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5 informations fondamentales totalement éclipsées par le "Penelopegate"

Baisse du chômage en Europe, Livre Blanc britannique sur le Brexit, annulation d'une conférence d'Hani Ramadan à Roubaix, creusement de l'écart du taux d'emprunt à 10 ans entre la France et l'Allemagne, etc. : autant d'informations importantes survenues cette semaine dont vous n'avez probablement pas entendu parler.

Pendant ce temps-là...

Publié le - Mis à jour le 10 Février 2017
5 informations fondamentales totalement éclipsées par le "Penelopegate"

La montée de l’écart (spread) de taux entre France et Allemagne pour les emprunts d’Etat à 10 ans 

Jean-Paul Betbèze : 70 points de base, 0,7%. En finance, la montée de l’écart (spread) de taux entre France et Allemagne pour les emprunts d’Etat à 10 ans est passée inaperçue, alors que c’est la façon dont les marchés financiers nous perçoivent et analysent notamment notre risque. La France s’endette actuellement à 1,08% à 10 ans (pour une inflation harmonisée à 0,8%) contre 0,38% pour l’Allemagne (pour une inflation à 1,9%). L’écart est ainsi de 0,7% hors inflation, contre 0,5% en début d’année et 0,2% début novembre.

Trois phénomènes ont lieu depuis quelques mois et s’accélèrent : les taux longs montent partout, en liaison avec la reprise de la croissance et la remontée de l’inflation ;l’écart de taux s’accroît avec l’Allemagne, traduction de la montée du risque France ; pire enfin le taux réel France (taux nominal moins inflation courante) est de +0,3% contre -1,5% pour l’Allemagne. La France est perçue comme plus risquée, l’Allemagne toujours le pays le plus sûr de la zone.

Cette montée de l’écart des taux est surtout politique. Les marchés n’ont pas réagi quand, lors de la primaire de la gauche, Benoît Hamon avait esquissé l’idée de se rapprocher de l’Allemagne pour réduire, ensemble, la dette publique ! En français, il s’agit là d’un défaut souverain. Ce seul mot suffit à faire monter les taux, puisque le risque augmente, mais il n’a pas été repris par la suite. C’est heureux. Et souhaitons que ceci se poursuive. L’écart qui se creuse vient certes de l’incertitude politique qui monte (et qui pousse d’ailleurs à emprunter beaucoup avant les élections) et maintenant, dans l’esprit des marchés, de la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen. Même si une telle probabilité paraît très faible, les marchés envisagent, depuis le Brexit et Trump, toutes les possibilités. Ils cherchent ainsi ce qui pourrait affecter les autres candidats, notamment Emmanuel Macron.

N’oublions pas les enjeux, derrière ces jugements et ces comportements : ils sont réels et importants. Chaque jour, pour "tourner", le Trésor emprunte en effet 800 millions d’euros, dont 250 viennent de notre épargne et le reste de nos amis Chinois, Japonais…, qui détiennent 60 % de notre dette. François Fillon est le candidat de la réduction de la dette, Emmanuel Macron aussi, mais c’est moins mis en avant. Ce n’est pas vraiment le cas pour les autres concurrents. Le spread qui augmente montre ainsi l’inquiétude qui monte, pendant que nous discutons d’autre chose. Il serait temps de revenir à l’essentiel et de parler des budgets prévisionnels, pour les cinq ans qui viennent, mis en avant par les divers candidats. N’oublions pas que notre déficit dépasse toujours le maximum prévu dans le cadre du Pacte de Stabilité et de Croissance (3% du PIB) et que viendra un moment où la BCE achètera moins de bons du trésor français. Ceci devrait commencer en janvier prochain et peser avant.

Le taux de chômage de la zone euro a atteint 9.6% au mois de décembre 2016.

Nicolas Goetzmann : Il s'agit là du meilleur résultat de la zone euro depuis le mois de mai 2009, c’est-à-dire depuis près de 8 ans. Le taux de chômage de la zone avait atteint son sommet au mois de juin 2013, soit 12.1%. Mais il y a encore du chemin à parcourir pour atteindre le plein emploi. La première étape sera de battre le taux le plus bas de la zone euro, atteint en mars 2008, avec 7.2% de chômage, et la seconde étape sera de rivaliser avec les chiffres américains, qui restent bien inférieurs à 5% de la population active.

Cette baisse du chômage en Europe est la conséquence de la politique monétaire menée par la BCE, ce qu'explique Mario Draghi : "Globalement, nous sommes satisfaits du positionnement monétaire que nous poursuivons maintenant depuis 2014. Il est de plus en plus clair que ce positionnement a été un succès (…) Dans l'ensemble, la zone euro a créé 4.5 millions d'emplois lors des trois dernières années".

Le premier élément à retenir, c'est que, malgré les nombreuses critiques dont Mario Draghi a fait l'objet, sa politique fonctionne. Parce que ce n'est évidemment pas l'austérité qui a créé des emplois, mais bien la politique de relance de la BCE. On peut cependant regretter que la démarche ne soit pas plus franche, et donc plus rapide. On peut prendre exemple sur le cas américain, parce que les Etats-Unis sont parvenus à créer 15 millions d'emplois entre la fin 2010 et la fin 2016 en mettant en oeuvre une politique analogue, mais plus vigoureuse encore. Il existe donc une forte marge de progression au sein de la zone euro. Il faudrait également que le débat politique puisse enfin se reporter sur ces questions monétaires, parce que lorsque les dirigeants évoquent le plein emploi sans évoquer les questions macroéconomiques, cela n'a pas beaucoup de sens.

Par contre, il faudra bien un jour se poser la question de la soutenabilité des divergences internes à la zone euro. Car entre la Grèce qui affiche encore un taux de chômage de 23% ou l'Espagne avec 18.4%, et l'Allemagne qui voit son taux de chômage atteindre 3.9%, il est pratiquement impossible de concilier les intérêts. Les pays du Sud ont besoin de plus de relance, l'Allemagne n'en a pas besoin, et commence à craindre une poussée inflationniste.

La baisse du chômage est donc une très bonne nouvelle pour la zone euro, même si celle-ci est trop tardive et encore trop timide ; mais il est fort probable qu'elle soit la cause de nouvelles perturbations politiques à venir.  

 
Commentaires

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  • Par zouk - 04/02/2017 - 10:07 - Signaler un abus Spread croissant

    Englués que nous sommes dans tous les commentaires et accusations injustifiées à l'égard de R; Fillon, en occultant l'usage immodéré de la réserve parlementaire faite par les parlementaires de gauche, PS en tête, ainsi que nous en avons l'habitude en refusant de regarder au delà de nos frontières, nous sommes autistes. Les difficultés sont bien là et nous refusons de les voir, et, bien sûr a fortiori d'envisager les mesures nécessaires.

  • Par zouk - 04/02/2017 - 10:13 - Signaler un abus Parlemnt britannique

    Fidèles à leur arrogance millénaire, les Britanniques mettent en œuvre leur rejet de l'Europe, tout en cherchant à maintenir les avantages qu'ils en tirent, et nous laissons le champ libre aux divers populismes FN, Hamon....Quand notre presse retrouvera-t-elle un peu de bon sens?

  • Par Jean-Benoist - 04/02/2017 - 10:25 - Signaler un abus Les medias de la gauchosphère sont

    Responsables de ce tapage autour de penelope et ce serait bien qu atlantico ne tombe pas dans ces excès et evoquent en Une les autres ève qui sont essentiels. .. Pourquoi suivre ces journaleux gauchos bobos des beaux quartiers?

  • Par vangog - 04/02/2017 - 11:03 - Signaler un abus Mélanchon , Macron, Hamon islamophiles!

    Ces gauchistes sont les dignes descendants de ceux qui collaboraient avec les socialistes allemands, la collaboration ayant simplement changé d'objet: c'est, aujourd'hui l'islamisme qui est caressé dans le sens du poil par ces collabos..

  • Par Nap4 - 04/02/2017 - 12:46 - Signaler un abus Santé? Mon c... !

    Bel angélisme sur l'ouverture des données de santé. Oui, en effet, en France le Big Data de la santé est impressionnant sur le plan quantitatif. On pourrait donc en espérer de grandes avancées sanitaires. Mais la question est de savoir à qui seront destinées ces données ? Aux médecins ? NON ! La ministre a tout fait pour verrouiller l'accès des données aux professionnels de santé. Par contre l'administration et les assureurs y auront accès. Et pourquoi ? Et bien, souvenez vous que la Mutualité soutient, et finance probablement le PS depuis fort longtemps. Mme Touraine leur renvoie dons gentiment l'ascenseur. Mais souvenez vous : ils s'agit de VOS données personnelles de santé, agrégées avec vos données sociales (rentes, pensions, remboursements, allocations, etc.) Rien que du confidentiel. Big Brother est parmi nous.

  • Par Olivier K. - 04/02/2017 - 19:41 - Signaler un abus Banque de données des citoyens

    On pourrait mais très sérieusement simplifier la gestion de la chose publique en centralisant les données de tous les citoyens tout en rendant anonyme le lien entre les données et le citoyen. Il suffirait qu'à chaque citoyen on associe une clef publique et privé. La clef privé serait gardée par le citoyen et dans un coffre fort géré par l'état, dans lequel la clef serait cryptée avec un code reposant par exemple sur un identifiant adn, ou numero de secu. Ensuite chaque fois que des données sont générés suite à une activité du citoyen, celles-ci peuvent être associé au citoyen de façon crypté, de sorte que seul le possesseur de la clef privé (le citoyen) puisse savoir que ces donnés sont associées à lui-même. Ainsi l'état pourrait stocker les données de tous les citoyens sans savoir à quel individu sont associées chaque données. Néanmoins l'individu pourrait ensuite retrouver ses données et prouver qu'elles sont bien associées à lui même. Cela simplifierait tellement la gestion de l'état. Et les arnaques deviendrait virtuellement impossible.

  • Par vangog - 05/02/2017 - 15:03 - Signaler un abus @Olivier K pas bête!

    mais qui aura le courage de réaliser cela? Marine Le Pen commence avec la carte vitale biométrique...

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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