Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 25 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

6 000 jours de classes non assurés malgré la création de 35 000 postes : profs ou Education nationale, à qui la responsabilité ?

6 000 jours de classes n'ont pas été assurés depuis septembre 2015 selon la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves (FCPE). Malgré la création de 35 000 postes par l’Education nationale depuis 2012, les élèves sont toujours confrontés à une pénurie de professeurs.

L’école au rabais

Publié le
6 000 jours de classes non assurés malgré la création de 35 000 postes : profs ou Education nationale, à qui la responsabilité ?

Atlantico : Classes surchargées ou sans enseignant : comment expliquez-vous que les investissements massifs de l’Education nationale, premier budget de l’Etat, soit si peu efficaces pour enrayer cette situation ? 

Sébastien Clerc : Je crains que beaucoup de collègues ou étudiants susceptibles d’avoir la vocation soient découragés par les difficultés d’enseigner aujourd’hui. Les élèves ont de plus en plus de mal à se concentrer. Ce problème est insuffisamment pris à bras-le-corps par l’Education nationale. La formation des enseignants est soit inexistante (pour les maîtres auxiliaires), soit insuffisante : axée exclusivement sur une pédagogie assez déconnectée des réalités du terrain.

Des méthodes pédagogiques existent, qui aident les groupes difficiles à se concentrer (travail en sous-groupe avec des procédures précises, utilisations réfléchies de la vidéo-projection, techniques inspirées par le yoga pour l’aide à la concentration des élèves…). La question stratégique de la communication avec les jeunes est très peu évoquée. Par ailleurs, la gestion des sanctions n’est jamais abordée (sauf parfois sous un angle juridique, très peu concret) ; qu’on le veuille ou non, cela fait partie de la réalité de la gestion des classes… 

Plusieurs professeurs expérimentés s’en sortent bien avec leurs classes, mais on les écoute insuffisamment, on ne fait pas suffisamment profiter les enseignants débutants de toute cette riche expérience du terrainPar ailleursla rémunération est insuffisante et injuste. Débuter dans ce métier difficile, après un bac +5, à 1400 euros, cela n’attire pas assez, évidemment… De plus, l’évolution de la rémunération est de plus en plus "lissée". On peut se démener pour les élèves, mener de nombreux projets, organiser bénévolement des activités périscolaires : peu ou prou aujourd’hui, le salaire n’évolue pas plus que celui d’un enseignant qui fait le minimum. Je pense qu’instaurer davantage de "mérite" dans la rémunération aiderait à la reconnaissance de ceux qui s’investissent le plus.

Quelle disparité cache ce chiffre ? On sait aussi qu'entre 250 et 400 classes se retrouvent, chaque jour, sans instituteur en Seine-Saint-Denis. Des départements sont-ils donc plus touchés que d’autres ? Pourquoi ?

Si dans les départements de banlieue parisienne, où la situation sociale des élèves est la plus dramatique et où les conditions de travail sont les plus difficiles, la rémunération est la même qu’ailleurs (et même le pouvoir d’achat moindre par rapport à la province du fait du coût de la vie en Ile-de-France), il ne faut pas s’étonner que le recrutement des enseignants soit plus laborieux et que la motivation des recrutés soit plus fragile… De même, pour avoir choisi de faire toute ma carrière en Seine-Saint-Denis (et ne pas demander à muter, comme la plupart de mes collègues issus de province), je ne bénéficie d’aucune gratification si je voulais rester. En revanche, on me proposait des points supplémentaires pour obtenir, après cinq ans, la mutation que je ne désirais pas. Finalement, on nous pousse à partir !

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zouk - 22/02/2016 - 09:45 - Signaler un abus Effectifs de l'Education Nationale et cours non assurés

    N'y aurait-il pas deux problèmes: durée de travail et organisation?

  • Par REVERJOVIAL - 22/02/2016 - 11:26 - Signaler un abus Le foutoir organisé !

    Nous sommes le pays qui dépensent le plus d'argent pour l'éducation nationale, 800 000 profs pour 10 millions d'éléves, un ratio de 1 pour 13 et les résultats de notre niveau scolaire sont dans le bas du classement des pays de l'OCDE ! A qui la faute , pour ma part je pense qu'elle est surtout dû à la forte idéologie de gauche et des syndicats très puissant qui sont responsable du niveau qui baisse d'année en année au nom de l'égalitarisme à outrance.

  • Par Lafayette 68 - 22/02/2016 - 12:34 - Signaler un abus Quelques rectifications...comme toujours dans l'EN!

    1/ Un professeur débutant dans le public (professeur dit des écoles ...car on ne recrute plus "d'instituteurs" ....et un prof certifié donc nommé en collège ou lycée commencent à 1640 nets par mois en 2014 l'année de sa titularisation et non 1400 !!!, un agrégé à 1857 net). C'est pénible cette sous estimation qui est fausse ( site ministère grilles indiciaires) surtout venant d'un professeur. 2/ Il ne répond pas à la dernière question : en fait il existe (existait?)une "obligation" pour le chef d'établissement de pallier aux absences en utilisant le personnel présent depuis Fillon...mais pas d'obligation en fait pour personne!!!.3/ Les agrégés (45 000) ne font que 15h de présence hebdomadaire au lieu des 18 des certifiés , à charges et responsabilités égales mais avec si si! 20% de salaire en plus...Qui pourrait ASSURER LES REMPLACEMENTS eu égard le nombre d'heures inférieures effectuées? chut !!! corporatisme....

  • Par langue de pivert - 22/02/2016 - 17:31 - Signaler un abus PAS PROVINCE : RÉGION BORDEL :-( Peut mieux faire !)

    Ça m'énerve ! §§§ De même, pour avoir choisi de faire toute ma carrière en Seine-Saint-Denis (et ne pas demander à muter, comme la plupart de mes collègues issus de province) §§§ En tant que professeur de français-histoire-géo il ne vous a pas échappé que nous ne sommes pas au Canada et que la France est divisée en régions ! Ceci étant dit pour le reste "c'est pas faux" comme disent les ados ! ☺ Ça serait même plutôt bien analysé par une personne qui connait son sujet ! "Un "régional" plutôt grincheux et susceptible" ☺

  • Par Anguerrand - 23/02/2016 - 06:36 - Signaler un abus Les enseignants et les " petits salaires"

    Petits salaire peut être mais ils travaillent 1 jour sur 3 dans l'année, ont des vacances scolaires avec leurs enfants, donc n'ont aucun problemes de garde. 140 jours officiels, aux quels il faut retirer les " maladies" 23 jours de moyenne, les journées du maire, les voyages " éducatifs " au Puy du Fou par exemple, les journées de formation, les journées non déclarées, les réunions syndicales et j'en passe. Des profs d' EPS qui rentrent à la maison tranquillement. On peut bien recruter 100.000 enseignants, ils en manquera toujours autant. Le problème n'est pas la quantité mais bien la qualité, quand on voit que les enfants sortant du CP ne savent pas lire, c'est un scandale national. Il faut donc considérer que les salaires sont énormes par rapport aux journées travaillées et pire à l'heure travaillées avec des cotisations très inférieurs au privé et un retraite précoce.

  • Par vauban - 23/02/2016 - 09:07 - Signaler un abus Petite anecdote

    Un "patient"reçu pour bilan d assurance vie(émprunt" Prof d EPS DANS LE POOL DE REMPLACEMENT me dit d in air Amüsé Qu il est appelé environ 8 à15j/trimestre A donc monté son entreprise de rénovation pour clientèle anglaise s installant dans notre beau pays Société de 3 salariés anglais ,siège social en banlieue de Londres Fiscalité et charges anglaises Bonne journée les cocus!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Sebastien Clerc

Sébastien Clerc, né en 1976 est professeur de français et d’histoire géographie dans un lycée professionnel à Tremblay-en-France. Il enseigne en Seine-Saint-Denis depuis 2000. Il est auteur de Face à la Classe, coécrit avec le philosophe Yves Michaud, Folio Gallimard, 2010.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€