux. Si le but initial était d'améliorer le monde, leur utilisation peut être source de stress et de dépression.

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L’addiction aux Smartphones, ça existe, et ce sont désormais ceux qui les conçoivent dans la Silicon Valley qui s’en inquiètent

Atlantico : Des ingénieurs issus de la Silicon Valley prennent position pour avertir les gens sur les dangers des applications et des smartphones pour les utilisateurs. Selon eux, ces applications peuvent dégrader la santé mentale et le discours politique. Quel est le constat de ces ingénieurs sur le fonctionnement des applications ? Que reprochent-ils à ces applications ?

David Fayon : On parle de plusieurs ingénieurs, dont Justin Rosenstein, qui est à l’origine du bouton « Like » sur Facebook. Ils se rendent compte que les choix technologiques, au lieu d’être neutres, ce qui devrait être le cas, modifient les comportements. Ce qui est recherché, c’est le clic, la dépendance à certains outils. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) sont en situation de quasi-monopole, du moins dans les pays occidentaux. Je ne parle pas de la Chine ou des marchés asiatiques. Ils ont des profitabilités à l'exclusion d'Amazon qui sont à deux chiffres, le premier chiffre étant un 2.

Facebook et Google génèrent plus de 20% de résultats. On est dans une logique capitaliste où plus l’application est utilisée et mieux c’est parce que les utilisateurs vont interagir et cela permettra de générer des publicités ciblées sur Google et sur Facebook qui vont correspondre aux souhaits supposés de l’internaute, en fonction de ses contacts, de ses interactions sociales… Il y a un phénomène d’accoutumance, avec des zones du cerveau qui sont mises en exergue et qui vont déclencher un effet de bien-être, qui est dû à la dopamine, qui vont pousser l’internaute dans un cercle vicieux : la culture du scoop, de relayer une information, de tweeter, de sur-tweeter qui peut être épuisant à la longue, susceptible de déboucher sur une dépression, un burn-out…

Tous ces outils sont des outils capitalistiques qui recherchent des retours sur investissement à travers la publicité, en allant visiter des pages de sites en sites, en passant des commandes sur un site marchand. On est vraiment dans l’économie de l’attention où il y a une masse considérable d’informations qui sont disponibles. Ce qui est nécessaire pour Google et Facebook, c’est d’atteindre des objectifs. Pour ça, ils utilisent des algorithmes qui font que sur sa timeline Facebook, il n’y a que 10 ou 12% de ses contacts qui sont visibles par rapport aux dernières interactions sociales. Ceux qui sont le plus visibles, ce sont ceux avec qui on interagit le plus souvent. Cela crée des réseaux de relations privilégiés au sein des réseaux sociaux. L’internaute est guidé par un sentiment de gratification immédiate, il est « nez dans le guidon » et il va devenir dépendant de ses applications. Il va avoir avec sa dépendance du mal à s’arrêter. Le droit de déconnexion est l’apanage du monde des riches ou des plus auto-critiques. Celui qui est plus esclave du système va utiliser Whatsapp, Snapchat, Facebook de façon quasi permanente et dès qu’il aura une notification sur son smartphone va devoir se sentir obligé de regarder, que cela soit important ou pas. Ce sont ces notifications en temps réel qui ont été introduites dans les nouvelles fonctionnalités des réseaux sociaux qui sont dénoncées. Les réseaux sociaux se copient les uns les autres, une fonction de l’un des réseaux est récupérée par un autre. De plus, il y  a une certaine consanguinité des ingénieurs qui vont travailler d’un réseau à l’autre. Il y a un état d’esprit Silicon Valley qui existe dans le formatage des outils pour une course à la dépendance numérique. Un internaute doit se connecter plus d’une heure et demie par jour sur Facebook sachant qu’il n’est pas connecté que sur Facebook. Et de nouveaux usages se développent comme l’utilisation en mobilité dans les transports en commun pour meubler les temps morts. On se retrouve guidé par l’idée d’avoir son smartphone mais jamais de rester déconnecté pour voir le paysage, rêver, penser à autre chose, pour s’ennuyer, ce qui favorise la créativité. Ça peut être dangereux sur le long terme parce que cela génère des comportements de panurge où l’on suit les moutons. Tout le monde est sur Whatsapp, il y a des groupes de discussion et si on y est pas, on est marginal, on ne peut pas communiquer avec les autres. C’est un phénomène de société qui est intéressant à étudier. Il n’est pas facile pour des ingénieurs de chez Google de critiquer ce modèle. Maintenant, il y a une prise de conscience. Certains se disent qu’ils ont peut-être été trop loin.

 
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David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013), Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de Transformation digitale (avec Michaël Tartar, Pearson, 2014). Il vient de publier Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique (Pearson, 2017). »

Il a publié Made in Silicon Valley – Du numérique en Amérique qui est disponible ici.

 

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