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Pourquoi 2017 est bien partie pour être l'année où les Européens se rendent compte qu'ils n'ont plus d'intérêts économiques communs

L'inflation vient d'atteindre son plus haut niveau d'inflation depuis trois ans, ce qui risque de provoquer un phénomène de polarisation en Europe, avec un risque de frictions entre Paris et Berlin.

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Publié le - Mis à jour le 13 Janvier 2017
Pourquoi 2017 est bien partie pour être l'année où les Européens se rendent compte qu'ils n'ont plus d'intérêts économiques communs

Atlantico : Au cours de cette première semaine de l'année 2017, les statistiques officielles allemandes ont pu faire état d'une forte hausse de l'inflation dans le pays, à 1.7%, soit son plus haut niveau depuis 2013. Face à ce constat, les journaux Bild ou encore le Handelblatt ont alors fortement critiqué la politique menée par la BCE au cours des deux dernières années, accusant l'institution de Francfort de ponctionner les épargnants du pays. Alors que l'Allemagne entre elle aussi dans une période électorale, faut-il craindre un affrontement européen sur cette question ?

Chrisophe Bouillaud : L’affrontement entre autorités européennes de toute nature est déjà en cours depuis un moment déjà : la politique de la Banque centrale européenne est attaquée depuis 2012 au moins par les autorités allemandes, en particulier par la Bundesbank, qui a même porté l’OMT devant la justice constitutionnelle allemande. Cette dernière a renvoyé au préalable l’affaire à la CJUE. Elle a tranché en faveur de la légalité de l’OMT, et la Cour de Karlsruhe l’a suivie. Inversement, depuis au moins 2014, avec l’arrivée au pouvoir de Matteo Renzi en Italie, les autorités italiennes n’ont pas hésité à dire tout le mal qu’elles pensaient de la visée austéritaire des autorités allemandes. Le ministre italien de l’Economie, C. Padoan, a même accusé le principal dirigeant de la Bundesbank de n’y rien connaître en économie.

Comme on le voit, les mots doux pleuvent entre Européens, mais jusqu’ici personne n’a souhaité rentrer dans un véritable rapport de force, où quelqu’un abuserait trop visiblement de ses prérogatives et où quelqu’un tenterait de saboter en pratique l’action autorisée par les traités européens et les Constitutions nationales de l’autre. Le conflit est resté pour l’instant verbal et juridique. Il est du coup probable qu’il s’accentue à la faveur de la campagne électorale allemande. On peut voir de cette façon la manière dont a été traité le gouvernement Tsipras quand il a pris l’initiative de son propre chef d’allouer une prime de Noël aux retraités grecs les plus pauvres. Il a dû finalement se soumettre aux ordres de l’Eurogroupe dominé par les autorités allemandes, qui a utilisé pour le faire céder tous les moyens légaux à sa disposition. Le conflit existe donc, mais il devrait se limiter à des paroles acerbes de part et d’autre. De toute façon, jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la République en France, il manque dans tout conflit intra-européen d’envergure un acteur essentiel, notre pays. On voit mal un François Hollande en toute fin de mandat avoir enfin le courage de faire ce qu’il aurait dû au lendemain même de son élection en 2012. 

Nicolas Goetzmann : La question relative aux épargnants allemands avait déjà provoqué une réaction virulente de la part de Wolfgang Schäuble, ministre des finances local, dans le courant de l'année 2016, lorsqu'il accusait Mario Draghi d'être le carburant de la progression du parti AfD en Allemagne, concurrent de la CDU-CSU. C'est dire si ce thème est déjà bien ancré dans le paysage politique allemand. Évidemment, les derniers chiffres de l'inflation allemande, qui n'ont pourtant vraiment rien d'alarmant, vont venir mettre de l'huile sur le feu. L'Allemagne est, pour des raisons historiques, mais surtout pour des raisons démographiques, très allergique à la hausse des prix. Puisque le pays subit un fort vieillissement, et que cette catégorie de population est la plus susceptible de détenir un patrimoine, une épargne, toute question relative à l'érosion de ce patrimoine, est une bombe politique. En l'espèce, la réaction actuelle découle du fait que l'inflation atteint 1.7% alors que la rémunération des dépôts bancaires est nulle. Mais il s'agit d'une vision de boutiquier. Parce qu'une remise en cause de la politique monétaire menée par Draghi serait susceptible de faire dérailler une nouvelle fois le semblant de croissance qui revient en Europe en ce début 2017. Ce qui aurait pour conséquence d'affaiblir encore la plupart des pays de la zone euro, renforcer l'europhobie, pour finir par une explosion. Les épargnants se battent contre des taux d'intérêts faibles alors que ceux-ci ne sont que la conséquence, et non la cause, de l'absence de croissance et donc de rémunération de leur épargne. Dans le même temps, les Italiens ont vu leurs revenus stagner depuis 1999, soit une situation pire que la Grèce, ce qui est un problème d'une toute autre ampleur. Or, ces questions sont liées, et nécessitent donc un accord. À moins de vouloir en finir.

La situation pourrait provoquer un phénomène de polarisation en Europe. Avec une Allemagne vent debout contre la politique de Mario Draghi, celui-ci aura besoin de soutiens politiques forts. Un rôle qui devra être tenu par la France et qui ne manquera pas de susciter des frictions entre Paris et Berlin. À moins que le prochain président de l'Élysée ne laisse totalement tomber toute perspective de croissance favorable pour son pays. Et puisqu'une tension réelle entre la France et l'Allemagne bloquerait totalement le processus européen, l'Europe se trouverait à nouveau dans une situation de crise. Soit celle-ci est salvatrice et permet un compromis, permettant à Mario Draghi de faire son travail en ciblant l'intérêt général européen, soit la continuation de la lente dislocation européenne aura lieu. 

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 09/01/2017 - 14:22 - Signaler un abus Et pourquoi ne serions-nous pas du côté des Allemands ?

    Soutenir Draghi oui. Nous avons besoin de croissance, comme le sud, d'accord. Mais à la base nous sommes un pays d'épargnants, et nous n'avons aucune raison objective, en tant qu'individus, d'être moins opposé à l'inflation que les Allemands.

  • Par ajm - 09/01/2017 - 15:06 - Signaler un abus Idée reçue.

    Cette idée d'inflation en Europe est ridicule: tant que que les coûts salariaux ne dérapent pas le risque est nul. En ce qui concerne l'épargne, il ne faut pas oublier que les ménages Italiens, Français, Belges par exemple sont en moyenne plutôt plus riches (immobiliers mais aussi épargne financiere) que les ménages Allemands. Seuls la toute petite minorité d'industriels de Bavière et du Bade Wurtemberg sont vraiment nettement plus riches et plus nombreux que leurs équivalents Français et autres.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

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