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5 ans après la renonciation de Benoît XVI, l’Eglise face au bilan contrasté de François

Le 11 février 2013, le pape Benoît XVi annonçait sa renonciation. Son successeur, François, a depuis entamé des chantiers de grande ampleur visant à réformer les structures de la curie.

Evolution sans révolution

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5 ans après la renonciation de Benoît XVI, l’Eglise face au bilan contrasté de François
 

Atlantico : Il y a cinq ans, Benoit XVI renonçait au trône de Pierre à la stupéfaction générale. Depuis le Pape François a pris sa place et Benoit XVI s'est retiré dans un monastère d'où il s'exprime peu, même s'il s'est expliqué sur cette renonciation. Quelles en sont, selon vous, les raisons profondes ?

Christophe Dickès : Celle tout simplement qu’il a donné : son incapacité à pouvoir accomplir sa tâche, physiquement et intellectuellement. Il s’agit de la première raison objective. Benoît XVI estimait que le pontificat est une charge comme une autre. Il ne s’agit pas d’un sacrement à proprement parler. Un prêtre est prêtre « pour l’éternité ». Un pape, lui, peut très bien renoncer à sa charge comme le stipule le droit canon. Après, Benoît XVI était bien conscient des chantiers pharaoniques à entreprendre au sein du gouvernement central de l’Eglise : principalement la réforme des structures financières du Saint-Siège, la réforme de la curie et le maintien de la lutte contre la pédophilie.

Toutes ces nécessités l’ont poussé à la renonciation : il ne voulait pas que l’Eglise revive la même carence de pouvoir des dernières années du pontificat de Jean-Paul II, épisode que lui, cardinal Ratzinger, avait connu de très près entre 2000 et 2005. D’où la renonciation. On aurait pu imaginer qu’il restât au pouvoir en ayant un véritable bras droit. Mais, il faut reconnaître que le cardinal Bertone n’avait ni la carrure, ni les qualités pour remplir ce rôle.

Quelles sont les conséquences de ce choix si singulier fait par Benoit XVI pour l'avenir de la papauté ? Faut-il s'attendre à des renonciations plus fréquentes, à commencer par celle du pape François ? Dans quelles conditions ?

Seul l’avenir nous le dira. C’est pourquoi il est assez difficile de répondre à cette question. Est-ce qu’un pape déclinant sera poussé par son entourage afin de renoncer à sa charge ? Le droit canon est très clair sur cette question. La renonciation ne peut avoir lieu sous l’effet de pressions extérieures. Le pape élu doit donc être libre de son acte. Benoît XVI était persuadé que sa décision n’entamait pas la grandeur de la charge pontificale. Elle n’en reste pas moins un acte inouï au regard de l’histoire moderne et contemporaine de l’Eglise, même si plusieurs de ses prédécesseurs (Pie XII, Paul VI) avaient songé à renoncer. Quant à François, il a renouvelé son passeport argentin. Ce qui signifie qu’il serait prêt à retourner dans son pays en cas de renonciation. Va-t-il le faire ? Nul ne le sait….

Même si ce pape compte de nombreux admirateurs, sa "cohabitation" avec le pape François semble avoir particulièrement accentué les comparaisons voire chez certains la valorisation de l'un au dépens de l'autre. La renonciation de Benoît XVI, suivie de la nomination de François, a-t-elle été selon vous une rupture ou une transition marquée malgré tout par une certaine continuité ?

Mon prochain livre consacré aux Vérités et légendes sur le Vatican et qui paraitra dans quelques semaines (Le Vatican, vérités et légendes, Editions Perrin, collection Vérités et légendes, sortie le 8 mars) se demande si un pape peut être en rupture avec ses prédécesseurs. Du point de la foi et de la morale, il ne peut exister de rupture. Le pape est chargé de transmettre un héritage -le message évangélique- qui ne lui appartient pas. Les « ruptures » se situent dans le style de chacun des papes mais aussi dans leurs priorités.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 11/02/2018 - 12:48 - Signaler un abus Les papes se suivent et ne se ressemblent pas

    Le prochain sera noir, le plus intransigeant de tous ...

  • Par Citoyen-libre - 11/02/2018 - 14:09 - Signaler un abus Les hommes de pouvoirs

    Certains pensent ou ont pensé, à tord, que le pouvoir suprême était le fruit d'une formation, d'une sélection, d'une ambition personnelle. En fait, l'histoire n'est faite que de gens exceptionnels comme : Jean-Paul 2, De Gaulle, Churchill, Roosevelt, Gorbatchev et quelques autres. Pour réussir son pouvoir, il faut avoir un caractère, des convictions hors normes, et une volonté de fer pour les appliquer. Peu d'hommes dans le monde ont et ont eu ces dispositions. Malheureusement le pape François avait ces dispositions, mais l'age a eu raison de sa volonté.

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Christophe Dickès

Historien et journaliste, spécialiste du catholicisme, Christophe Dickès a dirigé le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège chez Robert Laffont dans la collection Bouquins. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la politique étrangère et à la papauté (L’Héritage de Benoît XVI, Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde). Il est enfin le fondateur de la radio web Storiavoce consacrée uniquement à l’histoire et à son enseignement.

 

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