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2008- 2018 : ces 10 ans où l’Euro a perdu beaucoup de terrain dans son rêve de concurrencer le dollar comme monnaie de réserve mondiale

Alors que l’un des objectifs de la monnaie unique européenne avait été de venir concurrencer le dollar comme monnaie de réserve, la position de l’euro s’est affaissée dans ce domaine au cours des 10 dernières années, passant de 28% à 21% du total des réserves mondiales.

Dollar 1-0 Euro

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2008- 2018 : ces 10 ans où l’Euro a perdu beaucoup de terrain dans son rêve de concurrencer le dollar comme monnaie de réserve mondiale

 Crédit ATTA KENARE / AFP

Atlantico: Quelles sont les causes de cette situation ?

Michel Ruimy : Tout d’abord, une monnaie internationale comme l’euro peut être recherché pour différentes raisons : comme monnaie de réserve (dans les réserves de change), comme instrument d’épargne (support de thésaurisation, notamment en période de tensions), comme intermédiaire dans les échanges du commerce international (pour régler les exportations ou importations) ou enfin comme un ancrage (près d’une soixantaine de pays, dont les 19 de la zone euro, lient d’une manière ou d’une autre leur propre monnaie à l’euro).

Ensuite, il faut se rappeler que le développement de l’euro comme devise internationale ne fait pas partie du mandat de la Banque centrale européenne (BCE) et dépend uniquement des marchés… ce qui n’empêche pas la banque centrale de suivre de près le sujet. Ainsi, elle estime qu’environ 25% de la valeur des billets en euros sont détenus à l’extérieur de la zone euro. Ce montant représente, en quelque sorte, le plancher de l’estimation de la circulation de l’euro hors de ses frontières car il n’inclue pas d’autres canaux de sorties nettes de billets, comme le tourisme, les transferts de fonds des travailleurs migrants ou l’économie informelle. Ainsi, l’euro semble avoir acquis une place importante au sein du système monétaire international en se constituant un statut de deuxième devise clé derrière le dollar, mais loin devant le yen.

Il faut néanmoins mettre en perspective ces éléments. En dix ans, l’euro a perdu de sa puissance. Aujourd’hui, il arrive tout juste à constituer environ le quart de la demande internationale de devises notamment tant en termes de réserve de change que d’obligations, là où le dollar atteint plus de 60% des réserves de change et dépasse les 50% pour les obligations. 

L’une des raisons pour lesquelles l’euro en est arrivé làréside notamment dans le fait qu’au cours des trois années, depuis le lancement du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE au printemps 2015, les interventions de la banque centrale se sont traduites par un quasi-assèchement du marché de la zone euro c’est-à-dire qu’on observe une baisse tendancielle du volume d’émissions souveraines, nettes de ses achats. En effet, avec ce programme, la BCE est devenue l’un des plus gros acheteurs de detteseuropéennes. Par exemple, la Banque de France, qui est chargée d’acquérir les titres françaispour le compte de la BCE, détient un peu moins de 20% de la dette négociable de l’État - qui s’élève à 1 700 milliards d’euros- alors que sa part était inférieure à 5% à la fin 2014 ! Ces interventions massives de la Banque de France ont complètement modifié la répartition entre détenteurs étrangers et français de la dette d’Etat. Tandis qu’en 2009, la part des non-résidents était de près de 68%, ils ne pèsent plus qu’environ 55% aujourd’hui. Et c’est la même chose pour les autres pays de la zone euro.

 
Commentaires

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  • Par hoche38 - 08/11/2018 - 11:08 - Signaler un abus Rêve éveillé

    Imaginer la création d’un Fonds monétaire européen pour venir en aide aux pays de la zone en difficulté alors que les Allemands n'en veulent pas tient du rêve éveillé.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 09/11/2018 - 09:58 - Signaler un abus Dure réalité

    "Mais si les taux faibles voire négatifs affichés par plusieurs obligations d’Étatpeuvent sembler être, dans une certaine mesure, un frein, les principauxobstacles pour accroître l’allocation en euros dans les réserves de change sont les performances économiques européennes en demi-teinte et surtout un accroissement des risques non économiques découlant notamment des évolutions géopolitiques (situations en Italie, en Pologne en Hongrie) qui pèsent sur l’avenir de l’Union européenne,en particulier dans la perspective des élections de mai prochain." Tout les reste est voeu pieux

  • Par vangog - 10/11/2018 - 11:12 - Signaler un abus La France gauchiste, avec son déficit budgétaire chronique...

    proche ou supérieur à 3%, comment fera-t-elle, sans les rachats d’obligations de dette pourrie par l’UE?...D’autant plus qu’une majorité de patriotes européens va investir le parlement européen, et réclamer que l’UE cesse le renflouement de la grande finance intrrnationaliste...Enfin du changement dans cette UE sclérosée, en soins intensifs! ...le réveil du malade européen de sa léthargie sous morphiniques puissants de la BCE?...espérons-Le!

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Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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