Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 28 Septembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

3000 milliards d'euros de "hors bilan" : peut-on prendre la véritable mesure de la dette française sans les comptabiliser ?

La dette française officiellement comptabilisée par l'Insee ne refléterait pas l'intégralité des emprunts français. Selon la Cour des comptes, la véritable dette, tenant compte entre autres des 3090 milliards d'euros de hors bilan, dépasserait les 240% du PIB.

L'arbre qui cache la forêt

Publié le
3000 milliards d'euros de "hors bilan" : peut-on prendre la véritable mesure de la dette française sans les comptabiliser ?

L'ensemble de la dette française représenterait en réalité 240% du PIB selon la Cour des comptes. Crédit Reuters

Une partie de cet article a précédemment été publié sur le blog de Michel Volle


La dette de la France telle que nous la mesurons couramment ne dit rien sur les risques non comptabilisés que court notre économie sur ses engagements hors bilan : faillite d'une banque ou d'une très grande entreprise française "too big to fail", défaut d'un pays étranger... Pour les évaluer il faudrait connaître les contrats qui mentionnent les garanties que la France risque d'être obligée d'honorer : une telle analyse suppose une enquête que seule l'inspection générale des Finances pourrait peut-être effectuer. Il est en tout cas certain que ces engagements hors bilan existent, et que les risques qu'ils comportent s'ajoutent à ceux que provoque, déjà, le creusement progressif de la véritable dette de la France

On dit "la dette de la France" (ou "de l'Espagne", "de la Grèce" etc.) alors qu'il s'agit de la dette de l'État français, espagnol, grec.

Or la dette d'un État et celle d'un pays sont deux choses différentes : outre l’État, un pays comprend des ménages et des entreprises, et sa dette est la somme de celle de ces trois acteurs.

On évalue par ailleurs le niveau d'endettement d'un État par le ratio "dette brute / PIB", choisi lors des accords de Maastricht. Ce ratio est un leurre conceptuel car il compare un stock d'un acteur (le niveau de la dette brute d'un État) à un flux d'un autre acteur (la valeur de la production annuelle du pays, mesurée par le PIB). La "dette nette", écart entre la valeur des dettes d'un acteur et celle des créances qu'il détient sur d'autres acteurs, est d'ailleurs plus significative que sa dette brute.

Le ratio qui permettrait d'évaluer sa crédibilité serait "dette nette / valeur des actifs" car celui qui possède un actif important peut, s'il le faut, vendre pour rembourser. Il faudrait fouiller les comptes nationaux pour évaluer les actifs de la France et ni le citoyen, ni les économistes ne possèdent la technicité requise car certaines données essentielles manquent : comment évaluer, par exemple, cette part de l'actif d'un État qu'est sa capacité à lever de nouveaux impôts ?

Nous allons donc focaliser notre attention sur la dette nette de la France. Dans la dette nette d'un pays les dettes internes s'annulent, puisque à une dette d'un acteur correspond une créance d'un autre : seules comptent les dettes et créances avec d'autres pays.

On connaît la dette nette de la France : la Banque de France publie chaque année un "compte des transactions courantes" qui décrit les échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants avec l'extérieur. Le solde de ce compte représente l'écart entre ce que la France a emprunté et prêté chaque année. Regardons l'évolution de ce solde (comme toujours quand on parle de dette il faut considérer les valeurs nominales : l'image des dettes anciennes est donc comprimée par l'inflation qui a suivi) :


Graphique 1 : solde des transactions courantes 1949-2012 (milliards d'euros)

Jusqu'au début des années 1990 la courbe est accidentée et il faudrait une analyse historique pour l'interpréter. L'évolution à partir de 1990 est par contre lisible et fortement contrastée : négatif en 1990 (- 8 milliards d'euros), le solde s'améliore ensuite. Il devient positif en 1992 (3 milliards) et augmente continuellement pour atteindre un maximum en 1999 (43 milliards). Puis il décroît rapidement et devient négatif en 2005 (- 8 milliards). Il est à partir de 2009 de l'ordre de - 40 milliards, soit un endettement annuel de 2 % du PIB.

Les années 1990 ont donc été de bonnes années pour la crédibilité de la France mais cet avantage s'est réduit après 2000. À partir de 2005 la France s'est endettée chaque année un peu plus : elle a, et de plus en plus, consommé plus qu'elle ne produit. Assurément une telle situation n'est pas saine car un pays ne peut pas vivre indéfiniment au dessus de ses moyens. Mais ceci concerne le flux de l'endettement annuel ; qu'en est-il du niveau de la dette ?

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ravidelacreche - 16/06/2013 - 11:08 - Signaler un abus 3000 ou 3090 ?

    Ça change tout !

  • Par ZOEDUBATO - 16/06/2013 - 11:14 - Signaler un abus Et il en reste dans les recoins secrets de l'Etat

    Comme pour les primes qui continue d'être distribué Place Beauvau, les hauts fonctionnaires savent très bien planquer des sommes importantes

  • Par la saucisse intello - 16/06/2013 - 11:52 - Signaler un abus Commençons "modestement".....

    par provisionner les pensions des fonctionnaires : On arrive tranquillement à 2400 milliards. Mais bon, au point où nous en sommes, 600 de plus, 600 de moins, 1800, 2400, 3000.......broutilles tout ça !!!

  • Par vangog - 16/06/2013 - 13:18 - Signaler un abus Les chiffres importent peu en comparaison de la

    tendance de la courbe, seule parlante! D'ici deux ans, la dette nette sera doublée, si la croissance française ne revient pas! On comprend la nervosité des Socialistes ( qui vont se prendre une méga tuile, ce soir, dans le Lot...) et qui supplient l'Europe de leur donner de la croissance, croyants attendant tout de la mane céleste... Ils n'ont pas encore compris que l'Europe ne peut rien pour compenser leur inaction et leur incompétence! Avant que la dette nette ne double, les intérêts auront grimpé, car les fonds de pension américains n'auront plus confiance dans le prêteur en dernier recours qu'est l'Europe, après son éveil des Nationalités contre la dictature Européiste... Le pire est à venir, et les socialistes devront enfin prendre toute la responsabilité de ce pire!

  • Par Pourquoi-pas31 - 16/06/2013 - 15:28 - Signaler un abus Il faut trouver une solution !

    Si on ne peut pas imprimer de la monnaie, on pourrait peut être imprimer des anciens bons de l'emprunt russe et les négocier ?

  • Par ZOEDUBATO - 16/06/2013 - 18:23 - Signaler un abus Houlà ! Houlà calmos ! L'usurpateur se prépare pour

    participer ce soir à l'émission Capital de M6 Depuis 15 jours il subit 8 h de cours tous les jours pour essayer de comprendre les différences entre : - Chiffre d'affaire et bénéfice -Investissements et achats - Poste de dépense et postes économiquement rentables Aux dernières nouvelle c'est pas gagner ! Par contre il proposera une politique "mur des cons" pour faire taire les chômeurs qu'il crée à tour de bras

  • Par Vinas Veritas - 16/06/2013 - 18:31 - Signaler un abus Bilan France

    Il est amusant de lire un article basé sur l’interprétation du bilan de l’entreprise État France au lieu de continuellement relire les analyses des comptes de résultat. Ce regard modifie sérieusement l’impact des politiques menées par les différents dirigeants placés aux commandes. Si le constant discours rabâché à longueur de temps peut amener la critique sur la gestion annuelle et déconnectée du passé conduit à considérer beaucoup d’erreurs chez les uns et les autres, le simple regard sur le bilan consolidé n’aboutit qu’à l’amer constat que la gauche a constamment dilapidé le capital hors crises et que la droite a tenté d’en minimiser les impacts. La fameuse crise qui n’existait pas ces 5 dernières années se montre au grand jour maintenant lorsque les actifs France ont été épuisés pour une sauvegarde (efficace, inefficace ?) des capacités à rebondir. Maintenant, ce bilan semble montrer que le trésor capital n’existe plus et qu’il n’est plus possible de s’appuyer sur l’absence de ressources mobilisables à moins d’un retournement improbable vers la reconstitution de ce matelas indispensable.

  • Par jean fume - 16/06/2013 - 21:38 - Signaler un abus ça ne fait pas de mal de le rappeler.

    La France s'en va tranquillement et sereinement vers les 1900 milliards de dettes. Mais ça ne représente que la partie visible de l'iceberg. Et ce n'est certainement pas ceux qui se gavent dessus, depuis 35 ans, qui vont s'empresser de le rappeler. Des fois que ça déclenche un vent de panique dans les chaumières.

  • Par vspatrick - 17/06/2013 - 06:11 - Signaler un abus Mais ça repart .....

    en europe nous disait-on il y a quelques jours sur Atlantico. Personne ne paiera jamais aucune dette, il va falloir vous mettre ceci dans la tête, et donc ça va finir par coincer..... Nos politiques et nos soit disant économistes nous enfument joyeusement à longueur de temps, car après tout, ce bel équilibre n'est basé que sur la confiance. Tant que les jambons que nous sommes acceptons d'être enfumé, tout ceci continuera joyeusement.....

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Michel Volle

Michel Volle est économiste français.

Diplômé de l'École Polytechnique et de l'École Nationale de la Statistique et de l'Administration Économique, il est l'auteur d'un blog dédié à l'actualité économique.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€