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Les 3 temporalités nécessaires pour comprendre l’impact de l’élection de Laurent Wauquiez chez LR

L’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti Les Républicains, suivie du départ de Xavier Bertrand et de la composition d’une nouvelle équipe de direction autour du nouveau Président permet de remettre en perspective les évolutions récentes de la droite française. Par Bruno Cautrès pour BVA.

Chevalier à la parka rouge

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Les 3 temporalités nécessaires pour comprendre l’impact de l’élection de Laurent Wauquiez chez LR

L’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti Les Républicains, suivie du départ de Xavier Bertrand et de la composition d’une nouvelle équipe de direction autour du nouveau Président permet de remettre en perspective les évolutions récentes de la droite française. Pour cela, il faut renoncer aux seules explications de court terme et comprendre que le temps politique est un temps sédimenté par des couches successives. Rien n’est jamais totalement inattendu en politique et tout évoque les effets en écho des différentes temporalités politiques

La première dimension temporelle dans laquelle s’inscrit cette élection est celle du temps court : le contexte « post-traumatique » de l’élection présidentielle de 2017.

Un peu comme le PS après le 21 avril 2002, les militants LR ont souhaité désigner un leader au CV politique déjà bien garni, une personnalité bien installée et campée dans le paysage médiatique afin que leur parti puisse à nouveau être incarné par une forte personnalité. La droite française a connu plusieurs leaders qui « faisaient chef » : Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont incarné, avant Laurent Wauquiez, un leadership fondé sur l’autorité, l’expression d’une ligne politique goûtant peu les « courants internes » qui déchiraient régulièrement dans le même temps le PS.

La seconde dimension temporelle dans laquelle peut s’analyser l’élection de Laurent Wauquiez est celle du moyen terme. Cette deuxième dimension nous ramène au tournant de 2004. L’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP cette année-là (il obtient 85,09 % des voix des membres du parti face à Nicolas Dupont-Aignan et Christine Boutin) a été suivie d’une victoire à la présidentielle de 2007, d’un match (de boxe) entre François Fillon et Jean-François Copé en 2012 pour la tête du parti, du retour de Nicolas Sarkozy en 2014, et de la désignation de François Fillon comme candidat à la présidentielle de 2017 à l’issue d’une primaire très mobilisatrice et ouverte.

En treize ans, la droite a eu plusieurs occasions de se choisir un leader. A chaque fois le choix s’est porté sur une personnalité incarnant une ligne de « droite sans complexe ». Le score de François Fillon à la présidentielle (20%), dans le contexte d’une descente aux enfers, est une donnée que l’on aurait d’ailleurs tort de négliger : son échec (mais en obtenant un score inférieur de seulement 1,3 point à Marine Le Pen) montre en creux la formidable envie de victoire qu’avait la droite, sur une ligne économique et identitaire que son candidat qualifiait lui-même de « radicale ».  

La troisième dimension temporelle qui permet de comprendre l’élection de Laurent Wauquiez est celle du plus long terme : la création de l’UMP en 2002 souhaitait unifier toutes les droites et en finir avec le spectre de la division. Comme si la création d’une union partisane, d’abord destinée à gagner les législatives de 2002, pouvait abolir les lourdes tendances historiques de la pluralité des droites françaises si bien décrite par René Rémond et son triptyque des trois droites : la droite « bonapartiste » autoritaire, la droite « orléaniste » libérale et modernisatrice et la droite « légitimiste », conservatrice et nostalgique de la royauté.

 
Commentaires

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  • Par gilbert perrin - 15/12/2017 - 08:47 - Signaler un abus l'équipe ne doit pas s'arrêter à 7 noms ?????

    PELTIER et ABAD à la territorialité OUI, mais avec le terrain, avec la société civile en dehors du système et des partis....

  • Par Bobby Watson - 15/12/2017 - 20:55 - Signaler un abus La société civile ?

    @gilbert perrin. Qui en effet de la société civile, qui avait bien lancé la campagne de F Fillon ? Wauquiez compte-t-il faire appel à Rafik Smati, ce jeune chef d'entreprise du numérique qui avait porté le fer avec les macronistes et qui anime Objectif France ?

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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