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4 candidats pour l’UDI : les idées qui pourraient permettre la reconstruction d’un centre fort

Alors que se déroule ce mardi 14 octobre le dernier jour du vote des militants pour l'élection du président de l'UDI, le centre-droit est pour le moment incapable de proposer un projet clair et une alternative. Les militants sont pourtant relativement cohérents sur leurs idées.

Bataille pour la présidence

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4 candidats pour l’UDI : les idées qui pourraient permettre la reconstruction d’un centre fort

Ce mardi 14 octobre se déroule le dernier jour du vote des militants pour l'élection du président de l'UDI

Atlantico : Le recentrage est une stratégie en vogue à droite. Comme le sous-entendait récemment Alain Finkielkraut en assimilant recentrage et déni du réel, existe-t-il un malentendu entre ce que les politiques entendent aujourd'hui par recentrage et ce qu'en attendent les électeurs ? Le centre est-il condamné à la synthèse ?

Stéphane Rozès : Il y a bien malentendu car ce qu’est devenue l’UMP n’est plus en adéquation avec le centre idéologique de la droite. Les militants de l’UMP sont plus à droite que le reste de l’électorat de droite. D’où le hiatus dans les sondages lors de la bataille pour la présidence du parti entre François Fillon et Jean-François Copé. François Fillon était nettement devant Jean-François Copé dans ces sondages mais le score final très serré a montré un décalage. Le peuple de droite est composé de différentes sensibilités.

Le centre-droit libéral remonte à l’époque de Louis Philippe et des orléanistes. Il est en son sein traversé par des factions différentes, l’UDI, le MoDem, le Parti radical… Il s’agit de partis de notables qui sont plus indexés à des enjeux de pouvoir et de répartition des postes qu’à leur électorat qui est assez cohérent. Il y a donc un décalage.

Jean Petaux : "La quadrature du centre" est une figure bien connue de la vie politique française. Je ne sais pas s’il existe un malentendu entre le recentrage envisagé par les politiques et un éventuel désir de recentrage exprimé par les électeurs. On a souvent parlé de "centre introuvable" pour désigner en fait un "centre impensé". En fait, dans le système politique de la Vème République tout est fait pour que la bipolarisation "droite-gauche" écrase les partis du centre. Le mode de scrutin (uninominal, arrondissement, majoritaire à deux tours pour l’élection des députés) contribue largement à cette situation. L’élection présidentielle au suffrage universel, ensuite, a pratiquement toujours privilégié les candidats pouvant s’appuyer sur un parti politique fort et organisé : Chirac et le RPR ont ainsi pris le dessus sur Barre et l’UDF en 1988 ; Mitterrand l’a toujours emporté avec le PS sur tout candidat de centre-gauche (MRG et PRG ensuite) ; Bayrou bien qu’ayant réalisé un excellent score en 2007 n’est pas parvenu à dépasser Ségolène Royal qui avait le soutien (même limité…) du PS quand le futur maire de Pau ne pouvait que s’appuyer sur une partie de l’UDF préfigurant le MODEM. Autrement dit les tendances lourdes du système politique française constituent un véritable mur d’escalade pour le centre le condamnant ainsi à rechercher des alliances programmatiques auprès des deux grands partis de gouvernement.

Déjà sous de Gaulle et Pompidou, les centristes autour de Jean Lecanuet (héritiers du MRP, le parti démocrate-chrétien de la IVème République) ont d’abord couru sous leurs propres couleurs, au point de contribuer à mettre en ballottage le Général à la présidentielle de 1965. Mais moins de 4 ans plus tard, d’abord avec Jacques Duhamel (PDM) ralliant Georges Pompidou en 1969 puis avec Lecanuet, JJSS et les "Réformateurs" s’alliant à Giscard d’Estaing lors de la présidentielle de 1974, ces mêmes centristes sont revenus dans la majorité présidentielle de l’époque. Je dirai donc qu’ils ne sont pas condamnés à la synthèse, ils sont intrinsèquement le moteur des synthèses. La synthèse est un puissant stimulant chez eux, surtout quand elle permet de peser sur l’action. Et, accessoirement, de conquérir des postes électifs.

Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 51 % des sympathisants UDI se disent proches des valeurs et des idées défendues par la Manif pour tous. En quoi peut-on dire qu’une importante partie de l’électorat du centre-droit s’inscrit toujours dans la tradition démocrate-chrétienne héritée de l’UDF ? Quelles valeurs défendent ces électeurs ?

Stéphane Rozès : Si l’électorat UDI s’inscrit dans la tradition de démocratie chrétienne il est tout de même partagé sur la Manif pour tous. C’est un électorat qui a connu Vatican II et qui n’est pas sur les positions de Philippe de Villiers. Ses valeurs chrétiennes défendent des mœurs plutôt tolérantes et humanistes comme en témoignent les études très précises sur le rapport à l’argent et sur le globalisme culturel. C’est donc différent des autres démocraties chrétiennes comme en Italie.

Jean Petaux : Quand on regarde précisément le sondage auquel vous faites référence on se rend compte que les sympathisants UDI se déclarant proches des valeurs défendues par la Manif pour tous ne sont pas à confondre terme à terme avec les héritiers de la démocratie-chrétienne. L’UDF, ne l’oublions pas, était une confédération de sensibilités très diverses où l’on a trouvé d’authentiques catholiques pratiquants, inspirés par la doctrine chrétienne-sociale de l’Eglise qui s’est traduite en France dans "le Sillon" de Marc Sangnier dans l’Entre Deux-guerres, dans de petites formations comme "Jeune République" (favorable au Front Populaire en 1936) puis dans la Résistance et, bien sûr, à la Libération, dans le Mouvement Républicain Populaire (MRP).

Ces cadres politiques ont été ensuite très actifs dans la formation du Centre des Démocrates Sociaux (CDS), composante de l’UDF après 1974. Ils soutinrent Raymond Barre dans sa course présidentielle pendant les années 80. Mais aux côtés de ces catholiques, on trouvait aussi à l’UDF toute la sensibilité giscardienne (les anciens "Républicains indépendants") qui ont trouvé en VGE (véritable inventeur de l’UDF dans son ouvrage "Démocratie française" sous-titré "Deux Français sur trois")  le chantre de la modernité libérale dans une France post-soixante-huitarde en quête plutôt générale de libertés formelles. On a compté aussi les "Radicaux-valoisiens", dont une partie non-négligeable était à la fois franc-maçonne et économiquement libérale, regardant les "chrétiens-démocrates" avec sinon hostilité du moins distance. Et pour faire bonne mesure, l’UDF a aussi recueilli des "ex-socialistes" issus de la SFIO (le PSD entre autre d’André Santini ou, originellement, d’Eric Hintermann) qui ont quitté le PS lorsque celui-ci sous la conduite de Mitterrand a signé le "Programme commun d’Union de la Gauche" avec le PCF et les Radicaux de gauche.

L’UDI a été un peu, derrière Jean-Louis Borloo, l’héritière de toutes ces sensibilités recomposées, se recoupant entre elles mais se concurrençant aussi parfois férocement. Parce qu’il s’agit, selon la vieille dichotomie, d’un "parti de cadres" dont les ambitions électorales l’emportent souvent sur la densité du projet ou sur la force des marqueurs idéologiques. Alors de là à dire que l’UDI se situerait dans la tradition démocrate-chrétienne, j’aurais tendance à préciser "pour partie seulement". D’autant que le sondage IFOP pour Atlantico sur les soutiens à la "Manif pour tous" a aussi montré que les sympathisants du MODEM (sans doute en filiation plus directe avec les chrétiens-démocrates qu’une partie de l’UDI) étaient, eux, bien plus favorables au mariage pour tous que leurs "cousins" UDI…

D'après une étude de l’Ifop dévoilée en septembre 2013, 40 % des sympathisants UDI estiment qu’il faut davantage s’ouvrir vers le monde, contre 27 % pour l’UMP et 34 % pour le MoDem. En quoi peut-on dire que l’adhésion à l’Europe est le point commun des électeurs de centre-droit ? De la même manière, en quoi peut-on dire que les électeurs de l’UDI partagent globalement des valeurs économiquement libérales ?

Stéphane Rozès : C’est un électorat pro-européen, universaliste et libéral du point de vue culturel et économique. Le christianisme porte en soi une dimension d’universalisme et on voit que les régions comme l’Ouest et Alsace sont des régions du centrisme. Dans l’universalisme chrétien, à partir du moment où l’on adhère à une cause on fait partie d’une communauté. C’est un électorat qui est moins travaillé que le reste de l’électorat français par la tension entre Europe idéelle et l’Europe réelle.

En effet, cet électorat est surtout composé des classes moyennes qui se projettent dans l’avenir et qui sont moins travaillées par la tentation du repli national comme protection. Comme ils peuvent davantage se porter vers l’avenir ce sont ceux qui peuvent le plus adhérer à l’Europe idéelle et se satisfaire de l’Europe réelle de Bruxelles. Le libéralisme économique vient d’une plus grande confiance dans la capacité de l’individu à faire face collectivement. La France chrétienne voit beaucoup plus la famille et la religion comme étant deux choses tenant ensemble.

Jean Petaux : Il est très important de rappeler ces chiffres et l’étude de l’IFOP de septembre 2013. Elle confirme que ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de l’UDI sont d’authentiques Européens, hérités de la grande tradition de l’après-guerre, des pères fondateurs de l’Europe (les Faure – Edgar et Maurice -, piliers du "radicalisme" ; les Gaillard et Bourges-Maunoury ; les Chaban aussi quelque part, puisque celui-ci était le plus "radical des gaullistes" et le plus "gaullistes des radicaux", inspirés par le radical-socialisme d’Herriot par exemple. Les sympathisants de l’UDI sont aussi de fervents libéraux au plan économique, partisans du libre-échange, hostiles aux barrières douanières et désireux de favoriser les conditions de la création d’un grand marché unique.

Ce tropisme de l’ouverture au monde, chez les libéraux économiques (mais aussi inspirés par Tocqueville par exemple au plan des idées) fait aussi d’eux des voyageurs, des "citoyens-monde" qui sont assez fascinés par les Etats-Unis, par l’expansion commerciale (voire coloniale sous la IIIème République avec un radicalisme qui se veut aussi universaliste…). Le grand projet de tous ces cadres politiques a été sans conteste l’Europe unie : du Conseil de l’Europe qu’ils contribuèrent à fonder (avec d’autres : les chrétiens-démocrates et les socialistes par exemple) par le traité de Londres du 5 mai 1949 à la Communauté économique européenne qu’ils firent naitre, à six Etats, le 25 mars 1957 à Rome. Si on n’a pas cette histoire en mémoire on ne comprend rien à l’attachement des centristes à l’Europe qui est sans doute le sujet sur lequel ils n’ont jamais transigé, même s’ils durent en rabattre et réduire leur voilure européenne face à l’euroscepticisme d’une partie de la droite gaulliste, incontestablement de culture plus souverainiste (tels les Debré, les Seguin ou les Pasqua) quand une autre partie de la famille gaulliste n’a jamais fait mystère de son adhésion à l’Europe (tels les Chaban, les Chirac – modèle "Traité de Maastricht 1992"  et pas "Appel de Cochin  décembre 1978" - ou les Juppé).

Concernant les valeurs libérales, cela s'explique pour une partie des raisons que je viens d’exposer ici mais aussi parce qu’ils se situent dans le droit fil de l’héritage idéologique de la Révolution française, révolution éminemment libérale qui proclame, dès la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, dans ses articles 3 et 17, le "droit à la propriété" entendu comme inaliénable. Les électeurs de l’UDI sont de fervents défenseurs de la liberté d’entreprendre et ont tendance à considérer que les normes et contraintes actuelles brident considérablement cette faculté. Mais, pour autant, j’aurais tendance à considérer que ce ne sont pas des "néo-libéraux" ou des adeptes du "thatchérisme" voire des "reaganomics". Ils sont "libéraux à la française" en quelque sorte. De cette sensibilité humaniste, inspirée souvent par les valeurs philanthropiques propres à la franc-maçonnerie, celle du Grand Orient comme celle de la Grande Loge (moins "politique" que la première obédience citée) qui les rend attentifs aux plus démunis par exemple dans un souci de ne pas casser le système de protection sociale en vigueur depuis 1945 dans notre pays, tout en souhaitant le réformer et l’adapter aux contraintes du temps.

 
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  • Par Deneziere - 14/10/2014 - 09:47 - Signaler un abus Le carré de J. Petaux ne tient pas debout

    Le carré "Europe" / "Libéralisme économique" / "Humanisme" / "Laïcité républicaine" ne tient pas debout pour au moins deux raisons (1) L'humanisme centriste va les amener à prendre avec l'islam des soi-disant "arrangements raisonnables" qui seront des nièmes coups de poignard à la laïcité républicaine et (2) le libéralisme économique est vécu en France comme inhumain. A court-terme, le centrisme n'a pas d'avenir. Il est possible quand tout va bien. Plus la vie est devenue difficile dans ce pays, plus le centrisme s'est étiolé. La société est rentrée dans une phase de défiance interne, et la synthèse n'est pas aujourd'hui possible.

  • Par arcole 34 - 14/10/2014 - 13:29 - Signaler un abus EN MATIRERE DE DEMOCRAYES-CHRETIENS DANS L'HISTOIRE

    Il n'y a pas que Marc Sagnier et jeune république c'est faire fi des fondateurs comme Albert de Mun , Frédéric Ozanam , René LaTour du Pin , François - René Chateaubriand etc.. . De 1870 à 1914 la gauche de la 3é république ne s'est jamais préoccupée su sort et de la misère ouvrière mais d'une seule unique chose : faire la guerre aux Catholiques qui représentaient 95 % des Français de l'époque . Ne pas oublier l'encyclique de 1891 Rerum Novarum , que la 1 ére loi votée pour limiter le travail des enfants et celui de nuit date de 1840 et était le fait d'Albert de Mun qui était un royaliste légitimiste et MGR Freppel , Dupanloup et j'en oublie . De toute façon la démocratie Chrétienne n'a jamais pu prendre racine dans le monde politique de notre Pays , certains s'en réclament mais ne parlons du jeu trouble de ces personnes tant dans l'après guerre que sous notre République , je suppose qu'une chienne n'y retrouverait pas ses petits . Ne mélangeons pas tout .

  • Par Jardinier - 14/10/2014 - 18:54 - Signaler un abus Il n'y a que moi qui voit que Jean Christophe Fromentin

    a un gros potentiel ?. Lagarde et Morin sont des nains, et Yves Jego est un type bien, mais ça ne suffit pas.

  • Par Le gorille - 15/10/2014 - 02:31 - Signaler un abus Ils se sont abstenus

    Abstenus : l'UDI ne sait pas choisir, donc décider : la loi sur la transition énergétique en est la preuve. Alors, pour les militants de l'Union Destructurée des Inconsistants, quelque soit leur vote, leur chef sera à cette image... si toutefois il n'y a pas quatre résultats fort voisins... ce qui compromettrait la constitution d'une majorité interne.

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Stéphane Rozès

Stéphane Rozès est politologue, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives), et enseignant à Sciences Po et HEC.

 

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, grande école dont il est depuis 27 ans le directeur de la Communication et des Relations extérieures. Auteur d’une dizaine d’ouvrages,  il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac  intitulé « Paroles politiques ».  Parmi ses publications antérieures il a  codirigé aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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