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2008-2014, ceux que la crise a transformés, ceux qu’elle a plombés : voilà à quoi ressemblent aujourd’hui les 6 premières économies du monde

Si les principales économies nationales connaissent à ce jour des bilans disparates, six ans après la crise, il en va du même constat pour les différents secteurs de l'industrie et de service de chacun des pays. Ainsi, l'industrie culturelle en France voit de nouveaux acteurs émerger, et la concurrence entre le Yen et le Won a profité aux exportations de biens de haute-technologie japonaise vers le Corée.

L'heure du bilan

Publié le - Mis à jour le 2 Janvier 2015
2008-2014, ceux que la crise a transformés, ceux qu’elle a plombés : voilà à quoi ressemblent aujourd’hui les 6 premières économies du monde

La Chine

Jean-François Di Meglio : La Chine n’a pas connu d’effondrement de certains secteurs, même si l’immobilier donne des signes sérieux de ralentissement et de faiblesse. Certains secteurs-clés qui pouvaient attester de la ré-orientation de l’économie chinoise souffrent du ralentissement en direct, en particulier l’automobile, qui, après une croissance supérieure de 10% à celle de la consommation, elle-même un moment plus forte que celle du PIB, est désormais retombée en –dessous du taux de croissance de l’économie elle-même, avec une augmentation du parc de 4% probablement pour la seule année 2014, loin des prévisions.

La question est désormais celle des externalités négatives liées au modèle de la croissance chinoise, pollution et qualité de la vie en particulier.

En revanche, il est frappant de voir la poursuite du développement de l’économie numérique, du e-business et de formes de consommation, en particulier dans les couches les plus jeunes et les plus urbanisées de la population, extrêmement innovantes. Le tourisme, domestique, régional et international se développe aussi à grande vitesse, la Chine produisant désormais l’une des plus grandes et plus puissantes classes moyennes du monde. Pour autant c’est une classe moyenne atypique, à la fois difficile à "modéliser" et en même temps fascinée aussi d’une certaine façon par le mode de consommation américain. L’une des clés de la réussite chinoise sera donc au-delà de l’ "harmonisation" annoncée, la réussite d’une nouvelle forme d’urbanisation, centrée sur des villes moyennes "intelligentes" sinon "vertes", capables d’absorber les énormes quantités de population qui vont quitter les campagnes, faisant passer la population vivant dans les villes de 55% environ aujourd’hui à environ 70% dans les quinze années qui viennent. Il faut s’attendre au développement d’infrastructures urbaines et de technologies de la dépollution certainement très performantes, de même que des recours plus rapides que prévu à des énergies moins polluantes, malgré le poids encore important du charbon. A cet égard, l’attitude de la Chine dans les négociations "climat" qui ont été amorcées à Lima et vont se poursuivre jusqu’ à Paris en décembre 2015, alors qu’elle se posait jusqu’ici en leader des "77" c’est-à-dire des pays revendiquant sans honte leur part de croissance, quitte à en financer l’assainissement par le fonds alimenté par les pays développé, sera éclairante : il semble bien qu’elle cherche désormais à identifier une nouvelle voie dans ce importantes discussions.

On voit bien qu’après avoir été annoncé depuis longtemps, le virage attendu commence à être envisagé pour l’économie chinoise. Est-ce à dire qu’il est déjà entamé, voire pris ? C’est encore difficile à dire, parce que les signaux sont confus, et que, d’un autre côté, malgré les déséquilibres évidents et les menaces sérieuses (de ralentissement, de creusement des écarts de richesse, de bulle immobilière), la capacité d’amortissement est encore très grande.

Il demeure que les défis sont nombreux et que ce sont surtout leur télescopage et les contradictions qu’ils suscitent qui rendent la tâche de réorientation difficile.

Pour résumer :

  • La croissance chinoise a "décroché" : le chiffre magique de 8%, longtemps tenu comme le rempart de la  prospérité, qu’il soit reporté exactement ou même symboliquement (ce qui compte dans les statistiques chinoises, c’est plus la "série" que le chiffre absolu) avait été sauvegardé malgré les cahots de la crise financière de 2008. Désormais, plusieurs facteurs confirment qu’il ne sera plus rattrapé :
  • après trente années glorieuses, il est naturel que, sans parler d’essoufflement, on voie désormais des chiffres moins forts : après tout l’assiette (le chiffre absolu du PIB chinois) suffit à garantir que même un pourcentage plus faible de croissance appliqué à une telle masse produit encore une richesse additionnelle considérable
  • ce chiffre important de croissance était aussi atteint grâce à un afflux chaque année régulier de nouveaux travailleurs sur le marché. Désormais, la pyramide des âges, sans peser encore trop (malgré une probable augmentation de 20% des coûts horaires en moins de dix ans) sur les prix, ne permet plus d’alimenter la machine industrielle chinoise
  • la production industrielle elle-même connaît une croissance plus faible, sinon même un ralentissement

Cette croissance a finalement beaucoup profité aux "SOE" ("state-owned entrprises"), bastions de l’économie planifiée, mais surtout des "capitalistes d’état" (sociétés pétrolières, de travaux publics, d’infrastructures) qui aspirent l’essentiel du crédit. Or ces SOE ne versent pas de dividendes quand elles sont profitables, et reçoivent des aides lorsqu’elles essuient des pertes. Il y a donc là une perte en ligne d’efficacité, due à la difficulté d’évaluer le coût et la rentabilité du capital investi.

Enfin, malgré la multiplicité des circuits de financement, et alors que les financements officiels sont allés aux grands groupes, le secteur immobilier, qui a commencé par absorber l’épargne en l’absence d’autres instruments financiers accessibles, s’essouffle à la suite des premières réformes financières. En effet, le "shadow banking", c’est-à-dire le circuit non réglementé du financement hors des banques, qui menace grandement la stabilité économique, a subi des attaques en règle, largement relayées par une publicité abondante. Les anticipations sur ce secteur menacé ont commencé, dans certaines villes, à influer sur les prix de l’immobilier qui connaissent dans les villes de seconde et troisième catégorie (entre 1 et 6 millions d’habitants, souvent éloignées des principaux centres industriels et des grandes voies de communication, même si aucun endroit de la Chine n’est plus désormais inaccessible) des baisses allant jusqu’à 30% en quelques mois

Les choix du nouveau régime ont été clairement annoncés : Combattre la corruption, non pas seulement pour des raisons éthiques naturellement, mais du fait de la déperdition d’énergie et d’efficacité que cette corruption a fait subir à la Chine

Réformer là où c’est absolument nécessaire, sans desserrer pour autant le système rigide et centralisé : les principaux domaines de réforme semblent être celui de la finance, avec en particulier les spectaculaires mesures liant la bourse de Shanghai à celle de Hong Kong, et l’engouement nouveau que la bourse de Shanghai a désormais connu depuis six mois, devenant l’une des plus performantes du monde

Se pencher sur les questions préoccupant directement les populations : relâchement de la politique de l’enfant unique, élargissement du système de l’ "enfant unique", donc possibilité, au moins théorique, d’une plus grande mobilité sociale, et pour finir, effets d’annonce concernant la pollution, ou du moins une plus grande transparence vis-à-vis des problèmes créés par le développement "non durable" entamé par la Chine depuis des années.

On voit bien que l’ambition sous-jacente est celle d’un véritables changement de paradigme, où la croissance ne serait plus assurée par le moteur des exportations de produits fabriqués parfois sans préoccupation majeure des conditions de travail ou de pollution, mais par un accent plus fort porté sur la consommation des ménages. Ce changement de paradigme est assurément possible. La Chine a réussi ses transformations en moins de temps que la plupart des pays n’en ont pris pour passer de l’époque pré-industrielle à l’ère industrielle, puis à l’ère post-industrielle, c’est-à-dire en moins de cinquante ans. Mais des disparités trop fortes existent encore entre les provinces, et entre les catégories de richesse pour que ces transformations opèrent rapidement et en profondeur. Par ailleurs, la confiance en ce modèle encore imparfaitement défini n’est pas telle que la consommation puisse se développer au rythme qui lui permettrait de soutenir la croissance en relayant la construction d’infrastructures (trains à grande vitesse, autoroutes) qui a porté la Chine depuis des années.

Les choix qui ont été annoncés sont ceux consistant à éviter une inflation qui risquait de menacer si le crédit n’était pas contrôlé. La Banque centrale s’est donc lancée dans une politique de restriction, qui, à l’inverse, menace la diffusion de la croissance. Pour rassurer, des ajustements spécifiques et par secteurs sont donc apportés de façon ciblée : la "relance ciblée" lancée au milieu de l’année 2014 consiste à justifier l’injection de crédit par la précision du "tir" et l’aide spécifique à certains secteurs.

Mais les effets sont à la fois extrêmement difficiles à assurer et à mesurer. Pour l’instant, "the jury is still out", alors que la Chine est devant une situation comme elle n’en a effectivement pas connue même pendant la crise asiatique de 2007-2008.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 29/12/2014 - 11:57 - Signaler un abus Bon! ben on est derniers, quoi!...

    Comment s'en étonner après trente années de politiques UMPS? De plus, les socio-démagogues Mitterrand, Delors et Lamy ont reproduit les erreurs françaises au niveau européen...la crise de 2008 fut le révélateur de la faiblesse de la social-démagogie française. La solution? Elle passera par un profond remaniement des institutions et lois françaises, obsolètes et paralysantes, et une modification de notre rapport avec l'UE...mais jamais les UMPS n'auront le courage d'engager de telles réformes! Seule une politique FN peut sauver la France de sa déchéance programmée par l'UMPS! Tic-tac, tic-tac....

  • Par l'enclume - 29/12/2014 - 13:19 - Signaler un abus Encore un T.E.G. "Tout En Gueule"

    vangog - 29/12/2014 - 11:57 - J'attends avec impatience la politique FNPA. D'après vous ce serait la sociale démagogie de la France qui serait à l'origine de la crise de 2008. Serait-ce le nouveau slogan de la petite entreprise Le Pen and Co, servant à endormir les "patriotes de mes deux"

  • Par bjorn borg - 29/12/2014 - 13:51 - Signaler un abus Marine

    devrait redresser le pays si elle écoute Marion.

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Antoine Brunet

Antoine Brunet est économiste et président d’AB Marchés.

Il est l'auteur de La visée hégémonique de la Chine (avec Jean-Paul Guichard, L’Harmattan, 2011).

 

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Jean-François Di Meglio

Jean-François Di Meglio est président de l'institut de recherche Asia Centre.

Ancien élève de l'École normale supérieure et de l'Université de Pékin, il enseigne par ailleurs à l'IEP Lyon, à l'Ecole Centrale Paris, à HEC ParisTech, à l'École des Mines Paris Tech et à Lille I.

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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