Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 29 Juin 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

2016, l’année de la revanche de la classe moyenne blanche américaine

Et si 2016 était l’année de la revanche des hommes blancs? Et des femmes aussi ! Ce bloc électoral détient les clés de la Maison Blanche par sa capacité à faire la différence dans les fameux "Etats décisifs" (swing states). Et c’est justement ce bloc électoral qui est à la source de la popularité de Trump à droite, comme de Sanders à gauche.

Trans-Amérique Express

Publié le - Mis à jour le 17 Mars 2016
2016, l’année de la revanche de la classe moyenne blanche américaine

Le succès de Donald Trump a été largement imputé aux "hommes blancs en colère" ("angry white males" selon la terminologie américaine). Une explication un peu sexiste car elle semble exclure les femmes, alors qu’il suffit d’observer les meetings de Trump pour s’apercevoir qu’elles y sont aussi nombreuses que les hommes, sinon plus…

De son côté, Bernie Sanders continue de remporter des victoires surprenantes face  à Hillary Clinton. Mardi 8 mars dans l’Etat du Michigan, il l’a devancée de deux points et dix-huit mille voix, 50% contre 48%.

Depuis le début des primaires, Bernie Sanders a également gagné dans le Colorado, le Minnesota, l’Oklahoma, le Vermont, le Nebraska, le Kansas, et le Maine. Tous ces Etats ont en commun d’avoir une population blanche beaucoup plus importante que la moyenne nationale : 82% ou plus contre 63%.

Par contre, Hillary Clinton a remporté tous les Etats du Sud, là où la proportion d’Afro-américains est largement supérieure à la moyenne nationale,  tout particulièrement au sein de l’électorat démocrate. Dès que l’électorat blanc domine, elle se retrouve en difficulté. Dans le Michigan, 60% des électeurs démocrates blancs ont voté Sanders quand Hillary bénéficiait de près de 90% du vote noir. Elle a pour elle les minorités. Sanders a les blancs, surtout les jeunes. Il a aussi une majorité des hommes, 54% contre 44%.

Il ne s’agit pas de parler d’un vote "ethnique" ou racial. Ce n’est pas le cas. Mais le parti démocrate est devenu le parti des minorités, ethniques et sexuelles, et la petite classe moyenne blanche aux idées traditionnelles ne s’y reconnait plus. Sauf quand arrive un Bernie Sanders, qui d’ailleurs jusqu’à peu n’était pas un Démocrate, et qui tient un discours beaucoup moins convenu, et à l’écoute des attentes de cette population désormais délaissée par le parti de l’âne.

La petite classe moyenne blanche est le segment de la société américaine qui a le plus souffert au cours des trente dernières années: une souffrance économique d’abord, face aux avancées de la mondialisation ; et une souffrance sociale et culturelle ensuite, face aux avancées des minorités, du multiculturalisme et à l’émiettement des valeurs dites "traditionnelles". En 2016, ce bloc électoral a décidé de laisser éclater sa colère. Elle se retrouve, chez les Démocrates dans le vote Sanders. Et chez les Républicains dans le vote Trump. Le rejet des élites, qui est au cœur du message de chacun de ces candidats,  colle parfaitement  à l’état d’esprit quasi-insurrectionnel de ces électeurs.

Reste à savoir si cette frustration et ce bloc électoral sont assez forts pour porter l’un de ces deux candidats à la Maison Blanche en novembre.

La frustration de cet électorat est d’abord économique. Cela a été particulièrement perceptible dans le Michigan. Cet Etat est le berceau de l’industrie automobile américaine. Dans les années 1960, Detroit, sa capitale économique, était le fleuron du "rêve américian". Le paradis de la classe ouvrière, c’était là. Des enfants d’immigrés emménageaient dans des maisons avec trois chambres et deux garages. Ils envoyaient leurs enfants à l’université et passaient leurs week-end dans des petits chalets au bord du lac … A l’époque, un certain George Romney, père de Mitt, était gouverneur. Depuis les années 1970 et le premier choc pétrolier, l’industrie automobile américaine n’a cessé de décliner. Jusqu’à manquer disparaitre lors de la crise de 2008. Des millions d’emplois ont été supprimés ou délocalisés. La crise des " subprimes " fut dévastatrice pour certaines banlieues devenues des villes fantômes.

Une évolution malheureusement à l’image d’un recul économique national. Selon les statistiques fédérales, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier a reculé de sept millions en trente ans, soit une baisse de 36%,  alors même que la population augmentait de 90 millions, soit 40%. En termes de capacité de pouvoir d’achat, le revenu de la classe moyenne stagne depuis 1980. Alors que les revenus des plus pauvres ont progressé et ceux des plus riches explosé…

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 13/03/2016 - 11:18 - Signaler un abus Mais si, il s'agit de parler d'un vote ethnique!

    Et ce vote à débuté avec Obama, il y a deux mandats. Mais les journaleux ont tellement peur de prononcer les mots qui peuvent fâcher leur camp, qu'ils préfèrent rentrer la tête dans le sable de leurs mensonges...aujourd'hui, ils ont le résultat des deux votes ethniques précédents: l'establishment, personnalisé par Hilary-les-dents-longues, a favorisé les communautés, leur donnant une place artificielle qu'elles n'ont pas, traditionnellement. Le vote ethnique des démocrates, comme le vote ethnique des gauchistes en France, est en train de se retourner contre eux. Ce soir, Mama-Merkel va se prendre une tuile électorale, car elle a favorisé une immigration clandestine, pour de mauvaises raisons, engendrant violence et appauvrissement des pays d'emigration. Et ce sera bien fait pour sa tronche!

  • Par valencia77 - 13/03/2016 - 13:05 - Signaler un abus Blancs

    Ils ne font pas tout mais ils ont fait la 2em guerre mondiale et en meme temps construisant un arsenal phenomenal. Ils etaient seulement 155 millions. Les autres, les russes, meme chose et principalement blancs.

  • Par Texas - 14/03/2016 - 19:47 - Signaler un abus Ou la preuve...

    ...est faite , qu' il ne faut pas nécessairement avoir fait Sciences Po pour bien parler d' un pays . Au contraire pourrait- on dire . Les effets délétères de l' Affordable Care Act ( ObamaCare ) sur les classes moyennes auront fait le reste .

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€