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Des actes plutôt que des vœux : 10 décisions qui pourraient faire la différence sur les dossiers brûlants de 2016

On dit bien souvent que l'on apprend de nos erreurs. En 2015 les conflits ont été nombreux, en France le chômage n'a pas diminué autant qu'on pouvait l'espérer, aucune solution durable n'a été trouvé à la crise des migrants... Quelques solutions qui, appliquées, pourraient changer durablement notre société.

Action, réaction

Publié le - Mis à jour le 8 Janvier 2016
Des actes plutôt que des vœux : 10 décisions qui pourraient faire la différence sur les dossiers brûlants de 2016

1 - Rééquilibrer le rapport de force en Europe 

En octobre 2015, le taux de chômage de la zone euro s'établissait à 10,7%. Un chiffre qui révèle l'inefficacité des politiques d'austérité menées depuis 2008 sous l'égide de l'Allemagne. 

Nicolas Gotezmann : La gouvernance européenne est aujourd'hui déséquilibrée au profit de l'Allemagne. Le couple franco-allemand a laissé place au jeu solo d'Angela Merkel. Ce qui peut se voir aussi bien en termes de politique économique que sur la question des migrants, où la Chancelière allemande a pris une décision ayant des conséquences sur l'ensemble des membres, et ce, sans aucune discussion préalable avec ses partenaires.

Il ne s'agit même pas de juger de la nature de cette décision mais simplement de constater la forme. Le pouvoir est à Berlin, c'est un fait. Le rééquilibrage est donc nécessaire et doit être mené par la France, tout simplement parce que c'est son rôle. Notamment, parce que le glissement de pouvoir vers Berlin s'est surtout réalisé pour combler le vide laissé par l'exécutif français en Europe. Et ce, qu'il s'agisse de la Grèce ou des migrants en ce qui concerne 2015.

En l'espèce, le moyen le plus convaincant est de proposer une alternative crédible à ce qu'est devenu l'Union européenne, c’est-à-dire un projet commun ayant pour seul objectif la recherche d'un intérêt général européen. Car à l'heure actuelle, c'est l'intérêt du plus fort, l'Allemagne, qui est préservé, ce qui ne se fait pas au bénéfice de chacun des membres de l'Union.

Dans une telle optique, la France doit obtenir le soutien de l'Italie ou de l'Espagne. L'enjeu prioritaire est de modifier l'orientation économique de la zone euro, vers un continent de plein emploi. Et il ne s'agit pas que de mots, il s'agit de renégocier les traités fondateurs en ce sens, ce qui implique de revisiter les critères de Maastricht et le mandat de la BCE pour que l'Europe soit enfin dessinée comme un continent responsable. Notamment sur le modèle américain, car les Etats Unis n'ont pas "oublié" d'inscrire le plein emploi dans le marbre, et d'en faire un objectif prioritaire pour les autorités. En Europe, l'objectif prioritaire actuel, c'est de lutter contre la dette et les déficits. Le résultat, c'est que l'Europe garde les déficits et la dette, et elle y ajoute le chômage. Il est temps d'en finir avec cette vision d'un autre âge.

2 - Les dépenses d'infrastrucure

Dans le cadre de la réduction des déficits et des dépenses publiques en Europe, l'investissement public s'est tari, notamment en ce qui concerne les dépenses d'infrastructure. 

Nicolas Goetzmann : Pendant que la majeure partie du spectre politique s'excite sur les niveaux de déficits et de dettes, des organismes, pourtant orthodoxes, comme le FMI ou l'OCDE, soutiennent l'idée de dépenses d'infrastructures dans la plupart des pays développés. La France n'y fait pas exception. Le calcul est le suivant ; les taux d'intérêt atteignent des plus bas historiques, le coût de l'emprunt est quasi nul. Dans un tel contexte, toute dépense ayant la capacité de générer de la croissance future peut se rembourser toute seule, et ainsi être neutre du point de vue de l'endettement. Ainsi, le FMI indique :  "le surcroît d’investissement public dans l’infrastructure donne au PIB une impulsion qui compense l’augmentation de la dette, de sorte que le ratio dette publique/PIB ne progresse pas. Autrement dit, l’investissement public dans l’infrastructure peut s’autofinancer s’il est correctement effectué". 

La configuration actuelle des taux d'intérêt est donc une véritable aubaine pour relancer une partie de l'activité économique, notamment en ciblant les zones et les populations qui en ont le plus besoin, et ce, pour un effet totalement neutre sur le budget du pays. De plus, le FMI, mais également d'autres sources, constatent le déficit actuel en dépenses d'infrastructures depuis plusieurs années, ce qui porte un coup à terme sur le potentiel de croissance des pays concernés. Il s'agit d'une véritable opportunité pour des gouvernements en manque de relais de croissance, aussi bien à court qu'à long terme. 

3- Le besoin d'une politique plus cohérente entre l'Union Europénne et la Russie. 

Après le conflit Ukrainien, les sanctions européennes imposées à la Russie et désormais les différences d'approches face à la crise Syrienne, on pourrait craindre une rupture de relation entre l'est et l'ouest et même parfois pire : un conflit. 

Florent Parmentier : L’amélioration des relations entre l’UE et la Russie en 2016 n’a rien d’évident : l’Ukraine restera encore un sujet de division entre les deux entités pour l’année qui vient. Quant à la crise syrienne, tous en Europe ne partagent pas le désir des Français de travailler plus directement avec la Russie. Pourtant, chacun aurait à gagner à des rapports plus équilibrés, rendus inévitables par la géographie et la complémentarité des deux acteurs. Le respect des accords Minsk 2 (février 2015) reste une condition non-négociable pour la levée des sanctions contre la Russie, qu’il faudra veiller à ne lever ni trop tôt (pour ne pas perdre un levier), ni trop tard (pour éviter une rupture prolongée de liens économiques). A ce stade, une politique de petits pas est préférable, permettant d’avancer concrètement sur des enjeux techniques, en s’intéressant par exemple à l’Union eurasienne, zone économique en gestation. 

4- La nécessité de finaliser l'accord sur le nucléaire Iranien. 

En juillet dernier un accord historique a été signé sur le nucléaire entre les Etats-Unis et l'Iran. Le pays est désormais de retour dans l'échiquier politique et sur la verge d'un boom économique a mesure que se rapproche la suppression des sanctions européennes. 

Amir-Aslani Ardavan : L’Iran avance à grand pas vers la fin de son contentieux nucléaire. Il y a moins d’une semaine, ce pays a transféré plus de 10 tonnes de son uranium enrichi vers la Russie conformément aux dispositions de l’accord conclu le 14 juillet dernier à Vienne. Il ne reste plus que la modification du recteur à eau lourde d’Arak et la mise hors d’usage de la majeure partie de ces centrifugeuses d’ores et déjà entamée. Normalement, les sanctions seront levées à la fin de ce mois de janvier permettant à ce géant pétrolier de retrouver sa place dans l’économie mondiale. Le chemin n’a pas été facile et peut encore rencontrer des embûches comme la nouvelle loi votée par le congrès américain imposant l’obtention de visas pour des ressortissants principalement européens qui se sont rendus en Iran ces cinq dernières années ou encore des irruptions liées aux réactions iraniennes suite aux exactions saoudiennes contre la minorité chiite à l’instar de l’exécution samedi d’un membre respecté du clergé chiite saoudien, Al-Nimr. Cependant le besoin d’Iran est tel aujourd’hui, ne serait-ce que dans son rôle contre Daech, que tant l’occident que les iraniens feront tout pour empêcher les dérapages. 2016 sera donc l’année qui marquera le retour dans le concert des nations de ce pays après des années d’ostracisme.

5 - Obliger l'Arabie-Saoudite et les pays du Golfe à sortir de leur hypocrisie sur leurs relations, principalement avec les groupes djihadistes

Depuis plusieurs décennies, l'Arabie-Saoudite et les pays du Golfe constituent des alliés occidentaux au Moyen-Orient, aussi bien sur le plan économique, commercial, énergétique que dans la lutte contre le terrorisme. Mais sur ce dernier point, ces pays jouent un double jeu, finançant en grande partie les groupes djihadistes qui sévissent au Moyen-Orient, en Afrique et également en Asie, au nom de l'idéologie wahhabite. 

Alexandre del Valle : Nous avons des moyens de pression sur l'Arabie-Saoudite, notamment en matière de sécurité. Les Occidentaux et les Etats-Unis sont les garants de la sécurité du pays depuis 1945, en échange d'un approvisionnement en pétrole produit à faible coût et de bonne qualité. On pourrait donc menacer les Saoudiens de rendre caduque ce pacte "sécurité contre pétrole" établi en 1945 entre Roosevelt et Ibn Saud, et donc de ne plus assurer la sécurité de l'Arabie-saoudite contre des pays qui la menace, comme l'Iran.

Quant au Qatar, celui-ci cherche à améliorer son image avec la télévision et l'acquisition d'un certain nombre de fonds et participations dans des sociétés occidentales en vue. Il faudrait donc que nos chefs d'Etat aient la décence de ne plus accepter les investissements du Qatar dans nos sociétés (ce qui n'est pas du tout préjudiciable pour l'emploi et notre économie), et de ne plus donner de fréquences d'émission à Al-Jazeera qui est le véritable instrument du soft power du Qatar. Surtout que le Qatar a autant besoin de son soft power que nous du pétrole et de son gaz, si ce n'est plus; car les Occidentaux pourraient tout à fait se tourner vers le gaz iranien ou turcophone de la Caspienne. Il y a donc des moyens de pression sur ces pays, mais nous ne les utilisons jamais parce que nous avons des hommes politiques qui sont islamiquement corrects, qui font des conférences à 150 000 euros au Qatar ou ailleurs, et qui sont donc personnellement engagés vis-à-vis de ces Etats. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 04/01/2016 - 09:02 - Signaler un abus Désarroi

    Article un petit peu plus sérieux et intéressant que la misérable tentative ''d'Hymne à la Croissance'' que mr Goetzmann a été contraint d'écrire dans cette même édition. A son corps défendant ? J'ai, entre autres, apprécié la référence aux conférences à 150.000 dollars que Nicolas Sarkozy, en véritable prostituée, fournit régulièrement au Qatar… Ses fellations tarifées à mme Bettencourt ne lui suffisent plus ? Je sais, chaque fois que je parle ici de ce clown, il y a toujours l'un ou l'autre commentateur qui ''exprime son désarroi'' !

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective.

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Jean-Charles Brisard est spécialiste du terrorisme et ancien enquêteur en chef pour les familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

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Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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Jacques Barou

Jacques Barou est Docteur en anthropologie et chargé de recherche CNRS. Il enseigne à l’université de Grenoble les politiques d’immigration et d’intégration en Europe. Son dernier ouvrage est La Planète des migrants : Circulations migratoires et constitution de diasporas à l’aube du XXIe siècle (éditions PUG).

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

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