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20e anniversaire de la mort de Mitterrand : quand le machiavélisme de l’élève Hollande dépasse celui du maître

Vendredi 8 janvier, François Hollande participera aux cérémonies du 20 anniversaire de la disparition de François Mitterrand à Jarnac. Un pèlerinage qui rapproche les deux derniers Présidents de la République, l'actuel, et l'ancien. Et ce parallèle n'est pas anodin. Mitterrand n'est sans doute pas le modèle de Hollande, et pour cause, il l'a dépassé dans au moins un domaine : le machiavélisme.

Le Prince ?

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20e anniversaire de la mort de Mitterrand : quand le machiavélisme de l’élève Hollande dépasse celui du maître

Atlantico : On compare de plus en plus François Hollande à François Mitterrand. Mis à part le prénom qu'ils ont en commun, cette comparaison est-elle légitime à vos yeux ?

Georges-Marc Bénamou : Elle n'est pas illégitime dans la mesure où François Hollande est le premier président socialiste depuis François Mitterrand. Ce n'est effectivement pas le seul parallèle que l'on peut tracer. Mais il faut savoir qu'idéologiquement François Hollande était à la tête dans les années 1980 d'un mouvement, les transcourants, dont la spécificité était d'être les descendants à la fois de Jacques Delors et de François Mitterrand. Donc de par sa constitution, Hollande est un hybride de démocrate-chrétien et de socialiste.

Ce n'est pas tout à fait le cas de François Mitterrand qui dans les années 1970 et 1980 s'inscrivait dans une stratégie d'Union de la gauche. François Hollande n'est pas un socialiste pur et dur, même si Mitterrand ne l'était pas non plus à l'origine. Ségolène Royal, elle, est beaucoup plus dans filiation mitterrandienne, à savoir tournée vers le terroir. D'ailleurs, sur le plan affectif, elle était restée très proche de Mitterrand. Ce n'est pas du tout le cas de François Hollande qui n'a jamais été son ministre. Il était proche de Jospin à la fin de la vie de Mitterrand et comme ce dernier ne supportait pas vraiment le futur candidat à la présidentielle de 2002, je ne pense pas qu'il s'intéressait beaucoup à François Hollande.

La deuxième divergence fondamentale tient au fait que Mitterrand était un président de septennat. Le quinquennat a changé beaucoup de paramètres. Il a affaibli le président. Et Mitterrand le savait. Lors de mon dernier entretien avec lui à l'Elysée, en mai 1995, il a cette réflexion que je publie dans mon livre (NDLR : "Dites-leur que je ne suis pas le diable" sorti le 7 janvier 2015, chez Plon ici) dans laquelle il explique pourquoi, sans mégalomanie, il est le dernier grand président. Après lui, le pouvoir s'est déplacé vers l'échelon européen avec une perte effective de souveraineté pour la France. La mondialisation a elle aussi dilué les prérogatives du président. Le quinquennat a provoqué quant à lui une forme de fragilisation du système de la Vème République dans la mesure où les parlements ont commencé à mener la vie dure à tous les présidents. Cet entretien était totalement visionnaire. Il décrit le calme plat de Chirac qui a servi de transition. Il décrit aussi les petits présidents qui lui ont succédé, que ce soit Sarkozy ou Hollande, comprenez des hommes d'Etat qui se singularisent par les difficultés qu'ils rencontrent lorsqu'ils tentent d'agir.

Quel est le destin de Hollande ? Est-ce d'être, comme le disait Mitterrand, un petit président ou de trouver lui-même son propre chemin ? C'est la question qui va se poser d'ici à 2017 et par la suite s'il est réélu.

Mitterrand et Hollande ont une autre différence. Le premier avait bâti une stratégie politique très solide qui était adaptée à son temps : la fusion de la gauche. Il ne portait pas les communistes dans son cœur mais cette alliance était nécessaire. François Hollande, lui, n'a pas réussi à créer d'union, ni avec les écologistes, ni avec ce qui reste du Parti communiste français. Donc quelle est la politique de Hollande ? La question est tout à fait légitime. La stratégie de Mitterrand était très claire. Elle était à gauche. Celle de François Hollande se situe dans l'ouverture au centre et dans la réinvention d'une sorte d'alliance entre la gauche et le centre.

Dans les entretiens avec Mitterrand que je publie, l'ancien Président de la République mettait en garde contre une telle stratégie. Il exhortait Henri Emmanuelli et Jack Lang en leur expliquant que la gauche c'était le parti des salariés et des ouvriers. Si elle oubliait cela, elle ne sera plus rien. Or la gauche d'aujourd'hui fonctionne selon les idées du club Terra Nova et consort. Elle a oublié le peuple. Elle pense qu'il faut faire alliance avec les banlieues et satisfaire les bobos. Ce ne sont pas les leçons que j'ai retenu de Mitterrand.  

En termes de stratégie politique, on peut voir à travers l'exemple du débat sur la déchéance de nationalité que Hollande n'a rien à envier à Mitterrand. L'élève a-t-il dépassé le maitre en termes de cynisme ?    

Je n'emploierai pas le terme de "cynisme" mais plutôt "machiavélisme". François Hollande a appris (et ce n'est pas compliqué lorsque l'on gère le Parti socialiste) à être cet homme lisse sur lequel tout coule. Mitterrand était un peu dans la même veine. Prendre les rênes du PS amène à apprendre ces jeux politiques byzantins; et donc le machiavélisme qui est l'art du politique.

Et vous avez raison, le meilleur exemple réside dans la façon, très mitterrandienne, avec laquelle il a étouffé Sarkozy et Les Républicains dans le Discours du Congrès et la gestion des évènements de novembre. Certes, il y a des bugs sur la déchéance de nationalité mais cette manière d'instaurer un dialogue direct entre lui et Marine Le Pen en passant par-dessus la tête de Sarkozy est assez machiavélienne et habile.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 07/01/2016 - 10:17 - Signaler un abus comparaisons

    Hollande est à Mitterrand ce que Fleur Pellerin est à Jack Lang !

  • Par zouk - 07/01/2016 - 10:30 - Signaler un abus Machiavélisme

    Sans avoir le même talent ni surtout le même sens de sa fonction, donc du sort de la France, Fr. Hollande a beaucoup plus le talent de déployer en toutes ses manifestations le brouillard le plus épais. Fr. MItterand avait malgré tout le sens de l'Etat, Fr. Hollande n'a que des fins électoralistes, médiocres.

  • Par Borgowrio - 07/01/2016 - 10:38 - Signaler un abus Le mythe Mitterrand

    La puissance de l'idéologie ,je dirait religion, socialiste fait que Mitterrand , le plus mauvais président français est devenu un mythe. En effet l'économie française souffre de la quasi totalité des lois et orientations prise après 1981 ... Ce qui n'empêche pas que ce triste sire ait des rue , places , médiathèques etc ... à son nom

  • Par Mike Desmots - 07/01/2016 - 11:48 - Signaler un abus F.Hollande est plutôt un Machiavel de pacotille...

    Quand à Mitterrand ...il n'avait pas l'air d'aimer les sans-dents ...! mais com. était plus réussie ...il n'a jamais osé proclamer bêtement , qu'il n'aimait pas les riches...

  • Par bd - 07/01/2016 - 14:48 - Signaler un abus Pour éviter les machiavéliques, revenez vers le centre!

    Le centre n'est ni populiste ni vraiment populaire ces temps-ci... et pourtant, c'est bien là qu'on trouve les personnalités politiques les plus équilibrées psychologiquement et les plus à même de sortir le pays des ornières créées par les conservateurs de gauche et de droite.

  • Par bjorn borg - 07/01/2016 - 15:17 - Signaler un abus BD

    ??? Vive le l'avant centre !!!

  • Par Fredja - 07/01/2016 - 15:22 - Signaler un abus Il ne lui arrive pas à la cheville

    Miterrand était un président qui en imposait, contrairement à Hollande qui est un bouffon. C'est comme ça qu'il a pu mettre en place Urba Graco, et essorer toutes les boites privées travaillant en France quand il a obtenu le pouvoir. C'est le plus grand "Parrain" que la France ait connu... Meme dans le domaine de la truande, Hollande ne lui arrive pas à la cheville. C'est un petit Président, dans tous les sens du terme. Et il est dangereux, car Mitterrand n'a jamais cherché à provoquer des attentats en France pour augmenter sa côte de popularité... Je me demande sérieusement qui songera à baptiser une place ou un monument de son nom quand il aura enfin débarassé le plancher.

  • Par pandore - 07/01/2016 - 18:49 - Signaler un abus A des années lumières

    Deux François, mais un seul Français, je veux dire qui avait le sens de l'Etat et l'amour de la FRANCE. Même si je n'ai jamais pu adhérer une seule seconde à sa ( à ses ) politiques. L'actuel n'est qu'un usurpateur dont les manigances commencent sérieusement à se voir. Tout n'est que com' jusqu'à la nausée et à la récupération vulgaire. Si les Français ne le voient pas ; c'est vraiment qu'ils sont aveugles, et là ?????

  • Par jurgio - 07/01/2016 - 20:02 - Signaler un abus Le machiavélisme est, en France, la seule méthode politique

    qu'ont les élus pour rester en place. Autant dire qu'ils manquent de cran et de courage. Mitterrand n'avait pas besoin d'appuyer sur la pédale puisqu'on l'a médiatiquement fait passer pour un « bon président » et qu'il fut réélu sans avoir rien fait, après un bilan cala-mitteux » (probablement l'étymologie de cet adjectif) Hollande au cerveau rabougri n'a que le cynisme pour se battre ou se débattre de ses concurrents. Quand arrêtera-t-on de rester béat devant des combines pourries qui déterminent si bien l'incapacité et l'incompétence ?

  • Par abracadarixelle - 07/01/2016 - 20:15 - Signaler un abus Machiavelique le Gros ???

    Je le trouve plutôt poussif dans son jeu de pistes ; d' ailleurs, la photo illustrant l'article lui prête la mine d'un maquignon essayant d'entourlouper son client...Merci au photographe de cet é éclairage !

  • Par Gilly - 07/01/2016 - 20:48 - Signaler un abus L'un comme l'autre

    Opportunistes, menteurs, cyniques, dévoyant les Institutions pour leur seul intérêt, plombant l'économie française pour de nombreuses années dans le seul but de se faire réélire... A vomir....

  • Par Deudeuche - 08/01/2016 - 16:12 - Signaler un abus Anniversaire de quoi?

    d'une libération?

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Georges-Marc Benamou

Georges-Marc Benamou est producteur de cinéma et journaliste. Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, il est notamment l'auteur de Comédie française: Choses vues au coeur du pouvoir (octobre 2014, Fayard), ainsi que de "Dites-leur que je ne suis pas le diable" (janvier 2016, Plon).

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